Langue française

  • Le développement de la consommation accroît-il la participation aux valeurs centrales de la vie sociale ? Y a-t-il encore aujourd'hui des classes sociales ? L'étude scientifique de leurs budgets donne-t-elle la clé de toutes les relations qu'elles entretiennent entre elles : ségrégation, exploitation, distinction, exclusion, voire imitation ou rattrapage ? La classe ouvrière est-elle intégrée à la société moderne ? L'impressionnante bibliographie de ses travaux atteste que la curiosité de Maurice Halbwachs s'est étendue aux domaines les plus divers de la vie sociale : du prix des loyers à Paris à la mémoire familiale, de la ségrégation urbaine à Chicago, aux avatars de la localisation des lieux saints, des changements produits par la guerre de 1914 sur l'âge respectif des époux, à l'homogénéisation des taux de suicide dans les différents comtés d'Angleterre. En articulant une théorie ambitieuse de la société, avec une investigation empirique riche et cohérente, Maurice Halbwachs (1877-1945) a donné le branle à la sociologie moderne des modes de vie.

  • Cette fois, c'est écrit et c'est prouvé :
    • Le XXe siècle aura été le grand siècle de l'instruction des femmes. Chaque mois a autant pesé en ce sens que chaque siècle depuis l'an mille. En 1971, les filles rattrapent les garçons pour l'accès au bac et à l'université. En 1990, elles l'emportent dans les deux cas.
    • Dès le primaire, les filles dominent en français et font match nul en maths. Et cela se vérifie ensuite au niveau de la sixième et de la troisième. Au fond, la famille en amont et l'entreprise en aval sont en retard sur l'école.
    • Cette évolution est une donnée internationale qui concerne tous les pays riches et les distingue de plus en plus nettement des pays pauvres.
    Pour autant, la percée des filles n'est pas achevée. " Guerre des sexes " au collège, " vocations " distinctes dans l'enseignement général, verrouillage désuet du technique, orientation inégalitaire dans le supérieur : les chemins de la réussite ne sont pas identiques ; les filles accumulent un capital initial plus important, les garçons apprennent à mieux négocier le leur dans toutes les compétitions scolaires.
    Mais l'évolution – inachevée – se poursuit. Après quatre ans d'enquête, forts de données inédites et de mille recoupements à la fois limpides et savants, Baudelot et Establet sont catégoriques : voilà un fait social irrésistible et un défi incontournable.

  • L'impact de la société sur un acte aussi individuel que le suicide est peut-être l'énigme majeure à laquelle les sociologues, depuis Durkheim, ont été confrontés. Pourquoi les hommes se tuent-ils plus que les femmes ? Les jeunes moins que les vieux ? Les urbains plus que les ruraux ? Les catholiques moins que les protestants ? Pourquoi le dimanche moins que le lundi ? Et l'été plus que l'hiver ? En temps de paix plus qu'en temps de guerre ? Nous disposons, aujourd'hui, sur toutes ces questions, d'informations sérieuses à l'échelle de la planète. Et c'est dérangeant pour l'esprit. La croissance du taux de suicide avec l'âge pouvait passer pour un fait de nature : vieillir amène son lot de soucis. Mais l'idée est trop courte. Depuis les chocs pétroliers, le suicide des jeunes augmente et celui de leurs aînés se maintient ou diminue. C'est sans doute le constat le plus grave que dresse ce livre. Le suicide accompagne les mouvements de la société. Il est en hausse lors des crises économiques, en baisse pendant les guerres. Il a crû avec le développement industriel du XIXe siècle, mais diminué avec l'expansion économique du XXe. L'enquête, toutefois, souligne combien les modèles souffrent d'énormes exceptions. Ainsi l'Inde, la Chine, la Russie sont-elles les seules nations qui réagirent au XXe siècle comme les pays occidentaux au XIXe siècle. Ainsi les Chinoises échappent-elles à la norme en se suicidant plus que les hommes. Ainsi le Japon est-il l'unique pays qui connaît - jusqu'en 1995 - une baisse du suicide à tous les âges. Stéréotypes, s'abstenir. L'étude du suicide permet de découvrir la face cachée de la planète, la force des héritages et la fragilité des apparences. Le déclin relatif du suicide au XXe siècle contredit une vision catastrophiste selon laquelle le développement économique n'aboutirait qu'à des formes exaspérées de l'individualisme, laissant chacun seul devant son destin. Christian Baudelot et Roger Establet nous offrent la synthèse d'une masse extraordinaire de données. Ils poussent la sociologie dans ses derniers retranchements, jusqu'aux portes du mystère.

  • 21 millions de travailleurs ont dépensé en 1971 leur énergie sous des formes diverses : en transformant la matière, en dirigeant la production, en permettant le rassemblement des capitaux, en commercialisant des marchandises, en soignant des malades, en enseignant les mathématiques, en acheminant le courrier... Peut-on prendre une mesure d'ensemble de l'utilisation finale de cette énorme dépense de forces humaines ? A quels usages économiques et sociaux ont été consacrés les différents produits du travail de ces 21 millions d'actifs ? A quelles grandes fonctions de la vie économique et sociale ces énergies humaines ont-elles été affectées, et dans quelles proportions ? Combien de travailleurs, quels travailleurs ont consacré leur énergie à fournir les biens de luxe ? A accroître les patrimoines immobiliers ? A arrondir les fortunes privées ? Combien de travailleurs, quels travailleurs, ont été nécessaires pour assurer à chacun de quoi refaire ses forces, jour après jour ? Et la main-d'oeuvre mobilisée par l'Etat, à quoi, à qui sert-elle au bout du compte ? Les besoins de chaque classe sociale s'enracinent dans ce que la vie professionnelle a de plus profond ; en retour, la demande qui en résulte oriente le travail humain et contribue à donner à l'appareil de production son allure générale : une population active taillée, en définitive, à la mesure des exigences des classes les plus puissantes. A partir des données de la comptabilité nationale et sur la base des méthodes des comptabilités sociales en temps de travail, les auteurs de « La petite bourgeoisie en France » remettent en chantier l'analyse des classes sociales. La question posée : Qui travaille pour qui  ? n'est pas une question gratuite, ce n'est pas non plus un chapitre supplémentaire à ajouter à la sociologie des inégalités dans notre pays. C'est une façon d'analyser les liens entre la production et la consommation, l'économique et le social telle que soient mis au jour les rapports obscurs mais profonds qui relient l'appareil de production au sens large et les classes sociales, telles qu'elles existent en France aujourd'hui.

  • Près de 35 ans après la publication en Italie de Du côté des petites filles d'Elena Gianini Belotti, ce livre est traversé par un fil rouge : la part personnelle énorme que chaque enfant met, dès l'âge le plus tendre, dans la construction de son identité sexuée.Le bilan qui en sort est très différent de celui que tirait Belotti à son époque. La domination masculine est toujours là, mais la marche des garçons vers l'âge adulte est alourdie par le poids encombrant des armes traditionnelles du pouvoir masculin, alors que dans la construction de leur identité, les filles disposent de marges de liberté et de créativité plus grandes que les garçons.Cette liberté de mouvement est en phase avec l'une des tendances fortes de l'évolution de la société qui fonde de plus en plus le lien social sur l'autonomie des individus.Christian Baudelot et Roger Establet sont professeurs de sociologie. Ils comptent parmi les observateurs les plus avisés de l'évolution du système éducatif français.

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