• En 1789, Paris comptait moins de 600 000 habitants. A partir de la Restauration, sa population bondit sous l'effet des migrations très fortes : elle double en cinquante ans, quadruple en un siècle. Déjà centre politique et culturel, la capitale devient aussi le principal centre économique et financier : sa puissance inquiète, sa richesse fait envie. Effrayés par la grande métropole, les régimes successifs lui ont tous refusé l'autonomie et l'ont quasi administrée directement. Les monarchies du XIXe siècle ont essayé d'aménager la capitale. La Troisième République, appuyée sur des notables ruraux, l'a négligée. A partir du régime de vichy, Paris semble être devenu le bouc émissaire de l'aménagement. Derrière les critiques mal fondées et les politiques antiparisiennes, on devine toute une doctrine anti urbaine, apparue avec les fascismes des années 1930, qui s'oppose encore aujourd'hui à la grande ville.

  • Au cours des dernières décennies, de nombreuses pratiques artistiques ont repensé le rapport entre l'oeuvre et l'exposition en travaillant celle-ci comme un médium ou comme un dispositif. Il en résulte une multiplication des façons de gérer ou de s'approprier l'espace muséal, par l'exploration de nouveaux formats ou de nouvelles modalités. Libérée de la simple monstration, l'exposition est devenue une oeuvre en soi. Ce numéro s'intéresse donc particulièrement aux artistes et aux commissaires qui oeuvrent en commun pour repousser les limites de l'exposition et offrir aux spectateurs une tout autre expérience. En complément du dossier, esse publie un spécial Québec à la Biennale de Venise (BGL, Jean-Pierre Aubé, Simon Bilodeau et Guillaume Lachapelle) et à la Biennale de La Havane (Stéphane Gilot).

  • Deux hommes se toisent sur un plateau de télévision. L'un, chevelu, parle comme si le silence allait signer son arrêt de mort; l'autre, cravaté, mesure ses effets devant la caméra. Ceci est la transcription de la longue conversation qu'ils ont au cours d'une émission ressuscitée des archives du petit écran, et le roman des romans qui s'insinuent en nous, par toutes sortes de hasards, pour faire de notre mémoire un livre ouvert et infi­niment renouvelable. Car, de même que les fruits des arbres se propagent grâce au vent, les livres ont besoin de nos mains et de nos yeux pour entreprendre leur voyage de germination. Celui, par-delà l'espace et le temps, de l'esprit des lettres. Dans ce tête-à-tête commémoratif d'une émission littéraire qui a marqué l'histoire de la télévision, Alain Bernard Marchand raconte l'éveil d'un jeune à la lecture, la poursuite de ce bon­heur dans sa vie d'écrivain, et s'interroge sur ce qui, de tous les livres que nous lisons, reste et constitue le fondement de nos mémoires.

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