• "Actualités régionales, Agora, Le Coin du poète, Émois et transports, Home cinéma, Hygiène et santé, Loisirs créatifs, Le Monde des lettres, Musique et chanson, Sports, Tourisme et villégiature, Vie des plages... : "nul n'échappe, décidément, au journalisme". En voici donc quelques pages : questions d'actualités, mes pensées du jour, anecdotes marrantes, souvenirs littéraires, vues sur le nombril, résidus d'Éros, émotions paysagères, crises de théorie, ruminés ronchons. Interludes : haïku pour rire, mirlitonades fastoches. Et "l'écriture", dans tout ça? Sous roche, comme l'anguille. Prête à filer dans les courants pour expirer en douce quelques bulles de "poésie" - ou presque."
    Christian Prigent.

  • Gertrude Stein, Vladimir Maïakovski, Vélimir Khlebnikov, William Burroughs, Edward Estlin Cummings, Pierre Jean Jouve, Antonin Artaud, Francis Ponge, Pier Paolo Pasolini, Jude Stefan, Bernard Noël, Jean-Pierre Verheggen, Hubert Lucot, Valère Novarina, Christophe Tarkos (etc.) : de quoi parlent ces auteurs qui nous mènent, comme disait Georges Bataille, "au bord des limites où toute compréhension se décompose" ? quel "réel" représentent leurs langues monstrueuses ? de quelle nature est la jouissance sidérée qu'elles provoquent en nous ? de quels outils disposons-nous, et quels autres devons-nous forger, pour en déchiffrer les intentions ? en quoi ce déchiffrement peut-il nous aider à mieux évaluer ce dont on parle quand on parle de littérature (la plus ancienne comme la très contemporaine) ?

  • Dans les 'langes' des 'coupures de journaux', disait Blaise Cendrars, nous arrive 'le bébé aujourd'hui'. Le voici, tout juste démailloté. Son lange est un journal, avec ses rubriques (société, politique, sports, sciences, gastronomie, météo, culture...). Chacune d'elles est recomposée en vers satiriques. Mais moins pour 'châtier les moeurs' que pour dire, bouffonnement, une stupéfaction un peu effrayée.

  • Ce livre fait suite à Les Enfances Chino, roman publié chez POL en 2013.
    À la fin du précédent volume, le "héros", Chino, est parvenu au sommet de la pente dite "enfance". Dans Les Amours Chino, il a basculé sur l'autre versant puis dévalé, longuement, d'adolescence à sénescence, vers les passions (amoureuses, érotiques). Les grandes et les petites. Les « fleur bleue » comme les pornographiques, les durables et les furtives, les douloureuses et les joyeuses, les exotiques et les banales.

    De l'évocation de ces épisodes, toujours datés, Christian Prigent a fait un roman, en dix-huit chapitres. On n'y suit pas l'ordre linéaire du temps. Les actions ne surgissent que sous la dictée d'émotions non assignées à une logique de récit. Plusieurs époques, plusieurs scènes, plusieurs objets d'amour s'y trouvent recomposés sans souci de reconstitution. C'est que tout remonte en vrac du feuilleté de la mémoire qu'on a gardée des corps, des paroles, des sites, des instants. Et s'embrouille dans l'afflux de bien des agitations sensuelles.
    Pour arrêter ce mouvement sur quelques images à peu près nettes et pour encadrer cet afflux, on a voulu une forme découpée en spots brefs, concentrée, régulière : explicitement artificielle.

    Ce pourquoi ce roman est en vers. C'est un vers sévèrement compté - impair, pour éteindre la mélodie trop chantonnée. Ostensiblement rimé (même si parfois de façon acrobatique, voire clownesque). Et emporté par un train obstiné de quatrains (trois à chaque fois).

    Les Amours Chino est le vingt-et-unième livre de Christian Prigent chez P.O.L où il a publié recueils de poèmes, essais et romans depuis 1989, avec le bien nommé Commencement.

  • Demain je meurs

    Christian Prigent

    « Hier, j'étais né ; demain, je meurs », souffle la Voix qui sort du lit d'agonie. Entre cet hier et ce demain : une vie, celle du père. Qui raconte cette vie est qui entendit murmurer la Voix. Scènes, vignettes, tracés d'émotions, poussées d'interprétation, visions en vitesse, conversions bouffonnes. Temps : une demi-heure en gros, à vélo. Espace : deux kilomètres. Décor : Bretagne, années 1950. Fond d'Histoire : la guerre d'Indochine, l'affaire Henri Martin, Budapest 1956, les communistes, André Marty, Thorez, Staline. La Chienne du Monde parle. Le monde aboie fort. On file pas chronique, engrène pas annales en ordre de maillons : on mixe, on bricole, on pétrit sa boule avec du déchet de biomachin ou de chronotruc. Et puis : roule cette boule, enroule les cadences, enchaîne véloce - et va la musique !

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • 'Le jeune Chino descend dans un tableau de Goya. Les figures s'animent. Entre des lavandières au fond et deux jeunes filles sur la colline d'en face : 2 km, une demi-journée. Rencontres : copains, fillettes, saints guérisseurs, âmes en peines, vieilles tordues, chiens qui parlent, jardiniers ivrognes, champions idolâtrés. Formes : aquarelles de sites, blasons météo, chansons paillardes, dialogues socratiques, opérettes en kit, livrets de ballet, fabliaux, lais et mirlitonades. Sujets : démêlés avec la parentèle, violences aux animaux, deuils, controverses sur l'école, la société, le sexe. L'Histoire s'inscrit sur des plaques de rues, des tombes, des feuilles de journaux. Des mondes à la fois bouffons et effrayants roulent dans les chutes rythmiques. Et peu à peu, dans l'inachevé de l'enfance, coagule l'achèvement adulte : rideau.'

  • Ferenc Puskás et la Hongrie révoltée de 1956, Rachid Mekhloufi et la guerre d'Algérie (1958), Tommie Smith, John Carlos et l'action 'Black Panthers' à Mexico (1968), Mark Spitz et l'attentat des J.O. de Munich (1972)... Et Charly Gaul, Lev Yachine, Tom Simpson... ; ou, plus près de nous, Djibril Cissé, Yohann Gourcuff, Christopher Froome... : Chino légende (en vers) des croquis de ses idoles sportives. Au passage, vus par ce petit bout de lorgnette, quelques épisodes marquants de la 'grande' histoire 1945-2015.

  • Il ne s'agit pas d'un essai de plus (savamment pensif, forcément critique) sur la télévision. Plutôt de la confession d'un qui, presque chaque soir (aux heures les pires, celles dites «de grande écoute»), se vautre devant la boîte à vider les cerveaux. Allumer le récepteur, c'est ouvrir une encyclopédie des idées reçues, des idolâtries et des violences du siècle. Rien de plus navrant que la vie et le monde vus à la télé. Mais, à ce point de bêtise et de crudité, rien non plus de plus marrant. Suffit de recopier, en à peine accéléré, pour tout faire tourner en farce : JT saucissonnés, séries en solde, pubs bouffonnes, céérmonies météorologiques, sitcoms ménagers, feuilletons tiroir-caisse, docu-fictions en peau de lapin pour les presque nuls. Et hop, zapping, moteur : c'est guignol, c'est carnaval!

  • Météo des plages

    Christian Prigent

    Christian Prigent sous-titre son livre «Roman en vers», et de fait il s'agit à la fois d'un roman, d'un roman autobiographique dans la veine des derniers livres de l'auteur (Demain je meurs, Grand-mère Quéquette), et d'un livre de poésie.
    Soit une journée à la plage, du «petit lever» au «nocturne» final, en passant par «pique-nique» et «petit quatre-heures». Des personnages passent (parentèle, filles convoitées, déités en stage dans des marines rococo). Des événements ont lieu (idylles, marées noires, footing, noyades). On dialogue sur quelques points de morale et d'esthétique. C'est donc du roman (quoique tué dans l'oeuf). Mais en vers. Ces vers sont métrés (mais impairs, non mélodiques), rimés (même si souvent par acrobaties bouffonnes) et distribués en quelques centaines de quatrains.

  • Commencement

    Christian Prigent

    Celui qui parle traite d'une difficulté comique à se dépêtrer de son propre tas, à naître, à parler, à entrer chaque matin dans la vie d'action, de conversation et de profession. Il n'expose pas les tranches de sa vie mais refait en langues sa vie de non-vie et sa vie d'envies : visite des souvenirs montés à l'envers, choses vraies vues par-derrière, baudruches des fictions sur des ciels exacts : voici les jeunes gredins des soleils lointains, les essais d'idylle version bocagère et les mélodrames avec plusieurs dames ; voici les vestiaires pour peaux strip-teasées à fond sur du rien ; voici la gymnastique d'Éros dans des greniers crâniens ; voici le music-hall à fonction critique, le Château des Par-Quatre des parfaites familles, la fête politique sur ses tréteaux en toc ; voici Judith, Nausicaa et leurs avatars ; voici Calypso, Circé, Clélie, Juliette, Pandora ; ciao, Artemisia, woman number one ! bonjour, Père Caboche ! ça va, Mère Pinard ? salut Ferdi Kubler, Louise Brooks et Lollobrigida ! Le monde d'esprit passe dans son train fantôme repeint en idiot sur des toiles foraines. C'est fait pour se muscler la langue : bousculades des souffles, contorsions rythmiques des sites syllabiques, roulement des phrases sur la déflation des scènes ravagées, exercices pour commencer, naître et dire : merci, je vis, j'écris, congé à la folie !

  • Soit un effet de cadrage (analyse, théorie) ; et, en creux dedans, justifié par et le tenant ouvert, l'ironie d'un noir lumineusement opaque (poésie). L'un avec et contre l'autre, indissolublement. Petits mouvements d'écriture dans ce dispositif alterné. Pour voir comment ça marche. Et ce que ça dit du complexe de nommable et d'innommable dit expérience. Scénario : 1) ouverture (peinture et poésie : Daniel Dezeuze et Paul Scarron) ? 2) bref acte en vers ? 3) intermède : Paul Verlaine et les mères ? 4) final voix off pour dénouer.

  • Dautres, jadis, ont dit Nature, Dieu. Voire, plus récemment, Choses, Corps, Réel... Ou encore linnommable. Ainsi ma-mère, icône opaque. Ce qui jette moi à la jouissance mélancolique du monde et, simultanément, à la manie dexpression. Cette manie est peut-être la poésie : défi à lidole, paradoxale force doubli, passion idiote ressassée pour poncer et exiler laffect.

  • Chino au jardin Nouv.

    Retour aux jardins. Ceux des enfances délicieuses ou suppliciées. Puis leurs restes encroûtés de zones, parkings, hypermarchés. Partout, un monde fou : postiers ivrognes, jardiniers pensifs, poètes bocagers, galopins des friches, épouvantails et revenants. Corps, âmes, arbres, bêtes, outils, étoiles, cailloux, tout parle. De quoi ? Terre et ciel, fééries, peurs, vocations, amours pas qu'enfantines. L'Histoire marque à la culotte les morts et les vivants qui passent : la guerre d'Indochine, les Glorieuses puis le règne des Gorgibus bancaires. Jusqu'aux Gilets jaunes campés sur des ronds-points autrefois horticoles. Mais ça n'est pas fait pour arrêter ces images. Plutôt pour mêler les temps et les tons, faire bouger vite les décors et embarquer des mondes revécus dans le charroi d'un phrasé qui les mène joyeusement au fossé d'oubli.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Dans la chaleur des étapes alpestres, C. Prigent évoque ses impressions du Tour de France.

  • La réflexion que propose cet essai part de quelques événements récents comme l'affaire Rushdie et la profanation de Carpentras qui révèlent le désarroi de l'intelligence dans notre société face à la nomination du « mal ». Simultanément, on peut constater une réelle marginalisation des « grandes irrégularités du langage » de la littérature qui relevaient traditionnellement de cet enjeu. L e discours dominant d'aujourd'hui est celui d'un « humanisme » sommaire, renaissant de la ruine des grandes idéologies. Cet idéalisme ignore la conscience « tragique » que l'expérience artistique ravive au contraire à tout coup. D'où la violence de ce que l'on pourrait appeler la « surprise du mal » pour un corps social symboliquement démuni.
    Ceux qui merdRent tente d'analyser cette situation, ses origines, ses conséquences dans la littérature actuelle, telle ou telle des réponses que les écrivains contemporains tentent d'apporter. Sont ainsi évoqués les ambiguïtés d'une lettre de Céline, l'apothéose officielle de René Char, Francis Ponge de la rage de l'expression à l'âge de la répression, les hésitations de Georges Perec, la grande rhétorique de Denis Roche entre poésie et photographie, l'eros dionysiaque de Pierre Guyotat, la « crise » de la poésie, les tranches de vie trop bien découpées de Claude Simon ou de Michel Leiris.
    Quel sens peut avoir aujourd'hui le fait d'écrire, d'entrer dans l'invention d'une langue ? Qu'est-ce, pour un écrivain, qu'être « moderne », dans l'afflux d'un présent insensé, après la mort des avant-gardes et la fin des utopies ? Qu'en est-il de ceux qui, dans la tradition de Rabelais, de Sade, de Rimbaud, de Bataille ou de Queneau, maintiennent l'exigence de faire merder, ou plutôt, comme aurait dit Jarry, merdRer la beauté convenue, la pensée pré-pensée et les « chromos » de l'humanisme contemporain ? Christian Prigent tente de montrer le travail de ces questions dans les oeuvres de Valère Novarina, de Jean-Pierre Verheggen, d'Hubert Lucot, d'Olivier Cadiot...

  • « J'ai écrit les premiers mots d'Écrit au Couteau sur un carnet de vengeances. C'était pour répondre à la violence de tels de mes proches contre un précédent livre de moi. Ça a dessiné des sortes d'épouvantails répulsifs, avec des signes gravés dessus au couteau : invectives, anathèmes, dévotions, épitaphes. Programme : «encore mieux plus mal dire" (Beckett). Matériau : le sexuel animalique mécanique épidermique épidémique. Action : hymne farcesque à l'abjection, pantomime érotico-macabre, rites du ratage de la langue qui y colle sa bêtise. Rien d'autre que les palinodies d'un baroud pour rien : qui mime la quête d'un «langage vrai", sait pourtant qu'il n'y en a pas (de langage vrai) - et, du fond du parler faux (bien réel, lui) qui nous cerne, rit de ce savoir et rit du même coup de soi - de soi tenté par la volonté de n'en rien savoir. »

  • « Je suis de ces écrivains qu'on dit difficiles, voire illisibles. Ce n'est pas être en mauvaise compagnie. Mais qu'est-ce qu'être illisible ? qui en décide ? sur quels critères ? et qu'est-ce que ce langage littéraire vraiment incompréhensible dont Antonin Artaud nous assurait qu'il était en même temps (voire : pour cette raison) incompréhensiblement vrai ? de quelle vérité son obscurité a-t-elle vocation et peut-être pouvoir de nous faire part ?
    À partir de ces questions et au travers de quelques oeuvres emblématiques (Philippe de Beaumanoir, Mallarmé, Artaud, Beckett, Gertrude Stein ... ) ou symptomatiques des interrogations de notre présent (D. Roche, O. Cadiot ... ), une réflexion sur cet obscur mouvement (la littérature, peut-être) qui route la langue dans la langue et refait à chaque fois, sans issue vers le ciel de l'imaginaire ni vers la terre de la paisible mimésis, la démonstration de notre paradoxal statut de séparés par les mots. »

  • À quoi bon encore des poètes ?
    Quel sens (et en particulier quel sens « social ») a encore le fait d'écrire de la poésie ?
    À quoi servent ces formes peu communes, inhabituelles, inutiles ?
    Que signifie cette obstination apparemment hors champ d'écrivains peu lus, d'éditeurs titubants et de lecteurs hagards ?
    De quoi témoigne la poésie ?
    Quel usage en faire ?
    Ou plus simplement pourquoi y a-t-il ça plutôt que rien, c'est-à-dire le tout-venant qui occupe les boutiques et les tréteaux médiatiques ?
    Ce petit livre pose toutes ces questions en ne ménageant personne ni soi-même.

  • Une « phrase », unique, ressassée, scandée de refrains obsessionnels, trouée d'apartés réflexifs et de digressions, enroule un long lamento-bouffe. Son mouvement tente de régler le compte des désirs, des angoisses et des chagrins voués à la figure à la fois tutélaire et défigurée de la mère.
    Mais la mère, ici, n'est pas, ou pas seulement, la mère biologique : la mère c'est « le tuyau, la paille, le roseau calamiteux par où le monde nous trait, nous tire, nous boit, nous suce et nous crache » ; la mère, c'est « tout ce qui fait qu'on habite la chair ici-bas sur terre comme les autres viandes, mais avec des mots ».
    Du choc langagier naissent les néologismes les plus divers, les reproches les plus amers, les plus drôles surtout, les apartés réflexifs... sans jamais de pause, la pensée constamment en éveil. Au fil de la phrase passent des scènes fugaces, des personnages vite perdus de vue, des dialogues ahuris, des méditations burlesques, des bribes de poétique tordue : une autobiographie fantasmée, tournée en confusion, emportée dans une vitesse de catastrophe comique.

  • L'âme

    Christian Prigent

    La sensation de ne pas «être au monde» ne suppose pas qu'il y ait un autre monde, dont nous aurions la nostalgie ou le désir. C'est simplement le prix que nous payons pour parler. Car, parlant, nous tenons le monde à distance et n'avons avec lui d'autre rapport que médiiatisé par le redoublement symbolique. Alors que le monde est en souffrance en nous et notre malaise naît de cette attente frustrée. Mais cette souffrance est aussi la condition de notre aspiration à un rapport fusionnel, prolixe, acharné avec les choses, les corps, la «nature»... La question de la «poésie» est celle de cette habitation paradoxale du mondre par les êtres parlants. Elle dit l'absence du parlant au monde et son effort pour combler l'absence. Elle est travaillée par un rêve d'adhésion au monde (d'où son obsession analogique : comparaisons, métaphores) ; en même temps, elle note, parce que travail de langue, l'expérience vraie du parlant : inadéquation des mots aux choses, obscurité muette du monde, résistance du réel à l'imposition du sens.
    Âme est l'un des mots les plus galvaudés par la mystique, la littérature, la poésie. C'est que âme est un signifiant pur : le nom de rien. Le nom de ce rien qui s'ouvre dans le monde à chaque fois que la langue s'évertue à le dire. Le nom de l'écart, de la séparation, de la «différence non logique» (Bataille définit ainsi la matière). L'aura insignifiante des choses, infusée dans la langue et la hantant d'une vacuité qui la scande de portées sonores er rythmiques imprenables par le sens.
    Les poèmes de L'Âme sont des essais d'enregistrement de cette vacuité dont le jeté fait abstraitement bouger, dans le temps d'une journée exemplaire et banale, la diction de quelques choses perçues, de quelques corps aimés, de quelques paysages vus, de quelques bribes de savoirs : dérapages, petites catastrophes du sens, lame de l'âme passée entre le réel et les mots.

  • Presque tout

    Christian Prigent

    Ce volume rassemble d'une part, dans une version complétée et réorganisée, six ensembles de poèmes parus entre 1982 et 2001 dans des éditions désormais rares ou épuisées ; d'autre part deux suites jamais publiées (Le Voyage d'Italie et Un poète/Un peintre). Il retrace donc un parcours poétique d'une vingtaine d'années que croisent ici et là les réflexions sur la poésie développées dans Ceux qui merdRent ou À quoi bon encore des poètes?
    Pour l'essentiel, ces textes reprennent, sous des angles divers, une interrogation sur l'énigmatique «motif» qui fait qu'il y a du «poème» (une langue segmentée, sonorisée et scandée - c'est-à-dire violemment «artificielle») plutôt que rien (la mutité) ou le tout «naturaliste» des proses qui veulent épouser le relief du monde.

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