• Prudence et passion

    Christine Jordis

    Dans Raison et Sentiments, Jane Austen opposait deux soeurs qui proposaient deux regards sur la vie. Elinor, défendant la modération et la sagesse; Marianne, personnifiant les dangers de l'audace. Au terme de leur affrontement, la première se construisait une vie heureuse; la seconde se résignait à s'ajuster au monde tel qu'il est.Christine Jordis, transpose cette matière anglo-saxonne dans la France d'aujourd'hui, dominé, selon elle, par la tyrannie nouvel ordre moral. Elinor, toujours aussi prudente, qui s'appelle désormais Elena, retrouve Marianne, toujours aussi exaltée, lesquelles, lors de discussions enflammées débattent des questions qui les hantent : dans le tumulte ambiant, face aux pressions exercées, quel comportement adopter ? Faut-il s'engager, se replier sur soi, fuir ? Le lecteur fasciné, suit avec beaucoup de tendresse et d'intérêt, des personnages qui, comme tout à chacun, nourrissent des espoirs, font face à des désillusions, aiment, résistent, vivent.Janes Austen nous prodiguait une leçon de vie, Christine Jordis, en romancière subtile, la reprend à son compte et nous pose une question: « Veux-tu la vérité ou plaire à un monde qui ment ? »

  • Dans Une vie pour l'impossible, Christine Jordis évoquait la haute stature paternelle. Dans Tu n'as pas de coeur... elle convoque trois figures féminines. La grand-mère, une beauté de son temps qui aimait l'amour et collectionna les amants. La mère, «gâtée, trop belle », héroïque, qui se méfiait des hommes. Entre elles, le héros revenu des combats. Deux femmes se déclarant une guerre infernale, luttant chacune avec ses armes : désir amoureux inassouvi pour la première, sévérité implacable pour l'autre, sa fille. Au coeur de ce champ de bataille, dominé par les pesantes valeurs bourgeoises de l'époque, qui suscitent la frustration et la haine, une petite fille tente de survivre, s'inventant indéfiniment, se créant ses propres paradis. En un mot, nous dit Christine Jordis : « un enfant peut renaître à l'endroit qu'il a choisi, grâce à l'imaginaire, aux livres et à la lecture. » Tu n'as pas de coeur..., c'est l'histoire de trois femmes qui se firent longtemps souffrir et un témoignage sur une époque en voie de disparition.

  • 'Je me représente très bien l'époque où les riches répugneront à faire fortune au détriment des pauvres et où ces derniers cesseront d'envier les riches. Même dans le meilleur des mondes, nous ne réussirons pas à supprimer toutes les inégalités, mais nous pouvons et nous devons éviter que les hommes se battent et se détestent.' Rabindranath Tagore lui avait donné le nom de Mahatma, la 'Grande Âme', sous lequel le monde entier le connut, l'admira ou le détesta. De son enfance choyée au Goujarati, dans une caste de commerçants, à la découverte de Londres à la fin du XIXe siècle, des premières grandes batailles menées en Afrique du Sud contre le racisme, pour défendre les droits des minorités indiennes, jusqu'au retour en Inde et à la conquête de ses foules immenses, l'histoire de Gandhi (1869-1948), palpitante comme un roman, retrace l'une des grandes aventures du XXe siècle.

  • Christine Jordis est habitée par « une faim d'Asie ». Après avoir arpenté de nombreuses terres et cultures asiatiques, de la Birmanie à la Corée en passant par Bali, elle part découvrir le Japon au printemps 2018, un pays dont elle rêvait depuis longtemps. Elle décrit ici l'émerveillement de cette première fois autour de Kyoto, la découverte des jardins secs ou fleuris, des temples, des rues, d'une montagne...Comme guide d'ouverture, elle a choisi l'une des figures les plus vénérées du Japon, dont on ne sait presque rien en France : le moine Kukai (Kobo Daishi) 774-835, fondateur de l'école du bouddhisme Shingon. Sa vie est un roman : celui d'un homme de haute spiritualité, mais aussi d'un grand voyageur, d'un bâtisseur, d'un philosophe aux textes vibrants qui fut un ami de l'empereur.L'auteur suit Kukai à Koya-san, un site exceptionnel qui garde vivante la présence de son fondateur, puis nous fait pénétrer dans les temples du Daitoku-ji ou du To-ji.D'autres présences inspirent et accompagnent le voyage, Claudel, Barthes et Nicolas Bouvier, ou ce musicien qui entend le message de pierres...Un pas vers le moins, autrement dit : un pas pour mieux comprendre l'énigmatique Japon.
    De livre en livre, depuis Bali, Java, en rêvant jusqu'à Paysage d'hiver, en passant par sa biographie de Gandhi, Christine Jordis poursuit sa découverte de l'Asie. Un goût de l'aventure, intérieure aussi bien qu'extérieure, dont elle donne les raisons dans deux récits récents : Une vie pour l'impossible (2012) et Tu n'as pas de coeur... (2019).Sacha Jordis est illustrateur et critique musical. De nationalité autrichienne, il publie en Allemagne.

  • Ce livre, composé à partir d'articles, de portraits et entretiens, de rencontres avec des écrivains, vise à dessiner une histoire du roman anglais de ce siècle tel qu'il apparaît à travers vingt ans de traductions. Chemin faisant, des questions ont surgi

  • « La vieillesse », dit-on, comme s'il n'y en avait qu'une ! En réalité, il y en a plusieurs. à chacun de trouver la sienne. Mais la société a posé un chiffre sur vous, comme un dossard sur le dos d'un coureur. Le chiffre fait loi. Vous l'atteignez : vous voilà dans une case ou dans une cage...
    Rassurez-vous, tout n'est pas perdu. Vous constituez un marché rentable. On va s'occuper de vous. Vous choyer. Vous solliciter. Les profiteurs sont maintenant lancés à vos trousses, prêts à tout pour vous convaincre et vous vendre leur camelote. Vous voilà prisonniers de l'idéologie ambiante, fin prêts pour la consommation.
    Mais le droit à la désobéissance existe. Alors, laissez-là les pièges et les mensonges de la société. Prenez la clé des champs. Vivez votre âge comme vous l'entendez. Non comme une course après la jeunesse qui s'enfuit, mais comme l'apprentissage d'une nouvelle aventure et la poursuite de votre voyage intérieur. En lisant, en rêvant, en vous promenant dans la compagnie des sages.

  • Il s'agit d'une histoire vraie. Celle d'un homme qui, dans les années vingt, commença sa vie d'aventurier en Syrie, dans le désert du Djebel Druze, pour manquer de la finir, quelque cinquante ans plus tard, dans un autre désert, de glace celui-là, au pôle Nord, sur la banquise. Entre-temps il exerça le métier de banquier, de journaliste, d'industriel, de commerçant - autant de rôles qui ne le contentaient pas. Que cherchait-il vraiment ? Une vie plus intense ? Un horizon plus vaste ? Trouver la liberté ? Il fut un guerrier, héros de la bataille du mont Cassin, à la tête de la seule unité qui cassa la position allemande. Un voyageur qui toujours prit le large pour mieux entendre la voix qu'il portait en lui. Mais aussi un homme d'affaires avisé qui sut compter et calculer. Puis un saint qui, à soixante ans passés, ayant tout donné de ses biens, s'en alla vivre au Pôle parmi les Eskimos inuits. Son étrange destin lui réservait d'autres aventures, d'autres amours encore... En puisant dans lettres, articles, carnets et documents personnels, ce livre raconte une vie à hauts risques : celle d'un homme qui voulut s'évader de la société et de ses pièges pour mieux se rendre libre. Prix Charles-Oulmont de la Fondation de France 2013

  • Un lien étroit

    Christine Jordis

    Devenir une femme adulte, libre, avoir « une chambre à soi », quand on aime un homme de nature possessive et qu'on est encore emprisonnée dans les rets d'une éducation victorienne est une gageure. C'est celle que soutient la narratrice de cette histoire, qui se déroule en Angleterre, aux Etats-Unis et, surtout, à Paris, entre les années soixante-dix et aujourd'hui. A Londres, elle a rencontré Paul, qui va devenir son premier mari. Un homme entier, absolu, qui vit sa passion dans une volonté de fusion, sans comprendre que ses exigences étouffent peu à peu l'être qu'il aime. Comment préserver sa liberté intérieure quand l'Autre conçoit l'amour comme un partage exclusif ? Comment exister par soi-même tout en répondant à l'exigence amoureuse ? Vivre en couple, n'est-ce pas vouloir surmonter des contradictions insolubles ?À travers ses propres tentatives, la narratrice réfléchit sur l'absolu de l'amour et les difficultés du mariage, sur le bouleversement dans les attitudes au cours de trois générations successives.Une histoire contemporaine du couple. Un roman sur la fusion, le temps, l'usure, et le besoin d'être soi - d'écrire.

  • "En dépit des efforts que nous faisions pour marcher droit, chaque pas nous soulevait du sol, nous projetant l'un contre l'autre, et les chevaux ailés du pont et les réverbères à trois branches, la coupole transparente du Grand Palais et les grands troncs des marronniers avec leur haut feuillage sombre, toutes ces formes s'élançaient dans le ciel pâle, étirées, dansantes, allègres comme notre démarche, tandis que nous croisaient des passants sans épaisseur ni consistance, simples figurants dans notre rêve éveillé. La vie. Être présent à la vie, intensément. Notre amour nous la révélait. Peut-être sa splendeur se tient-elle "prête à côté de chaque être", comme Kafka l'avait écrit dans son Journal, mais - j'avais lu ces lignes avec nostalgie - "voilée, enfouie dans les profondeurs, invisible, lointaine". Je pensais ce jour-là que l'amour est bien cette magie qui nous dévoile l'autre monde - le monde d'au-delà du monde, celui qui en permanence se tient prêt à nos côtés, mais que d'ordinaire nous ne savons pas voir."Lorsque Camille rencontra Julien, elle pensait que rien ne la prédisposait à la passion. C'est pourtant une véritable cérémonie qui se célèbre dans la chambre blanche où les amants se retrouvent. Désirant la possession et s'en défiant tous deux, ils deviennent les acteurs d'un théâtre dont ils croyaient ne devoir être que les témoins. La narratrice, à laquelle, Camille confie son secret et son manuscrit, réfléchit sur l'absolu et le lyrisme de toute passion et l'écueil de la réalité.

  • Son domaine, c'était l'écriture, il en inventa d'ailleurs une : à la fois peinture et poésie. Mais il fut aussi ministre du roi, inspecteur royal secret, directeur de la grande université confucéenne, jusqu'à ce jour de 1840 où il est envoyé en exil sur l'île de Jeju.Tout fascine dans la vie de Kim Jeong-hui : sa pensée, son art, la façon dont il sait lier action et contemplation, sa sérénité absolue atteinte au travers d'une vie déchirée.« C'est tout cela, écrit Christine Jordis, qui m'a décidée à entamer ce voyage intérieur et à enquêter sur l'art et la sagesse de celui qui est considéré comme le plus grand calligraphe de son époque. Qu'il ait vécu en un temps si lointain, en une partie du monde si éloignée de la nôtre, ne me fut pas un obstacle. Bien au contraire. Les valeurs auxquelles il adhérait dans la Corée confucéenne - écoute de l'autre, sens des responsabilités -, pourraient bien s'imposer comme un contrepoids nécessaire à la brutalité d'une époque, la nôtre, qui a perdu ses repères. »

  • 'Je me suis longtemps demandé pourquoi certaines personnalités exerçaient sur nous une fascination sans fin. Emily Brontë, Rimbaud, T.E. Lawrence, Charles de Foucauld pour citer pele-mele quelques-uns de ces personnages en apparence les plus opposés. Puis je compris qu'ils se ressemblaient. Les liait une expérience intérieure si profonde qu'une vie enticre ils y restcrent fixés.
    Foucauld, Lawrence, deux hommes que rapprochent une époque, l'aventure, la guerre, le désert, le renoncement. Tous deux partis vers des terres inconnues et des royaumes sans roi : Charles de Foucauld se rendit dans le désert et y rencontra Dieu ; T.E. Lawrence, s'il n'arriva pas ´r la meme conclusion, ressentit lui aussi l'appel de cette terre sans bornes. Le désert, ou trouver l'extreme, l'hérodsme, une autre existence ou entendre dans la solitude le verbe vivant que l'on porte avec soi.
    Saints et héros, selon certains, espions de haut vol selon d'autres, une démarche essentielle relie ces chercheurs d'absolu, si différents soient-ils. Le go"ut de l'exccs, peut-etre, et la volonté de fuir la société? Certain désir de s'écarter de la vie ordinaire, de vivre ´r hauteur de mort?' Christine Jordis.

  • Jean Rhys, née Ella Gwendoline Rees Williams, est pour bien des lecteurs, en France et dans le monde, un écrivain-culte. Sa sincérité conquiert, sa ténacité étonne. Tenue pour morte pendant près de trente ans, redécouverte avec la parution de son dernier livre, un chef-d'oeuvre (La Prisonnière des Sargasses, 1966), elle eut une vie de misère et d'errance. En 1939, après avoir publié cinq ouvrages, Jean Rhys disparaissait de la scène littéraire. Elle n'écrira plus que quelques nouvelles et un roman, retour hanté aux lieux de son enfance (dans les Antilles anglaises), sur lequel elle s'acharna pendant dix ans. A soixante-dix ans passés, elle connut enfin une gloire dont elle fit peu de cas. De Rive gauche (1927) à Bonjour, minuit (1939), Jean Rhys poursuit une longue confession tout entière rassemblée autour d'un sentiment de vide et de solitude. Anna, Sasha, Maria... sont autant de versions d'elle-même. Nulle part la situation d'échec où elles vivent n'est aussi fortement ressentie que dans le rapport homme-femme qui est le thème le plus constant de cette oeuvre. Le secret de la vie ne serait-il pas, comme Jean Rhys a la tentation de conclure, « de ne jamais s'engager trop loin, ni trop profondément » ? Christine Jordis revient sur ce destin unique dont elle analyse très subtilement les contradictions et l'itinéraire secret. Elle insiste sur les échos qu'éveille en elle, comme en chaque lecteur, cette oeuvre lucide qui décrit avec intensité la difficulté d'être, les faiblesses de la passion et l'obstination de l'amour. En arrière-fond, la nostalgie pour un éden perdu, les îles lointaines des West Indies.

  • Jean Rhys, née Ella Gwendoline Rees Williams, est pour bien des lecteurs, en France et dans le monde, un écrivain-culte. Sa sincérité conquiert, sa ténacité étonne. Tenue pour morte pendant près de trente ans, redécouverte avec la parution de son dernier livre, un chef-d'oeuvre (La Prisonnière des Sargasses, 1966), elle eut une vie de misère et d'errance. En 1939, après avoir publié cinq ouvrages, Jean Rhys disparaissait de la scène littéraire. Elle n'écrira plus que quelques nouvelles et un roman, retour hanté aux lieux de son enfance (dans les Antilles anglaises), sur lequel elle s'acharna pendant dix ans. A soixante-dix ans passés, elle connut enfin une gloire dont elle fit peu de cas. De Rive gauche (1927) à Bonjour, minuit (1939), Jean Rhys poursuit une longue confession tout entière rassemblée autour d'un sentiment de vide et de solitude. Anna, Sasha, Maria... sont autant de versions d'elle-même. Nulle part la situation d'échec où elles vivent n'est aussi fortement ressentie que dans le rapport homme-femme qui est le thème le plus constant de cette oeuvre. Le secret de la vie ne serait-il pas, comme Jean Rhys a la tentation de conclure, « de ne jamais s'engager trop loin, ni trop profondément » ? Christine Jordis revient sur ce destin unique dont elle analyse très subtilement les contradictions et l'itinéraire secret. Elle insiste sur les échos qu'éveille en elle, comme en chaque lecteur, cette oeuvre lucide qui décrit avec intensité la difficulté d'être, les faiblesses de la passion et l'obstination de l'amour. En arrière-fond, la nostalgie pour un éden perdu, les îles lointaines des West Indies.

  • Le paysage et l'amour, envisagés comme « le moyen par lequel un sujet pensant peut croire s'unir matériellement au monde », ont des pouvoirs qui se rejoignent : l'homme par leur entremise est « replongé dans ses eaux profondes, réaccordé magiquement aux forces de la terre ».De ce pouvoir, toute la littérature anglaise témoigne, qui, plus qu'une autre, inscrit le destin de l'homme dans le paysage. Une faille la parcourt, délimitant l'espace civilisé et l'espace sauvage. Ainsi se dessine l'opposition entre l'enfermement et la liberté, entre la contrainte exercée sur les instincts et l'affirmation du désir, entre une existence de surface et la vie essentielle, irréductible. Il suffit de penser, dans Les Hauts de Hurlevent, à la lande sauvage où Catherine Earnshaw vit sa passion puis sa mort, et au manoir de la Grive où habite Edgar Linton parmi les raffinements et les séductions de la richesse ; à Edgon Heath, dans Le Retour au pays natal de Thomas Hardy, la lande balayée par les pluies et les vents où vient mourir Eustacia, qui, telle Madame Bovary, rêvait du luxe et de la ville...Voici que resurgit, dans l'espace où se lit l'intégration ou au contraire le malaise des hommes, l'éternelle question posée par la société qui est celle de l'expression, ou de la répression, d'une violence première. Cette énergie fondamentale - qui règne dans l'enfance et que tout, par la suite, concourt à réduire et à discipliner -, il s'agira, au contact de la nature, comme dans l'union amoureuse, de la préserver, de la retrouver.

  • Né au-dessus d'une échoppe de bonnetier, à Londres, William Blake (1757-1827) affirmait que, pour retrouver la joie que nous portons en nous, « il suffit de nettoyer les fenêtres de la perception ». Après avoir vu Dieu à huit ans, puis un arbre « rempli d'anges », il dessina, peignit, grava, écrivit de longs poèmes prophétiques.Anticlérical, antimonarchiste, pacifiste, révolté par la misère et l'injustice sociale, il voulut changer l'homme et le monde. À l'argent-roi, il opposa l'esprit, c'est-à-dire la poésie et l'art. Rejeté par son époque, condamné à la solitude et à la pauvreté, il n'en continua pas moins de poursuivre son chemin jusqu'à sa mort.Dans cet essai biographique passionné et passionnant, Christine Jordis, prix Femina pour De petits enfers variés et prix Médicis pour Gens de la Tamise, fait de l'auteur du Mariage du Ciel et de l'Enfer notre contemporain.

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