Langue française

  • Dans ces Essais sur le politique, Claude Lefort creuse l'interrogation sur la genèse et l'évolution de la démocratie moderne. Livrée à elle-même, vouée à l'émancipation, vouée à l'émancipation, cette dernière n'est jamais préservée du risque de briser les ressorts de la liberté. Après une évaluation du rôle de l'État-providence et des métaphores de la citoyenneté, il remonte la pente historique en vue d'appréhender les conséquences de la Révolution française. En témoignant les études consacrées à la Terreur et aux interprétations proposées par les historiens du XIXe et du XXe siècle (Quinet, Michelet, Furet).Comment la vertu démocratique peut-elle éviter d'être corrompue par l'esprit révolutionnaire, se demande Lefort, avant d'évoquer la permanence des liens entre politique et religion et de montrer finalement que la modernité politique est nécessairement paradoxale. « Tocqueville et Quinet ont trouvé les même mots, ou presque, pour formuler un ultime jugement sur la Révolution. L'un disait qu'elle a inauguré "le culte de l'impossible" : il dénonçait ainsi l'évasion dans l'imaginaire ; l'autre qu'elle a fait naître "la foi en l'impossible" : il entendait que la négation du supposé réel est constitutive de l'histoire de la société moderne. Deux idées, décidément, qu'il faut tenir ensemble. »

  • Republier quelque quarante ans plus tard l'essai de Claude Lefort paru en 1976 et aujourd'hui introuvable en librairie, c'est d'abord rendre accessible une oeuvre importante de la philosophie politique, l'un des ouvrages majeurs de l'auteur. Il y propose tantôt une analyse très concrète, historiquement informée, de L'Archipel du Goulag d'Alexandre Soljénitsyne, qui venait de paraître ; tantôt une réaction passionnée, polémique, une lecture sensible des textes et de leur situation dans le temps des idéologies et des pensées. Tantôt surtout, et à cette occasion, une réflexion profonde sur les rapports de la société et du pouvoir souverain qui se détache d'elle en prétendant la remodeler, donc sur l'énigme de l'entreprise totalitaire.Le projet d'emprise totalitaire sur la société n'est pas une chose du passé. Qu'on pense à la Chine ou à la Corée du Nord, auxquelles Lefort fait allusion plusieurs fois. Plus près de nous, certaines caractéristiques du totalitarisme soviétique sont encore en place dans la Russie d'aujourd'hui, car plus de soixante ans d'emprise ne s'effacent pas aisément. La pensée active de Lefort, attentive aux événements, jamais refermée sur une doctrine préalablement conçue, peut nous aider à penser notre présent. Pierre Pachet (extrait de la Préface)

  • « [.] la philosophie politique noue une liaison particulière avec l'écriture. Celui qui s'y adonne ne peut entièrement céder à l'illusion de se détacher de son temps, de la société qu'il habite, de la situation qui lui est ainsi faite, des événements qui l'atteignent, du sentiment d'un avenir qui se dérobe à la connaissance et qui à la fois excite son imagination et le ramène à la conscience de ses limites. Il sait, au moins tacitement, que son oeuvre tombera dans les mains des lecteurs que ses propos affectent parce qu'il lève des questions qui, directement ou indirectement, les concernent et portent atteinte à leurs préjugés. Il ne peut pas fournir des arguments à des hommes qu'il tient pour des adversaires, des imbéciles ou les dévots d'une doctrine, ni en séduire d'autres, empressés à se saisir de telle ou telle de ses formules et, sans l'entendre, à se faire ses partisans, à l'élire comme le héros d'une cause. Ecrire, c'est donc pour lui, tout particulièrement, l'épreuve d'un risque. [.] Nul doute, c'est au vrai qu'il tend, sans quoi il ne serait pas philosophe ; mais il lui faut se frayer, par un chemin sinueux, un passage dans le monde agité des passions. » C'est ce passage singulier que Claude Lefort éclaire magistralement dans ce volume d'essais, abordant des auteurs aussi différents que Tocqueville et Sade, Guizot et Machiavel, Orwell et Pierre Clastres, Salman Rushdie et Leo Strauss. Au fil de ce parcours se dégagent les éléments d'une « autobiographie intellectuelle » qui font de Ecrire ; à l'épreuve du politique la meilleure introduction qui soit à l'oeuvre de Claude Lefort.

  • L'appartenance à une famille prestigieuse de Guadeloupe est-elle nécessaire et suffisante pour se voir attribuer le droit d'être élu ? Qu'en est-il des compétences et mérites individuels ? Les postes politiques peuvent-ils se transmettre comme un héritage transgénérationnel ? L'auteur analyse les écrits et témoignages de ceux qui occupent encore le devant de la scène politique (Lucette Henri-Michaux), ceux qui se sont retirés (Henri Bangou), et a obtenu des interviews de fils, petit-fils ou neveux de certains (Lucien Bernier, Frédéric Jalton, René Toribio, François Louisy, Paul Lacavé, Furcie Tirolien).

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