• Nous sommes dans le nord du Canada et les grandes puissances se font la guerre pour la souveraineté dans l'Arctique. Lili est réalisatrice de films porno. Elle se rend au chevet de sa mère, Anita, qu'un AVC a paralysée et rendue mutique. C'est Flo, la soeur de Lili, qui s'occupe d'Anita, la nourrit et la lave. Flo s'occupe aussi de son mari, James; il rentre du front, la guerre a brisé son esprit et son corps. Leur fils, Isaac, quinze ans, n'a jamais connu que ses vinyles, la salle de jeux, la forêt entourant la maison et le vrombissement des avions de chasse. Quand il rencontre Lili, en lui s'éveille une rage de vivre, d'éprouver son corps, de connaître l'autre, que rien ne saura réprimer. Alors que les bombardiers sillonnent le ciel et que, dans les bois, approchent des êtres mystérieux et affamés, un drame se prépare dans la maison d'Anita.

    Tragédie dystopique sur la toute-puissance du désir, Corps célestes explore le manque, ce vide qui en chaque personne reflète l'infinie vastitude de l'univers. Dans cette pièce, Dany Boudreault interroge ce qu'il en coûte de nier notre part d'absolu, notre besoin d'aimer et notre lien à l'autre, et imagine ce qui pourrait advenir si on osait s'y livrer tout entier.

  • Josée Yvon (1950-1994) a créé une des oeuvres les plus saisissantes de la littérature québécoise. Ses textes hybrides font le portrait affectueux et révolté de personnes marginalisées - prostituées, danseuses, travesties, violées. Son premier livre, Filles-commandos bandées, est dédié à plusieurs d'entre elles ainsi qu'à « la femme la plus dangereuse du Québec ».

    Née dans une famille aimante de la classe moyenne, Yvon a investi les franges périphériques de la société, unissant son destin à celui des écorchées vives qui habitent ses pages. Sa relation avec son « frère lesbien », le poète Denis Vanier, éclaire également son écriture et en soulève les contradictions. Pour rendre cette tension entre vie et oeuvre, La femme la plus dangereuse du Québec se nourrit non seulement de ses recueils et récits, mais aussi du contenu des vingt-quatre boîtes de son fonds d'archives. À l'instar de Yvon, adepte du collage et de la confusion des voix, Boudreault, Cadieux et Carbonneau ont profané, déboulonné, rabouté livres et archives en tous genres, et y ont fondu leur propre point de vue.

    Ode théâtrale mêlant documentaire et poésie, la pièce repose sur un triangle tragicomique : la Femme a lu tout Yvon; l'Autre Femme en a entendu parler; l'Homme préfère l'oeuvre de Vanier. Au centre de ce jeu se voit ravivée la figure lucide et brutale, multiple et irrésolue de Josée Yvon.

  • « Dans cette quête identitaire, les protagonistes défient la colère des dieux parce qu'ils ont cette volonté inconsciente de façonner leur existence au lieu de la subir. Dans le tumulte de ce mélange des genres, chaque moitié recherche l'autre. Fondamentalement. Inéluctablement. Tragiquement. C'est une histoire de tolérance qu'on nous racontée Je croisé Et puis, on pourrait ajouter à cet étrange parcours des personnages la notion de désir, qui coule comme du sang à leurs pieds, désir qu'ils ne connaissent pas, qu'ils ne reconnaissent pas. Dans lequel ils s'enfoncent aveuglément. Douloureusement. »

    Alice Ronfard, Extrait de la préface «Dans le regard de l'autre »

  • Les Therrien sont réunis pour célébrer la fin de l'année. Dans une cacophonie d'échanges à bâtons rompus et de remarques creuses, chacun tente de camoufler son ennui. Luc, l'hôte, a décidé d'innover en filmant la soirée, la dernière pour cette famille sur le point d'être dispersée : « Ça va faire des beaux souvenirs. » Pour les Therrien, les meilleurs moments sont ceux où ils évoquent leurs anecdotes préférées, ressassées année après année, y cherchant la forme de réconfort apportée par l'appartenance à un groupe. Cependant, alors qu'ils regardent la vidéo avant de se quitter, le vide qu'ils ont vainement choisi d'ignorer s'impose à eux.
    Descendance est la première oeuvre écrite en collaboration par les deux artistes polyvalents que sont Dany Boudreault et Maxime Carbonneau. Sans complaisance, et avec une petite touche d'ironie, ils y mettent en scène une famille ordinaire dont la force d'attraction ne suffit plus à retenir ses membres dans son orbite

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