• Simone au travail

    David Turgeon

    Récapitulons. Nous savons comment Simone a rencontré celui qui deviendra, pour un temps, son quatrième mari. Nous connaissons le métier de Simone (dessinatrice), nous connaissons son âge (elle ne les fait pas), ses moeurs (comment dire?), ses amitiés (une fameuse ribambelle), ses habitudes (de casanière contrariée). Nous avons appris sur elle des choses que sans doute elle ignorait elle-même. Il nous reste seulement à comprendre le rôle qu'elle a joué dans la célèbre affaire du diamant de Port-Merveille.

  • L'aventure de la pensée fait parfois le meilleur des romans d'aventures. Sous ses abords sévères, l'essai théorique est un genre littéraire comme un autre, avec ses figures, sa dramaturgie et ses effets de suspens. L'essai théorique, quand il travaille au mieux son style et son esprit, peut procurer le même inusable plaisir de lecture qu'une oeuvre de fiction ou qu'un poème.

    L'oeuvre singulière du théoricien français Gérard Genette me donne ainsi l'excellent prétexte d'une enquête sur le travail du style dans l'essai théorique. De quelle manière met-on en scène le déroulement d'une pensée? À quels dangers s'expose-t-on quand on abuse des métaphores? Quels sont les pouvoirs de la néologie? Qu'arrive-t-il quand l'écriture au second degré abandonne sa position surplombante? Plus important encore : en quoi l'humour sert-il la théorie?

    Cette promenade dans l'oeuvre de Genette nous fera côtoyer du beau monde : Barthes, Proust, Flaubert, Paulhan, Borges (bien sûr), ainsi qu'une nuée de théoriciennes et de théoriciens. Assez vite, on s'apercevra que l'art de la rhétorique, qu'on avait cru enterré par les avant-gardes du vingtième siècle, préparait, par le biais des études littéraires, un spectaculaire retour. Ce livre pose au fond une question aussi inquiétante que libératrice : et si l'essai théorique était l'avenir de la littérature?

  • Les bases secrètes

    David Turgeon

    Un livre sur le livre, encore? Oui et non. On y verra bien une bibliothèque, mais dépourvue de lecteurs. Un libraire, mais itinérant. Un éditeur, mais angoissé. Des écrivains : trop, comme dhabitude. Des récits qui semboîtent les uns dans les autres, et inversement : on ne peut pas le nier. Une écriture qui cherche à nous perdre dans son propre labyrinthe : quelque chose comme ça. Heureusement, nous qui sommes lecteurs, nous savons voir au-delà de ces effets de manche. Nous ne nous laissons plus surprendre. Ah si, peut-être par larrivée furtive dune chanteuse au nez plat ou dune dessinatrice aux manières libertines. Donc un livre sur la femme, encore? Non, vraiment, pas tout à fait.

  • Les biographes ont établi que le prolifique auteur de L'ouvreuse de cinéma, de Rentrer de noirceur et de bien d'autres titres a eu recours, pendant pas moins de dix ans, à un assistant. Quel a été le rôle exact de cet assistant dans l'écriture des romans de cette période? À quelles autres plumes a-t-il secrètement prêté son concours? Dans quelles circonstances a-t-il rencontré l'épatante Denise Bruck, grand amour de sa vie? Quelle était la nature de leurs liens avec la mystérieuse Fondation Schasch? Et que venait faire le continent de plastique dans toute cette histoire? À ces multiples questions je crois pouvoir donner une réponse complète et satisfaisante. Cet assistant, c'était moi.

  • Un train déraille. Bon début. L'aventure peut commencer. Johanne Delambre se met à écrire. Elle aura beaucoup de succès. Tous les ingrédients sont réunis pour un roman plein de suspense et de rebondissements. Un roman? Pourquoi pas trois romans. Mais d'abord, un train doit dérailler.

  • Beginning just before WW1 and continuing into the postwar period, the Canadian Manufacturers' Association mounted a campaign to sell Canadian consumers on the virtues of buying "Made in Canada" goods. Not simply an appeal to patriotism, this campaign had to convince Canadian consumers of the satisfactory quality of such goods - which manufacturers had to deliver the substance of - in an increasingly sophisticated retail and marketing environment. Such an encouragement of the demand side of the producer/consumer equation is an important example of the proactive stance taken by Canadian manufacturers in the early twentieth century to improve their own viability and success. This paper examines the "Made in Canada" campaign as part of a range of business strategies that also included support for scientific industrial research, technical standardization, and vocational education, alongside more traditional anti-competitive policies. The scope of these strategies suggests that the impact of the Second Industrial Revolution was being fully felt in Canada and business leaders recognized the implications of a new political economy in which an unimaginative defence of the protective tariff was no longer adequate.

    Juste avant la Première Guerre mondiale et jusqu'à l'après-guerre, l'Association des manufacturiers canadiens a mené une campagne pour faire valoir aux consommateurs canadiens les avantages d'acheter des produits « fabriqués au Canada ». Au-delà d'un simple cri de ralliement patriotique, cette campagne devait aussi persuader les consommateurs canadiens de la qualité satisfaisante de ces biens dans un univers du détail et de la commercialisation toujours plus complexe, et les manufacturiers devaient être au rendez-vous. Ces efforts de persuasion ciblés du côté de la demande dans l'équation producteur-consommateur constituent un important exemple des mesures actives prises par les manufacturiers canadiens au début du XXe siècle pour améliorer leur viabilité et leur réussite. Le présent article replace la campagne vantant les produits « fabriqués au Canada » dans l'optique d'une série de stratégies d'affaires, qui comprennent aussi le soutien à la recherche scientifique et industrielle, la normalisation technique et la formation professionnelle, ainsi que des politiques anticoncurrentielles plus traditionnelles. La portée de ces stratégies suggère que l'incidence de la seconde révolution industrielle se faisait pleinement sentir au Canada et que les chefs d'entreprise ont eu conscience des répercussions d'une nouvelle économie politique dans laquelle la défense statique des tarifs protectionnistes ne suffisait plus.

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