Littérature italophone

  • On part en montagne pour éprouver la solitude, pour se sentir minuscule face à l'immensité de la nature. Nombreux sont les imprévus qui peuvent se présenter, d'une rencontre avec un cerf au franchissement d'une forêt déracinée par le vent.
    Sur un sentier escarpé des Dolomites, un homme chute dans le vide. Derrière lui, un autre homme donne l'alerte. Or, ce ne sont pas des inconnus. Compagnons du même groupe révolutionnaire quarante ans plus tôt, le premier avait livré le second et tous ses anciens camarades à la police. Rencontre improbable, impossible coïncidence surtout, pour le magistrat chargé de l'affaire, qui tente de faire avouer au suspect un meurtre prémédité.
    Dans un roman d'une grande tension, Erri De Luca reconstitue l'échange entre un jeune juge et un accusé, vieil homme 'de la génération la plus poursuivie en justice de l'histoire d'Italie'. Mais l'interrogatoire se mue lentement en un dialogue et se dessine alors une riche réflexion sur l'engagement, la justice, l'amitié et la trahison.

  • Trois chevaux

    Erri De Luca

    'Je monte sur la passerelle, je ne pense à personne, je suis la dernière feuille de l'arbre et je me détache sans être poussé.
    Je ne pense pas à la jeune fille aimée, suivie jusqu'à faire partie de son pays.
    Maintenant je sais qu'elle est au fond de la mer, jetée au large du haut d'un hélicoptère, les mains attachées. A vécu pour moi, est morte pour offrir des yeux aux poissons.' Le narrateur, Italien émigré en Argentine par amour, retourne ainsi au pays. En Argentine, sa femme a payé de sa vie leur combat contre la dictature militaire. Lui, le rescapé, a appris que la vie d'un homme durait autant que celle de trois chevaux. Il a déjà enterré le premier, en quittant l'Argentine. Il travaille comme jardinier et mène une vie solitaire lorsqu'il rencontre Làila, qui 'va avec des hommes pour de l'argent', et dont il tombe amoureux. Il prend alors conscience que sa deuxième vie touche aussi à sa fin, et que le temps des adieux est révolu pour lui.
    Récit dépouillé à l'extrême, Trois chevaux évoque la dictature argentine, la guerre des Malouines, l'Italie d'aujourd'hui. Puis, à travers une narration à l'émotion toujours maîtrisée, où les gestes les plus simples sont décrits comme des rituels sacrés, et où le passé et le présent sont étroitement imbriqués, pose la question des choix existentiels que nous sommes amenés à faire - partir, rester, tuer, laisser vivre - et interroge la notion de destin.

  • "Toutes les nuits, Irène rejoint la famille des dauphins, onze avec elle, guidés par une femelle adulte. Elle vide pour eux les filets sans les couper, elle descend sur le fond et détache des hameçons les anchois et les morceaux de calamars, elle ouvre les nasses. Avec son couteau italien, elle libère et sauve les siens empêtrés dans les filets. Elle reste avec eux jusqu'à la fin de la nuit. Elle a le même âge que deux des dauphins, une femelle et un mâle. Ils ont grandi ensemble, ils ont exploré les jeux jusqu'à la venue de la maturité."
    Dans une langue épurée et puissante, Erri De Luca nous offre ici l'histoire d'une jeune femme vivant sur une île grecque, qui passe ses nuits à nager avec les dauphins. Ce texte est accompagné de deux autres courts récits, Le ciel dans une étable et Une chose très stupide.

  • Le tort du soldat

    Erri De Luca

    Un vieux criminel de guerre et sa fille dînent dans une auberge au milieu des Dolomites et se retrouvent à la table voisine de celle du narrateur, qui travaille sur une de ses traductions du yiddish. En deux récits juxtaposés, comme les deux tables de ce restaurant de montagne, Erri De Luca évoque son amour pour la langue et la littérature yiddish, puis, par la voix de la femme, l'existence d'un homme sans remords, qui considère que son seul tort est d'avoir perdu la guerre... Le tort du soldat est un livre aussi bref que percutant qui nous offre un angle inédit pour réfléchir à la mémoire si complexe des grandes tragédies du XXe siècle.

  • «Quelle heure est-il ?
    Tôt le matin, l'Europe se met en route pour l'école. Elle rapporte ses devoirs à la maison : lutter contre les poussées en arrière par un élan vers une union plus étroite. Le devoir sera effectué par les meilleurs élèves, ceux du noyau fondateur.
    Que feront les autres ? Ils suivront, un peu à contrecoeur, par le chemin des écoliers.» Erri De Luca


    Dans cet essai inédit, prolongé par quatre articles précédemment parus, Erri De Luca exprime son attachement à une Europe ouverte et humaniste. Revendiquant son devoir d'ingérence au nom de la mixité des cultures, il nous offre, par ces « mises à feu », sa vision d'une communauté humaine au-delà des frontières - telle que la littérature sait l'incarner : «Le remède obligatoire et immunitaire reste la lecture des livres du monde. Je leur dois d'être porteur de citoyennetés variées et de fraternité européenne.»

  • Noyau d'olive

    Erri De Luca

    Erri De Luca fréquente la Bible depuis longtemps. Sa connaissance des Écritures ne doit pourtant rien à la foi ou à un quelconque sentiment religieux : De Luca se dit non croyant, incapable de prier ou de pardonner. Il est néanmoins habité par le texte biblique au point de commencer presque chaque journée par la lecture et la traduction d'un passage. Les courts textes rassemblés ici témoignent de ce corps-à-corps quotidien avec la Bible et de ces exercices matinaux qui lui donnent matière à réfléchir, comme un noyau d'olive qu'il retournerait dans la bouche tout au long de la journée.
    Un ton très personnel caractérise les commentaires de De Luca : leur approche est aisée même pour qui ne connaîtrait pas bien la Bible. Le romancier italien ne cherche pas à s'avancer sur le terrain de la théologie, mais seulement à rendre compte de ses lectures quotidiennes qui résonnent en lui, structurant à la fois sa vie et son écriture. Sa volonté de comprendre le grand texte le conduit la plupart du temps à une attention particulière aux mots hébraïques, à leur sens, oublié ou enfoui par la traduction et la tradition. En reliant à sa vie et à la nôtre des épisodes bibliques souvent connus, il parvient à formuler des observations que le lecteur à son tour n'aura de cesse de retourner dans sa bouche comme un autre noyau d'olive.

  • "Pour beaucoup, la Bible est un texte sacr. Mais ce qui me touche plus que cette valeur en soi, c'est le sacr qui s'est ajout, l'oeuvre des innombrables lecteurs, commentateurs, savants qui ont consacr ce livre le plus clair de leur vie. Le sacr de la Bible est devenu, travers eux, une civilisation. Il m'arrive d'tre frapp par la beaut d'un vers qui a perdu son clat en quittant sa langue maternelle. Ainsi la ligne 39 du psaume 105, o l'on chante Dieu guidant les Hbreux dans le dsert. Le texte officiel de l'glise le traduit : "Il tendit une nue pour les protger." Mot mot il s'agit au contraire de : "Il tendit un nuage comme un tapis." Illustrer la Bible d'une note nouvelle : non pas pour apposer en bas de page, l'infini, une autre signature, mais pour reflter une part de la lumire qu'elle offre, mme au dernier de ses lecteurs."

  • 'J'ai écrit ce Sindbad en 2002. Les poissons de la Méditerranée se nourrissaient déjà de naufragés depuis cinq ans. Cela se passait à Pâques en 1997. Sur l'Adriatique, un navire de guerre italien essayait de bloquer la route d'un gros bateau albanais en éperonnant sa coque. Il coula à pic immédiatement et plus de quatre-vingts Albanais périrent. Le bateau s'appelait Kater I Rades et son naufrage inaugurait l'infamie.
    J'ai emprunté un marin aux Mille et Une Nuits pour le faire naviguer sur Notre Mer avec le chargement de la plus rentable des marchandises de contrebande : le corps humain. Il n'a pas besoin d'emballage, il s'entasse tout seul, son transport est payé d'avance et pas à la livraison.
    /> Ce Sindbad est un concentré de marins et d'histoires, depuis celle de Jonas, prophète avalé vivant par la baleine, à celles des émigrés italiens du vingtième siècle avalés vivants par les Amériques.
    Ici, Sindbad en est à son dernier voyage. Il transporte des passagers de la malchance vers nos côtes fermées par des barbelés.'
    Erri De Luca.

  • Aller simple débute sous le soleil africain où prend forme, poème après poème, l'épopée tragique d'émigrés tentant de rejoindre le sol italien. Du sable brûlant à la mer impitoyable, nous suivons ces figures qui affrontent la faim, la violence de la nature, et celle des passeurs. Cette succession de vers fait échos aux nombreuses histoires tristement familières, au destin des désespérés qui affrontent la Méditerranée jusqu'à nos côtes européennes. Mais ici encore, la dignité n'a pas sa place et le retour forcé ne mènera nulle part : 'Le départ n'est que cendre dispersée, nous sommes des aller simple.' À la suite de ce voyage à sens unique, quatre quartiers imaginaires ? celui des pas reclus ou encore celui de l'amour sidéré ? composent cette ville qu'est le livre de poèmes selon l'auteur. L'espace y est tiraillé, Erri De Luca évoque l'enfermement, l'incarcération d'anciens compagnons des années de plomb, il parcourt la nature et les éléments, la passion et la sensualité qui se déclinent sans cesse. Quelques textes enfin concluent avec grâce ce magnifique recueil en visitant les différentes faces de son oeuvre : le langage, la guerre, l'Italie, l'amour, et le rire.

  • Le cas du Hasard est né de l'envie des deux auteurs de prolonger un échange débuté lors d'un dîner amical, avec vue sur l'océan Pacifique. Leur volonté d'approfondir la discussion animée d'un soir a donc donné lieu à une correspondance des plus singulières. Si l'ouvrage s'ouvre sur une tentative de définir l'ADN - que le biologiste compare à une partition de musique tandis que l'écrivain y voit plutôt une prophétie -, les sujets abordés sont innombrables. Ce qui frappe, au-delà de l'étendue des connaissances scientifiques de l'un et de la pertinence du regard de l'autre, est la poésie de l'ensemble, car Erri De Luca et Paolo Sassone-Corsi évoquent tour à tour Brodsky, la baie de Naples, Beethoven ou le couple Curie pour nous faire partager leur vision de l'univers. Leur enthousiasme à réinventer ainsi le monde se reflète dans l'écriture, allègre et joyeuse, pour le plus grand bonheur du lecteur.

empty