• Publié en 1576, Le Discours de la servitude volontaire est l'oeuvre d'un jeune auteur de dix-huit ans. Ce texte (ô combien actuel !) analyse les rapports maître-esclave qui régissent le monde et reposent sur la peur, la complaisance, la flagornerie et l'humiliation de soi-même. Leçon politique mais aussi leçon éthique et morale, La Boétie nous invite à la révolte contre toute oppression, toute exploitation, toute corruption, bref contre l'armature même du pouvoir.Traduction en français moderne par Séverine Auffret

  • "Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres".  Texte incontournable de la philosophie politique, Étienne de La Boétie (1530-1563) interroge ici avec acuité les rapports de domination et soulève cette idée, fort moderne, selon laquelle l´asservissement des peuples est d'autant plus fort que la soumission est vécue comme étant légitime par les dominés, l´analyse développée par l´auteur préfigurant, en un sens, les travaux menés par Pierre Bourdieu sur la violence symbolique. Plus de quatre cent ans après la publication des pages qui suivent, le sociologue explique en effet les ressorts complexes d´une oppression contre laquelle il est extrêmement difficile de lutter dans la mesure où elle est le plus souvent, dans ses fondements mêmes, à la fois invisible et incorporée au fil de la socialisation, la soumission étant alors perçue comme allant de soi. Partant, l´Etat et ses institutions, quand bien même fussent-elles démocratiques, deviennent presque inévitablement les vecteurs d´une violence au sujet de laquelle nous avons le devoir de rester critiques et vigilants.

  • Étienne de la Boétie écrit le Discours sur la servitude volontaire en 1549 alors qu'il n'a que 18 ans. Si la question est politique, l'auteur ne se contente pas de critiquer les régimes tyranniques, il questionne aussi l'agent politique, celui qui est gouverné : comment peut-il se faire que « tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelquefois un tyran seul, qui n'a de puissance que celle qu'ils lui donnent ? ».

  • Prudence des Anciens. Rejet moderne de la prudence. Ces idées reçues, certes commodes, sont peut-être trop simples. Même si l'on renonce à objecter que l'aristotélisme n'est pas toute la pensée des Anciens, il demeure que le statut de la prudence chez le Stagyrite est complexe. Elle renvoie moins à un ordre cosmique complet qu'à la part d'inachèvement, d'indétermination, de contingence irréductible du Monde. Et si elle présuppose la délibération, c'est pour s'accomplir sur le mode de la décision plus que de la conclusion. Que le propos des Modernes - culminant certainement en quatre-vingt-neuf - ait souvent été de bâtir à coup d'évidences une véritable science politique - exclusive en fin de compte du politique - cela n'est pas douteux. Que l'éloge par certains de la délibération n'ait pas revêtu le sens d'un retour à la prudence, on peut s'en persuader. Il y a tout lieu de penser pourtant qu'a cheminé dans les plis des courants dominants la quête d'une nouvelle prudence permettant seule de penser les conditions du gouvernement d'êtres finis par d'autres êtres finis. A l'heure où le débat intellectuel semble se structurer autour de l'affrontement entre de nouveaux dogmatismes et une réhabilitation du politique, c'est-à-dire de la délibération et de la décision sur fond d'incertitude, ce livre - fruit original de la collaboration de philosophes, de juristes et de « décideurs » - ouvre quelques pistes, parfois contradictoires, et invite à poursuivre la réflexion.

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