• La trace d'un père, de son enfance passée dans un pensionnat de garçons, LAKANAL, à partir de 1953 (Sceaux), nous suivons la vie avec les copains au milieu des dortoirs immenses, naufragés de divorcés, les évènements de 68, les nouvelles idées de Liberté. Toile baroque sur une époque d'avant Internet, les rêves n'auront pas lieu, leurs enfants subiront le boomerang des Idéologies. L'opposition, entre le songe d'une vie d'individu, qui jetterait les masques à terre, et la réalité, le grégarisme sévère, qui dirige notre grandiose humanité. L'auteur s'enracine grâce à une écriture personnelle, non exempte d'humour, dans sa façon d'appréhender le monde, il est sans concession sur la mémoire, fût-elle belle, et ses dérives, regardant la chute d'une société qu'il pense malade.

  • Marcher en compagnie du hasard, félicité de l'instinct, l'étourderie maîtresse ici. Vigilant des feux-follets et des fontaines, échoue en nage au rade-Hôtel qui vient, sans étoile, sac photo posé, il déplie les objets sur la minuscule tablette près du lit bancal, écoute le chant des oiseaux et extrait par réflexe le magnéto, saisit visuellement la risée sur les rideaux lépreux, le Fan-Air déglingué ondule au plafond. Celle que l'on n'ose éveiller, la réceptionniste, animal gentil, est allongée sur la banquette en bois de teck, dort bouche ouverte, enfant emportée par les rêves et dans la pose exacte d'un modèle de Balthus. L'auteur malaxe de cette pâte-là, sourire de l'humanité, justement timide, discret, poli, des débuts sacrés, vérité bouddhique saisie dans la sincérité, et la profusion de rituels colorés et senteurs de joie. Théâtre d'espérance, lumineux chemin, où les taudis faits de bambous, de bois, sont des palais de Jade, de Rubis Sang de Pigeon. Les Rivières rouges, voluptueuses, nonchalantes, drainées d'argile, sont des êtres lents, les poussières qui s'envolent en bourrasques tourbillonnantes, vers l'insaisissable torpeur tropicale, qui anoblit à jamais, le mystère du tableau.

  • La trajectoire désabusée de Clovis des vallées perdues [peizaZ] [matal] photographe iconoclaste, paludier des mots et des images, de sa plongée en apnée est contraint dans un désarroi au rythme des arrivées en fanfare montées en épingle par des candides de pacotilles, lui a contrario se dissipe garant d'un passé qui se détourne; le doute, il augure sa langue acculée, baignée de mensonges, de misère renouvelée et la lame de fond démographique ultime tabou : « nous étions trop nombreux », la nature dans son ensemble périssait sous notre joug.
    Il poursuit ses aspirations romanesques, éclats de beautés à dessein de préserver quelques arpents vierges sans qu'ils ne soient piétinés au grand maelstrm des valises à roulettes connectées folles et hilares.
    Bien que résigné, au point mort de tout laisser à vau-l'eau, il se fait violence et voyage dans ses pensées à l'aide de cartes, celle au-dessus de lui; South-East Asia de Bartholomew qui le ramène à son vécu, les rêveurs de siècles révolus, disciple d'un monde passé imprenable, immense et aussi beau forcément que des illustrations de faune et de flore lorsque Louis-Antoine de Bougainville débarqua à Tahiti en 1768.
    Avec ce quatrième opuscule, François Montagnon creuse ses interrogations liées à l'enfance à coup sûr magique; de ne pas omettre nos embrasements de vingt ans; la belle décennie et du désenchantement qui surgit sans crier gare.

  • Hélène et Olivier viennent d'avoir leur Baccalauréat, ils nouent un début d'amitié sans se douter que cette relation particulière sera plus longue que prévu. Ils parcourent leur initiation au monde, chacun de leur côté, Olivier plus iconoclaste est animé de la sensualité des rencontres, les beautés cardinales, le désir sans a priori de ce que serait son futur. Une circonstance folle va bouleverser toute logique et l'entraîner dans une grande Saga initiatique de l'existence, une quête dénuée d'objectif.
    Que ferions-nous de notre mémoire, nos souvenirs, à quoi penserions-nous d'une éternité accordée aux Hommes ?
    Ce Voyage est une expérimentation usant d'une chronologie élaborée qui éveille la curiosité, l'auteur nous propulse par sa réflexion au long cours où chacun peut se reconnaître. Ce roman à miroirs dessine des personnages qui se répondent d'une façon atemporelle, le temps nostalgique du philosophe en première ligne est intensifié puis déconstruit pour mieux raconter la vision du poète suspendu et errant sur sa protogalaxie avec l'Art en bonne place, unique moyen pour lui de survivre et de résister aux acides existentiels.

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