Albin Michel (réédition numérique FeniXX)

  • Étrange histoire que ce "NUIT APRÈS NUIT", si curieusement décryptée par les soins de Francis Didelot ! Rêve ou réalité, la question se pose sans cesse : le héros se ment-il à lui-même ou bien, pour fuir l'échec de son existence, use-t-il de "la volonté de puissance" ? Sa plongée mène le lecteur aux abysses de la subconscience ; croit-on y échapper que c'est pour descendre davantage au coeur du "vaste désert d'ébène" dépeint par Edgar Poe. N'est-ce pas cela en effet ? Dominique, le héros de "NUIT APRÈS NUIT", néglige délibérément la notion d'espace-temps ; s'il en joue parfois, c'est comme d'un instrument inconnu dont les accents bouleverseraient nos données. De l'auteur, on connaît la manière de capter, dans cet univers de l'étrange, le sourd cheminement du destin ; ainsi en est-il par exemple dans "Le Septième juré" ou dans "Toi qui juges...". Avec "NUIT APRÈS NUIT", l'analyse va en quelque sorte jusqu'à la psychologie de l'anormal : victime de l'anathème biblique "Je mettrai inimitié entre toi et la femme", Dominique triomphera-t-il des angoisses qui en découlent ? Méditant, composant, orchestrant la mort de Lucienne, sera-t-il sauvé grâce à Emmanuele, grâce à Brigitte, à Aurélia, figures féminines qui le hantent de leur présence nocturne et clandestine, fantasque ou ténébreuse ? Connaîtra-t-il enfin la paix ou bien sera-ce le naufrage sur la terre inculte des désirs stériles ? "NUIT APRÈS NUIT", roman certes, mais riche comme une existence d'hommes.

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