• Il y a longtemps qu'Henri Quatre chevauche dans ma mémoire. Le livre qu'on va lire ne fut pas écrit d'un seul jet. Ce n'est pas une biographie romancée, ce n'est pas une évocation historique, c'est plutôt un bouquet composé en marge de quarante ans d'écriture et dont je fais hommage au plus paysan de nos rois. Il fut poète autant que batailleur et fidèle autant que galant. Il savait faire la part de l'âme, la part des fées, la part des sources. Il légua à la France les slogans d'un Front Populaire qui sent à jamais le muguet et le lilas. Il a instauré sur la table de ferme la poule au pot tous les dimanches, et sur nos places publiques, une superbe Marianne dépoitraillée dont les généreuses mamelles s'appellent labourage et pâturage. Avec sa tête exagérément cabrée, à cause de la fraise empesée, avec sa drôle de tête, pointue par la barbiche, ronde par le front, busquée par le nez, malicieuse par le regard sous les lourdes paupières, il avance sur son cheval blanc à hauteur de l'entresol, saluant familièrement les belles Parisiennes surprises dans leur décolleté nocturne. C'est ainsi qu'Henri IV fait son entrée dans sa capitale au petit matin...

  • Les propos qui constituent ce livre ont été tenus durant l'autre été, dans l'ombre jalousement préservée d'une pièce du château de Floure. Au-dehors, le parc à la française bruissait d'assourdissantes cigales. Comme dans La croix de ma mère, le cabinet de travail, que nous avions fui pour un endroit plus frais, ouvrait sa large baie sur l'Alaric, la montagne blanche et verte aux flancs de laquelle mûrissait le raisin, son raisin, celui qui donnait ce Vin d'ombre dont il était presque aussi fier que de son oeuvre littéraire. Dans la galerie voûtée, au rez-de-chaussée, des trophées, parmi lesquels un drapeau occitan et la cape de Dominguin... L'ouvrage a été complété à la fin de ce printemps. Et Gaston Bonheur - qui souffrait alors du mal qui allait l'emporter au mois de septembre 1980 - mit la dernière main aux corrections de forme dans le courant du mois de juillet. Nous publions le livre tel quel. Tel que son auteur l'avait voulu et conçu. Ajoutons simplement que, livre d'une vie, L'ardoise et la craie devait être aussi un livre de vie, celui d'un romancier, d'un poète et d'un journaliste qui a su garder sa jeunesse et aimer jusqu'au bout la création et les êtres - hommes, bêtes et plantes - qui la peuplent.

  • Nous avons l'histoire chevillée au coeur. J'ai le sentiment lancinant d'une vie antérieure. Le cor de Roland expire toujours au fond de notre mémoire, et, plus profond encore, la trompette nasillarde de Vercingétorix se rappelle à nous. Notre arbre généalogique est solidement enraciné dans la terre des Gaules. Il est, dès avant le jour, peuplé de druides somnambules. Et c'est à plaisir que nous revenons à la clairière natale. Elle ressemblait étrangement au village de mon enfance, avec ses poilus démobilisés. Je vous invite à vous souvenir avec moi de ces premiers siècles oubliés, entre Vercingétorix et Clovis, où nous avons passé autant de temps qu'entre Jeanne d'Arc et de Gaulle. Ce fut la longue guerre entre la toge et le pantalon, puis la douce paix villageoise. Les poètes du petit matin écartent les branches - et nous allons retrouver ensemble le vert paradis de la patrie gauloise.

  • "Il existe, au sud de la France, entre la Gironde et les Alpes-Maritimes, vingt-neuf départements qui ont à peu près la même histoire, la même géographie, les mêmes idées et le même accent. Ces vingt-neuf départements sont disposés en deux amphithéâtres qui ont pour scène l'un la Méditerranée, l'autre l'Atlantique Le Rhône forme l'allée médiane du premier, la Garonne arrondit son cours au pied des gradins du second. Les mêmes spectacles de rugby et de corrida se jouent ici comme là. L'ensemble du dispositif - dont Narbonne serait la pierre angulaire - constitue, avec ses souvenirs et ses espérances, un pays original qui s'intitule "Occitanie". J'ai essayé ici de reconstituer une mythologie occitane. J'ai emprunté à l'histoire j'ai prêté à la géographie, j'ai puisé dans mes souvenirs de petit écolier de l'Aude J'ai retrouvé un certain nombre de choses - pont d'Avignon, ruines de Montségur, panache d'Henri IV, canal de Riquet, ombre du platane, almanach de Nostradamus - à quoi peuvent se reconnaître les Occitans".

  • "Il existe, au sud de la France, entre la Gironde et les Alpes-Maritimes, vingt-neuf départements qui ont à peu près la même histoire, la même géographie, les mêmes idées et le même accent. Ces vingt-neuf départements sont disposés en deux amphithéâtres qui ont pour scène l'un la Méditerranée, l'autre l'Atlantique Le Rhône forme l'allée médiane du premier, la Garonne arrondit son cours au pied des gradins du second. Les mêmes spectacles de rugby et de corrida se jouent ici comme là. L'ensemble du dispositif - dont Narbonne serait la pierre angulaire - constitue, avec ses souvenirs et ses espérances, un pays original qui s'intitule "Occitanie". J'ai essayé ici de reconstituer une mythologie occitane. J'ai emprunté à l'histoire j'ai prêté à la géographie, j'ai puisé dans mes souvenirs de petit écolier de l'Aude J'ai retrouvé un certain nombre de choses - pont d'Avignon, ruines de Montségur, panache d'Henri IV, canal de Riquet, ombre du platane, almanach de Nostradamus - à quoi peuvent se reconnaître les Occitans".

  • Nous avons l'histoire chevillée au coeur. J'ai le sentiment lancinant d'une vie antérieure. Le cor de Roland expire toujours au fond de notre mémoire, et, plus profond encore, la trompette nasillarde de Vercingétorix se rappelle à nous. Notre arbre généalogique est solidement enraciné dans la terre des Gaules. Il est, dès avant le jour, peuplé de druides somnambules. Et c'est à plaisir que nous revenons à la clairière natale. Elle ressemblait étrangement au village de mon enfance, avec ses poilus démobilisés. Je vous invite à vous souvenir avec moi de ces premiers siècles oubliés, entre Vercingétorix et Clovis, où nous avons passé autant de temps qu'entre Jeanne d'Arc et de Gaulle. Ce fut la longue guerre entre la toge et le pantalon, puis la douce paix villageoise. Les poètes du petit matin écartent les branches - et nous allons retrouver ensemble le vert paradis de la patrie gauloise.

  • Les propos qui constituent ce livre ont été tenus durant l'autre été, dans l'ombre jalousement préservée d'une pièce du château de Floure. Au-dehors, le parc à la française bruissait d'assourdissantes cigales. Comme dans La croix de ma mère, le cabinet de travail, que nous avions fui pour un endroit plus frais, ouvrait sa large baie sur l'Alaric, la montagne blanche et verte aux flancs de laquelle mûrissait le raisin, son raisin, celui qui donnait ce Vin d'ombre dont il était presque aussi fier que de son oeuvre littéraire. Dans la galerie voûtée, au rez-de-chaussée, des trophées, parmi lesquels un drapeau occitan et la cape de Dominguin... L'ouvrage a été complété à la fin de ce printemps. Et Gaston Bonheur - qui souffrait alors du mal qui allait l'emporter au mois de septembre 1980 - mit la dernière main aux corrections de forme dans le courant du mois de juillet. Nous publions le livre tel quel. Tel que son auteur l'avait voulu et conçu. Ajoutons simplement que, livre d'une vie, L'ardoise et la craie devait être aussi un livre de vie, celui d'un romancier, d'un poète et d'un journaliste qui a su garder sa jeunesse et aimer jusqu'au bout la création et les êtres - hommes, bêtes et plantes - qui la peuplent.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Illustrée par Philippe Lorin, Gaston Bonheur nous livre ici une histoire pour enfants à partir de 9 ans : les aventures de Mario, Lina, et Monsieur Borelli les conduiront à découvrir une barque au nom de La Pompadour, un étrange moulin à vent, ou à parcourir les jardins de la reine...

  • « ...Il a soixante-huit ans. Son visage s'est alourdi sans s'être atténué, s'affirmant de l'intérieur en reliefs volcaniques, rageurs, en amertume, en rides, en bosses, en froncements, le poil rare et mauvais, l'oeil d'éléphant, l'oeil de mémoire enfoncé sous mille paupières. Charles de Gaulle porte un uniforme de revenant, la vareuse trop longue coupée par un vieux tailleur de Saint-Cyr, et ces deux maigres étoiles sur son képi qui le confirment dans son grade étrange, dans son grade unique de général de brigade à titre temporaire. Sur sa poitrine une seule marque qui n'est pas une décoration mais un voeu : la croix de Lorraine. Le voici ressurgi devant le micro et la caméra, aussi anachronique, aussi mystérieux qu'un gisant de Saint-Denis soudain debout et se mettant en marche ; venu de sa crypte, de sa forêt, de ses versions latines, appareillant d'Aigues-Mortes ; et croisé. En juin 40, il avait emporté la France avec lui ; il la rapportait avec le reflux de la Manche. On le croyait maintenant penché sur le passé, tout à se souvenir. Mais soudain, laissant là sa plume et ses Mémoires, échappant à l'écrivain qui l'avait ressaisi, il court à Alger vivre un nouveau chapitre. »

empty