• Les laboureurs du ciel

    Isabelle Forest

    • Alto
    • 30 Octobre 2012

    Elle est née un jour de pluie. Fascinée dès l'enfance par l'art des marionnettes, elle est initiée au monde des foires parisiennes par Petit Pierre qui, cédant aux charmes lunaires de cette Colombine à la voix d'ange, lui ouvre les portes d'une société de monstres magnifiques et de tisseurs de rêves. Mais un jour de pluie, un autre, elle fait la rencontre de l'Italien. Bientôt, la montreuse de marionnettes sent les ficelles de son existence lui échapper. Voici l'histoire de Marie Malvaux, condamnée à mourir pour avoir pratiqué son art par-delà toute morale.

    Conte baroque mâtiné d'onirisme, Les laboureurs du ciel brouille en une subtile alchimie les frontières entre l'univers de la scène et celui du théâtre de rue, entre les monstres des foires et ceux, bien réels, qui hantent le Paris du XVIIe siècle. Une envoûtante procession de marginaux écorchés vifs qui, bien avant les Lumières, ont cherché dans les savoirs obscurs une façon d'éclairer le chemin menant au-delà de soi.

  • Avec Ne plus planter de ciseaux dans ton cri, Isabelle Forest pose un regard cru sur l'état du monde et la fragilité de nos existences. Les poèmes, empreints de colère, de honte et de tendresse, sont tendus comme une toile, entre espoir et constat d'échec. La poète voyage entre un je incarné et multiple, et un nous intime, en constante mutation. À travers la nature, l'amour et la vie qui agonisent, Isabelle Forest questionne le trop-plein devenue partie intégrante de notre réalité, le juxtapose à un certain désarroi. Sous nos yeux se déploie une poésie qui prend racine dans un quotidien apocalyptique d'où émerge, contre toute attente, une forme de paix.

  • Dans La pensée du roman en 2003, Thomas Pavel suggérait que « l'objet séculaire » de l'intérêt du roman est « l'homme individuel saisi dans sa difficulté d'habiter le monde[2] ». Walter Benjamin de son côté faisait du roman « la forme que les hommes se procurèrent, lorsqu'ils ne furent plus capables de considérer que du seul point de vue des affaires privées les questions majeures de leur existence[3] ». L'intérêt de la philosophie contemporaine pour la littérature est à rapporter à de telles propositions. Dans son introduction à l'ouvrage collectif Éthique, littérature, vie humaine, en 2006, Sandra Laugier remarque que « la littérature nous donne [...] à voir et à vivre la difficulté d'accès au monde, au réel », en sa qualité d'« expérience indissolublement intellectuelle et sensible[4] ». Daniel Schwarz écrit pour sa part dans un article intitulé « A Humanistic Ethics of Reading » : « Literature provides surrogate experiences for the reader, experiences that, because they are embodied within artistically shaped ontologies, heighten our awareness of moral discriminations[5]. » L'aspect moral dans ces approches n'est donc pas nécessairement contenu dans le texte, sous la forme d'un message ou d'une conduite à suivre, mais plutôt, parce qu'il met en jeu des représentations de l'agir et du penser humains, dans le dialogue qui se noue entre le lecteur et le texte, espace où peut s'exercer librement son discernement. Ce qu'on entend par éthique dans le présent dossier se rapproche alors de la définition qu'en donne Charles Taylor à la suite de Bernard Williams dans son étude de l'identité moderne : « l'ensemble des moyens que nous mettons en oeuvre pour répondre à la question "comment devrions-nous vivre ?"[6] »

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