• Proposer une Anthologie personnelle à Jacques Roubaud, si attentif à la composition de chacun de ses livres de poésie, c'est engager le mathématicien-poète sur une voie aléatoire, celle qui retient de recueil en recueil les énoncés et les équations majeures. De [Signe d'appartenance] qui ouvre le champ poétique de Jacques Roubaud aux improvisations suscitées par un poème japonais du XIVe siècle, d'une autobiographie rêvée dix-huit ans avant sa naissance à une exploration de la diction poétique, d'un deuil intense et noir à une méditation sur "le vide vivant de la vie", d'une déambulation méticuleuse dans les rues de Paris à une suite de sonnets tout bruissant d'Angleterre, avant de côtoyer l'infinitif de la mort, tel est ce parcours à la fois ponctuel quant aux rendez-vous que le poète s'est fixé et d'une prodigieuse diversité quant aux formes convoquées, utilisées et sans cesse réinventées.

  • Quand ma sœur est née, j'avais un peu moins de quatre ans. On me demanda si j'étais content. Je répondis (ai-je appris) que je m'étais déclaré content " d'avoir une tortue et une petite sœur ". Rien que d'assez banal.
    Quand mon plus jeune frère est né, le benjamin de notre famille, j'en fus, je m'en souviens, très heureux. C'était la nuit de la Saint-Jean de 1939. Il s'est suicidé en 1961. Il était le préféré, je pense, je pense avoir toujours pensé, de ma mère. Peut-être des autres membres de notre famille. Je ne sais pas.
    Comment faire ? Une solution, une seule : être un benjamin.
    Autobiographique est ce roman, ce brouillon de roman, donc, comme je viens de le décider ; de même tout roman est autobiographie de celui qui lui donne son nom.
    Écrire et publier son autobiographie n'a guère de sens. Pourquoi n'y en aurait-il qu'une ? Si on en composait une tous les dix ans, par exemple, ce serait déjà moins une prétention ridicule à transmettre au monde LA vérité sur soi-même. Toutes les autobiographies que je connais prétendent cela.
    ¿Je n'ai pas le temps, je n'aurai pas le temps de tendre à l'excellence dans la composition de mon roman. Je sais qu'il faut, qu'il faudrait que les chapitres se suivent et ne se ressemblent pas, tout en étant confinés dans des dimensions raisonnables, peut-être préétablies par l'Auteur, qui cependant ne peut être ni Diderot, ni Stendhal, qui ne doit pas s'efforcer à jouer Monsieur de Chateaubriand ou Christine Angot, bien que parlant, comme eux, de moi et encore de moi.
    J. R.

  • Ce volume rassemble un demi-siècle de réflexions dans une forme particulière de prose que j'appelle remarques.Il se compose de 15 sections de 317 remarques chacune.317 est un nombre premier ainsi que son palindrome écrit 713.Pour des raisons numérologique liées au contenu, bien que non justifiées conceptuellement, 317 a été choisi pour trois raisons :- 317 est le nombre de sonnets du Rerum Vulgarium Fragmenta de Pétrarque ;- c'est le nombre fétiche de Khlebnikov ;- enfin 317 est un des nombres de Perec.J. R.

  • Octogone

    Jacques Roubaud

    L'an climatérique le moment de commencer à se disposer à se préparer à s'apprêter à se décider à se forcer à s'obliger à se contraindre à s'astreindre à s'assujettir à s'escrimer à s'atteler à se mettre à s'attacher à s'appliquer à s'évertuer à s'e

  • « J'avais trouvé ce mot : Mathématique. Il m'avait offert, croyais-je, une vie nouvelle. Grâce à lui, grâce à elle, une vita nova allait commencer, s'ouvrir pour moi. J'avais ensuite conclu à une illusion. »C'est sur sa vie de mathématicien que revient Jacques Roubaud au long de ce livre, troisième volume ou troisième «branche» d'une oeuvre autobiographique dont Le Grand Incendie de Londres (1989) et La Boucle (1993) constituaient les premiers volets.Sur la vie nouvelle que représentait pour l'auteur, au commencement de ses études, «la mathématique», «masse impossible à saisir dans sa totalité». De la vie nouvelle qui s'ouvrit, au milieu des années cinquante, devant une génération d'étudiants en mathématiques témoins de ce que Jacques Roubaud appelle ici «le coup d'Etat du Général Bourballi». Enfin, d'un autre choc, presque contemporain du premier: l'explosion de la première bombe atomique française.

  • 24 octobre 1978. Le lieu est celui où je suis aujourd'hui 29 juillet 2001. Dans mon souvenir le lieu semble un autre. Pour une seule raison : le lit n'est pas à la même place. Ce jour-là, il est en coin entre le mur du fond et l'une des deux fenêtres, alors qu'aujourd'hui il y a un intervalle de presque un mètre entre cette fenêtre et le lit.
    Ce jour-là, je rassemble tous les papiers concernant le Projet, je trie, j'élimine, je relis tout minutieusement. Vers cinq heures du soir, il ne reste que ce qui doit rester : quatorze pages d'écriture serrée, en six couleurs, où tout ce qui doit être écrit l'est.
    Dans ces pages, le Projet est décrit, dans ses trois composantes :
    I - Projet de Mathématique (pages 1 à 4) II - Projet de Poésie (pages 5 à 8) III - Le Grand Incendie de Londres, roman (pages 9 à 11) Les dernières pages (12 à 14) fixent un calendrier contraignant d'exécution : du 5 décembre 1978 (ce sera le début de la mise en route) au 4 décembre 1995. Dix-sept années de travail (après dix-sept années de préparation. Je trouve ce partage raisonnable. J'aurai soixante-trois ans. Je me reposerai, ensuite).
    Mais, 'pour en arriver là, il aura fallu remuer ciel et terre'.

  • Parc sauvage

    Jacques Roubaud

    Septembre 42. Deux enfants d'une dizaine d'années, Dora et ' Jacques ' (c'est son nouveau prénom, il ne faut pas qu'il l'oublie) arrivent dans une grande propriété des Corbières. Dora est venue avec Vlad, son oncle, ' qui ne peut plus jouer en ce moment '. Sa mère est restée à Toulouse. Les parents de ' Jacques-maintenant ' sont il ne sait où, loin. La maison est vaste. Il y a des poules, des canards, des vignes, les ' jumeaux ', qui se ressemblent tellement qu'ils ne savent peut-être même pas eux-mêmes qui est Joan et qui est Jean. Il y a Teresa, leur mère, qui parle catalan, venue avec Jim, qui parle anglais ; et Camillou, leur grand-père, que Dora aime dès qu'elle le voit. Sainte-Lucie lui appartient et il les reçoit, ' en attendant '. En attendant qu'on vienne les chercher pour les emmener dans la montagne, vers l'Espagne.

  • « Si je dois mourir très bientôt, que faire? c'est-à dire : comment occuper mes jours? quels travaux achever? » A cette question, Mr Goodman, chimiste de profession, « vieil arni » et double probable de l'auteur, décide de répondre en s'attelant au problème du temps. « Et où mieux débusquer l'expérience du temps vécu que dans des récits de vies de toutes sortes, de toutes époques et de tous endroits? Il lut, lut et lut; relut; prenant des notes dans de grands cahiers; il relisait parfois ce qu'il avait ainsi recueilli dans ses écritures; et un jour il se dit que lire et tracer ne suffisaient pas; pour mieux saisir le sens de ce qu'il avait ainsi engrangé, il fallait l'ordonner, le réfléchir, le mettre en forme ; en somme, il fallait raconter.» De Diogène d'Oenoanda, philosophe de l'Antiquité, au poète Constantin Cavafy; de Jaufre Rudel de Blaye, amoureux de la comtesse de Tripoli, à Merril Moore, homme «capable de commencer et de terminer un sonnet dans sa voiture, en attendant que le feu passe au vert». Par exemple.

  • La boucle

    Jacques Roubaud

    Ce livre fait partie d'une grande tentation et relève des domaines hantés : la mémoire et son flux incessant, les souvenirs, les images, l'oubli et ses emportements.A l'origine, il y a ce que l'auteur a appelé le «Projet» (de toute une vie) que devait accompagner un roman immense et impossible, dont il entreprend de donner un écho luxuriant qui va, au fur et à mesure, dévorer l'entreprise, prendre sa place, peut-être pas. ' Le grand incendie de Londres', publié en 1989, avait pour but de raconter ce projet comme s'il était fictif. Dans l'esprit de l'auteur, ce livre était la « Branche un: Destruction», et devait servir de «toit» à l'édifice, «lui assurant ainsi l'ombre nécessaire à sa protection esthétique». En voici aujourd'hui la «Branche deux: La Boucle». La prolifération du travail de la création, sans cesse commentée et exhibée, la diversification des biais par lesquels Roubaud nous convie au grand spectacle de l'arborescence littéraire, l'omniprésence de ces magnifiques «moments de prose» font de ce livre l'une des plus grandes tentatives qui soient. D'une image initiale de figuier (avec les «incises et bifurcations» de ses branches et leur tracé imprévisible) que Roubaud comparera plus loin à l'approche d'un noeud autoroutier près de Seattle, aux États-Unis, il fait l'emblème d'une sorte d'incroyable autobiographie, pas seulement celle de sa vie, de sa famille, de son enfance, des livres qu'il écrit, et des littératures qu'il lit, mais plus encore celle des moments mêmes de l'écriture, celle de l'entre-deux où arrivent les lecteurs, où les souvenirs déjà écrits, partis vers l'oubli, affluent encore et se mêlent aux nouveaux venus qui constitueront La Boucle. Et, alors, tandis que l'arbre se ramifie plus intensément que jamais, le Temps s'en vient jeter un coup d'oeil par-dessus l'épaule de l'auteur. Mais le Temps aussi est un arbre dont les rameaux parcourent l'espace bien au-delà de soi et, comme le dit Jacques Roubaud: «Il serait difficile, même pour un saint, de rêver d'avant sa naissance.» L'écrivain rêve qu'il écrit le rêve, c'est ça précisément son livre, et sa prose, et sa mémoire.

  • Table ' 1 - A droite de mon bureau il y avait une fenêtre, une des cinq grandes fenêtres sur la rue ' 3 - Je me lève de ma chaise et je vais à la fenêtre. Je regarde dans la rue ' 4 - Du trottoir en face, on voit bien la plaque de Gauguin, entre les deuxième et troisième fenêtres ' 12 - Je suis 'entré dans la carrière'' universitaire à l'automne de 1958, comme assistant-délégué de mathématiques auprès de la faculté des sciences de l'université de Rennes ' 34 - Je n'ai rien dit de la chaleur. La chaleur incessante. L'uniforme lourd du bidasse. L'eau pour les ablutions rare, froide sans rafraîchir.
    ' 38 ' Le lendemain je quittai Colomb-Béchar en avion et en civière.
    ' 65 - Au mois de juillet de l'an 64 et pendant tout le second semestre de cette année-là, je fus envahi de mathématique, ' 69 ' Il est temps de faire entrer en scène le personnage principal de la pièce, madame CATÉGORIE.
    ' 87 - La cérémoniale 'soutenance de thèse', et il faudrait dire 'soutenance de thèses', 'soutenance' au singulier, mais 'thèses' au pluriel, ' 88 - Froid et tempestueux fut cet hiver-là

  • C'est sous le signe du «disparaître» que l'oeuvre écrite et photographique d'Alix Cléo Roubaud s'est élaborée puis s'est offerte aux autres. Décédée précocement en 1983, on lui doit notamment Si quelque chose noir, l'une de ses plus fortes séries photographiques et son Journal, paru à titre posthume. Ce numéro des Écrits s'ouvre à ces apparitions furtives - plastiques et poétiques - qui évoquent en leur bref déploiement spectral la hantise de la perte, de l'éclipse et de l'évanouissement. Les auteurs ici réunis font entendre, chacun à leur manière, des échos puissants de l'étrange sensualité des oeuvres d'Alix Cléo Roubaud qui composent l'iconographie de ce numéro.

  • En traçant aujourd'hui sur le papier la première de ces lignes de prose, je suis parfaitement conscient du fait que je porte un coup mortel, définitif, à ce qui, conçu au début de ma trentième année comme alternative au silence, a été pendant plus de vingt ans le projet de mon existence.
    Mon intention initiale était d'accompagner la réalisation de ce Projet d'un récit, un roman qui, sous le vêtement d'une transposition dans l'imaginaire d'événements inextricablement mélangés de réel, en aurait marqué les étapes, dévoilé ou au besoin dissimulé les énigmes, éclairé la signification.
    Le Grand Incendie de Londres - tel était le titre qui s'était imposé à moi depuis un rêve, peu de temps après la décision vitale qui m'avait conduit à concevoir le Projet - aurait eu une place singulière dans la construction d'ensemble, distinct du Projet quoique s'y insérant, racontant le Projet, réel, comme s'il était fictif, donnant enfin à l'édifice du Projet un toit qui, comme ceux des demeures japonaises débordant largement des façades et s'incurvant presque jusqu'au sol, lui aurait assuré l'ombre nécessaire à sa protection esthétique.
    Il n'en a pas été ainsi.

  • Le premier XVIe siècle, sous les règnes de Louis XII (1498-1515) et de François Ier (1515-1547), voit le triomphe en France du livre imprimé. D'où le titre de cette exploration : "Impressions de France". A travers les cinq auteurs majeurs - Jean Lemaire de Belges, Clément Marot, François Rabelais, Marguerite de Navarre, Maurice Scève - et un témoin, le dernier des Grands Rhétoriqueurs, Jean Bouchet, on suit les changements qui affectent la vie des lettres : métamorphoses des genres, des formes du poème (du Chant-Royal au sonnet), traduction de la Bible, des auteurs anciens et modernes, naissance d'une nouvelle prose.
    Une « vie brève » de l'époque qui nous a légué l'art du livre.

  • Poésie Offrir, au commencement de l'an 2000, la lecture d'un livre dont le titre contient un mot, poésie, qui sert aujourd'hui à désigner bien des choses - le roman, la chanson, le Plan, les couchers de soleil, etc. - sauf ce dont il est question dans ces

  • Agent d'Interpol et spécialiste de la lutte anti-terroriste, José Sanchez vient aider Scotland Yard à gérer l'attentat qui vient de secouer Londres. Au même moment, un message au contenu ésotérique pirate les émissions de télévision du monde entier. Un compte à rebours. Les attentats se multiplient sur toute la planète. Aidé d'un agent spécial du FBI et d'une chercheuse en sciences sociales du CNRS, José se lance dans une traque où l'ennemi semble de pas avoir de visage, pas d'objectif. Il a pourtant un nom, l'Ordre de Janus. Il a aussi une mission, le salut de l'humanité. Une lutte qui va mener José sur des terrains inconnus, tels que la génétique, la virologie, l'ésotérisme ou encore la sociologie. Une lutte à haut risque.

  • Agent d'Interpol et spécialiste de la lutte anti-terroriste, José Sanchez vient aider Scotland Yard à gérer l'attentat qui vient de secouer Londres. Au même moment, un message au contenu ésotérique pirate les émissions de télévision du monde entier. Un compte à rebours. Les attentats se multiplient sur toute la planète. Aidé d'un agent spécial du FBI et d'une chercheuse en sciences sociales du CNRS, José se lance dans une traque où l'ennemi semble de pas avoir de visage, pas d'objectif. Il a pourtant un nom, l'Ordre de Janus. Il a aussi une mission, le salut de l'humanité. Une lutte qui va mener José sur des terrains inconnus, tels que la génétique, la virologie, l'ésotérisme ou encore la sociologie. Une lutte à haut risque.

  • Partition rouge représente, sous forme d'une anthologie, un infime prélèvement dans l'immense Amérique du Nord des Indiens.Que le chant, le poème, est médecine, la peinture cérémonie, la danse une cure, le conte une tentative de guérison collective, que tous ces arts ne sont pas de l'art uniquement mais un moyen de vivre, que le poème peint, chanté, dansé, tissé, emplumé, voire cuisiné, est nécessaire à la santé, Partition rouge ne peut que s'en souvenir.On dit que nous sommes blancs. Mais de ce blanc qui était nord et résurrection pour les Navahos, nord et purification pour les Sioux, est venue la destruction. Notre hommage au rouge ne répare rien.Partition rouge dit notre admiration pour la profondeur et la nécessité du chant, notre enchantement de retrouver l'univers et nos grands-parents intacts, de l'ours au colibri.On dit que nous sommes riches. L'affirmation est à revoir à la lumière de cette déclaration d'un Indien navaho au seuil du XXe siècle : « Je suis un pauvre homme : je ne connais aucun chant. »Florence Delay, Jacques Roubaud

empty