Seuil

  • "Actuellement, notre situation dans le monde socialiste est celle-ci : proscrits du Parti parce que, non moins révolutionnaires que Vaillant et que Guesde, aussi résolument partisans de la suppression de la propriété individuelle, nous sommes en outre ce qu'ils ne sont pas : des révoltés de toutes les heures, des hommes vraiment sans dieu, sans maître et sans patrie, les ennemis irréconciliables de tout despotisme, moral ou matériel, individuel ou collectif, c'est-à-dire des lois et des dictatures (y compris celle du prolétariat) et les amants passionnés de la culture de soi-même" Fernand Pelloutier

  • Le mouvement ouvrier à l'état naissant ne se présente jamais comme une théorie mais comme une série de pratiques, dont les deux plus importantes sont l'association et la grève. Tel est le cas du syndicalisme, tantôt désigné comme anarcho-syndicalisme, tantôt comme syndicalisme révolutionnaire, et dont Jacques Julliard montre ici qu'il fut avant tout un syndicalisme d'action directe.
    C'est sa rencontre avec le socialisme, mouvement d'origine idéologique, dirigé en général par des intellectuels bourgeois, qui donne au syndicalisme ses principaux traits politiques. A partir des exemples anglais, allemand, russe, américain et polonais, l'auteur décrit comment les principales figures du mouvement ouvrier et socialiste - travaillisme, social-démocratie, bolchevisme, collective bargaining, action directe - ont été modelées, dès l'origine, par les formes particulières à chaque pays des relations entre les syndicats et les partis socialistes.
    Chaque fois que le mouvement ouvrier est d'influences extérieures, il revient obstinément à la valeur fondamentale qu'est pour lui l'autonomie, et aux formes d'organisation qui en découlent. C'est ce qui confère au cas français son double caractère : marginalité et exemplarité.

  • " Le septième jour, pour moi, c'est le mardi. Le mardi est, depuis des années, jour de bouclage au Nouvel Observateur. Cette échéance scande ma semaine ; elle dessine un après et un avant. Jusqu'au jeudi, jour de parution du "journal", comme nous disons, je vis dans l'après : c'est le temps de l'écho, et aussi des repentirs. Mais le vendredi matin, j'entre dans le temps de l'avent. Une nouvelle semaine commence : incertitudes, projets avortés, attention flottante à l'information. J'aime cette organisation chronique de l'existence ; elle m'épargne le vague à l'âme et le narcissisme du week-end. Et puis, elle introduit entre les événements une curieuse hiérarchie. Ceux qui surviennent le mercredi, tandis que mon papier est en train de s'imprimer, et fait déjà route vers le lecteur, je le regarde avec rancune, et un peu de méfiance : huit jours plus tard, beaucoup d'entre eux risquent d'être oubliés, recouverts sous la sédimentation incessante des nouvelles. Comment pourtant les réintégrer dans l'actualité, sans donner au lecteur le sentiment qu'on lui propose le journal de la semaine précédente ?
    Tel est justement le rôle du chroniqueur hebdomadaire : au-delà du quotidien, tenu de refléter le présent immédiat dans sa diversité baroque, il lui incombe de faire les premiers tris, d'entreprendre cette première organisation de l'actualité, destinée à la rendre lisible à nos contemporains, avant que l'histoire à son tour n'opère ses choix. "
    J.J.

  • Ce n'est pas une fin mais un début de siècle que nous vivons. Le XXe siècle n'a duré que 75 ans : inauguré en 1914, il s'est achevé en 1989, et nous ne le regretterons pas.
    Le propos de l'auteur, dans cet essai incisif, n'est pas seulement de dresser un bilan, bien qu'il jette un regard caustique sur les prédictions évanouies de maints intellectuels et la vertigineuse stérilité des formations politiques. Il s'agit d'abord de comprendre l'événement : un espoir nouveau, un territoire soudain rendu disponible par le " génie de la liberté ".
    Le communisme est mort et, avec lui, toute une représentation de la gauche, de l'action, de l'éthique, de l'avenir. Ouf ! Mais il ne suffit pas de célébrer la revanche de Léon Blum. Il faut faire du neuf. Il faut faire du neuf avec du neuf, refonder un modernisme de gauche. Le communisme est mort. C'est le moment ou jamais d'entamer une vraie critique du capitalisme. Librement. Enfin.

  • " Finalement, la guerre de Yougoslavie aura été la guerre des occasions perdues : celle d'ériger l'Europe en véritable acteur politique, sujet à part entière de l'histoire du XXIe siècle ; celle de donner un coup d'arrêt décisif au fascisme qui vient. Nous savons d'expérience que l'effronterie des dictatures est à la mesure exacte de l'irrésolution des démocraties. La nuit qui tombe sur Sarajevo est en train d'obscurcir le continent entier. Si nous ne faisons rien, si, une fois l'alerte passée, nous ne nous retournons à nos petites affaires, alors nous serons tous vaincus. La guerre s'élargira, la haine gagnera, le fascisme renaîtra, et il ne nous restera plus qu'à contempler, la rage au cœur, la ruine d'une Europe que nous avions mérité d'aimer. "
    J.J.

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