Langue française

  • Depuis le 10 mai 1981, essais et pamphlets se succèdent : la droite a pris la plume, et ne la lâche plus. La gauche, elle, est confrontée aux réalités du pouvoir, aux échéances quotidiennes. Elle n'a pas le temps, sinon le goût, de répondre, et de réfléchir sur sa propre expérience. Elle la vit, ce qui n'est pas si simple. Ce n'est pas le moindre paradoxe de la situation depuis vingt mois : dans le tumulte des idées et des polémiques, les socialistes, sur l'essentiel, sur le fond, sont les plus silencieux. Et pourtant il faut, pour avancer, pour ne pas se laisser détourner de la voie tracée dès avant le 10 mai, avoir les idées claires, comprendre le sens de ce qui se passe, depuis que les socialistes gouvernent le pays, apprécier les causes de nos difficultés, de nos succès, et la portée réelle de ce que l'on appelle le « changement ». Cet immense chantier, comment s'y retrouver si l'on ne dispose pas d'un plan, si l'on n'a pas en tête le projet qui l'organise et lui donne sa cohérence ? Savoir où l'on va, comment et pourquoi, lorsque le socialisme, assuré de la durée, pour la première fois dans notre histoire, a rencontré la France, lorsque ce qui est en cause, ce n'est pas seulement la construction d'une société plus juste et plus libre, mais l'indépendance de la patrie et notre destin collectif : rien de plus urgent. À ces questions, que se posent tous ceux pour qui le socialisme représente toujours la grande espérance de notre temps, ce livre voudrait offrir un début de réponses. On verra qu'elles sont simples et aboutissent à donner un sens plus fort et plus profond à de vieux mots usés, pourtant très jeunes, et comme neufs : la République, et la nation. Le socialisme, et la France.

  • Lorsqu'en 1967, Jacques Mandrin donne à « L'Enarchie » son nom de baptême, l'École Nationale d'Administration ressemblait déjà plus à une gare de triage qu'à cette caserne des hussards de la république dont avaient rêvé pour elle ses pères fondateurs. Créée en 1945 sous l'impulsion de Michel Debré pour remplacer les anciens concours des grands corps administratifs de l'État et unifier la formation des hauts fonctionnaires, l'E.N.A. en avait élargi le recrutement sans le rendre plus démocratique. L'Enarchie était devenue l'emblème d'une technocratie dont les prestiges conjugués de la compétence et du pouvoir favorisaient l'essor dans la mesure même où ils en dissimulaient le ressort. De de Gaulle en Giscard, en 1980, la banalisation de l'E.N.A. reflète celle de l'État. On raillait nos chefs d'entreprises de singer les fonctionnaires, on exhorte désormais les fonctionnaires à imiter les chefs d'entreprises. Les commissionnaires du marché ont remplacé les commissaires de la République à mesure qu'un capitalisme du grand large engloutissait les petits propriétaires et les boutiquiers de chez nous. L'énarque sans doute, qui n'a jamais eu d'autre uniforme que sa tête, reste égal à lui-même. C'est la Norme qui s'est insensiblement déplacée. Si elle reste, bien entendu, celle de la classe dominante, la section française de l'internationale capitaliste dont notre bourgeoisie se contente désormais de jouer le rôle n'a plus d'autre ambition à proposer aux « énarchisants » que celle de rejoindre l'élite régionale d'une France américaine.

  • Désormais, le renouvellement de toute la gauche est devenu le préalable évident de son unité et de sa victoire. C'est pourquoi, après "l'Enarchie ou les Mandarins de la société bourgeoise", Jacques Mandrin, poursuivant sa quête dans, la société française d'aujourd'hui, livre, dans "Socialisme ou social-médiocratie" son expérience de militant et ses réflexions sur les chances et les malchances du socialisme et de son parti : cortège d'hommes, de textes et de mots dont on ne sait plus très bien lesquels des premiers ou des derniers le conduisent. Mais ce livre n'est pas seulement un pamphlet ou un essai : il se veut aussi un petit guide de la lumière et de la nuit pour d'aventureux militants.

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