Sciences humaines & sociales

  • Au XXe siècle, la société industrielle engendre la société prostitutionnelle. Du système des maisons closes, héritage de la Belle Epoque, au proxénétisme, du combat des prostituées à la mondialisation du système, ce livre dresse un état des lieux en même temps qu'il relate l'histoire du phénomène.

  • Les historiens de l'Occident sous-estiment l'importance du sacré aux origines de la modernité. On chante encore la Renaissance comme l'avènement à la raison d'une humanité enfin maîtresse d'elle-même. La vénération de l'humanisme amène à exagérer le sens critique dont auraient fait preuve les XVIe et XVIIe siècles, et à y découvrir à tort les racines du relativisme contemporain. En réalité, la révolution scientifique naissante ne pénétra que peu à peu les consciences. Elle dut alors se substituer, dans les esprits, au règne absolu de la théologie qui correspondait à la totalité du savoir. Vision d'ensemble de l'univers, celle-ci tenait lieu à la fois de physique et de morale, d'histoire et de géographie, d'économie, de psychologie et de sociologie. Moins connaissance de Dieu que mise en situation de l'homme, elle lui fournissait un certain nombre de vérités fondamentales sous la forme de mythes puissants.Jacques Solé, spécialiste de l'étude des idées et des mentalités religieuses aux Temps Modernes, le montre dans cet ouvrage érudit et profond, à propos de trois thèmes essentiels : le mythe de la fin de l'histoire (attente de la fin du monde et espérance d'une « nouvelle Jérusalem »), le mythe de l'unité de l'humanité (la « famille d'Adam » en marche vers le salut à travers les différents âges du monde), enfin le mythe d'une connaissance universelle (tout un arsenal de croyances irrationnelles ou de pratiques magiques rendant compte à la fois des superstitions populaires et des aspects savants de la dévotion, qui se rattachent au même univers mental). Ces croyances collectives qui caractérisent l'ancien christianisme rapprochent sa conception de l'univers de celle des autres civilisations traditionnelles. Le début des Temps Modernes, dans l'histoire de l'Occident, marque ainsi le dernier moment où son interprétation du temps, de l'espace et de l'existence fut dominée par une pensée de type magique, inséparable de la religion avant le XVIIIe siècle.

  • Entre 1500 et 1800, la vie sexuelle de l'Occident a achevé de revêtir des formes qu'elle a conservées, pour l'essentiel, jusqu'au milieu du XXe siècle, et qui commencent à peine à être remises en cause aujourd'hui. Durant cette longue période qui va de la Renaissance aux Lumières, le pilier principal de l'ordre sexuel était l'union monogame. Celle-ci, étroitement surveillée par la collectivité et les familles, négligeait de plus en plus l'attirance physique au bénéfice de considérations morales et économiques. L'Eglise, en effet, s'acharnait à réprimer la sexualité, en accord avec l'Etat moderne et son programme d'ordre moral. Toutefois, les milieux privilégiés réussissaient souvent à échapper à ce conformisme.
    La culture sexuelle se réfugiait dans la recherche esthétique et littéraire. Ainsi se développaient à la fois un érotisme de compensation et le mythe poétique ou romanesque de l'amour-passion. Ces grands thèmes, Jacques Solé les analyse ici avec profondeur et acuité. Il montre de façon convaincante combien est ambigu l'héritage sexuel que l'« époque moderne » nous a légué. Mais il va plus loin encore : il soulève bien des questions, concernant l'amour, qui bouleversent les idées reçues et exigent de nous des réponses neuves.
    Jacques Solé, né à Lyon en 1932, agrégé d'Histoire en 1956, occupe une maîtrise de conférences à l'Université des Sciences Sociales de Grenoble. Spécialiste de l'étude des idées et des mentalités religieuses aux Temps modernes, il achève une thèse de doctorat sur la controverse confessionnelle dans la France du XVIIe siècle. Collaborateur de nombreuses revues, il a participé à différents ouvrages collectifs et publié un Bayle polémiste en 1972.

  • A partir d'archives inédites du tribunal ecclésiastique de Troyes, une histoire de la vie quotidienne des femmes, voilà cinq siècles, où l'on constate qu'après avoir obtenu le mariage (ce qui était leur but principal), les femmes de l'Ancien Régime jouaient un rôle qui était loin d'être mineur.

  • Le XXe siècle consacre le triomphe de la prostitution. Elle accompagne les pionniers d'Amérique ou d'Afrique du Sud, elle nourrit les fantasmes des bourgeois victoriens comme des ouvriers berlinois, elle fait naître le mythe de la traite des blanches avec son cortège de rumeurs, d'antisémitisme et de crimes. La fermeture des maisons closes n'y changera rien. Quant au combat des femmes, des écrivains ou des institutions contre ce phénomène, il est aussi noble que vain, le plus souvent. En dressant, pour la première fois, l'état des lieux de la prostitution mondiale, Jacques Solé arrive en effet à ce constat : la société industrielle engendre une société prostitutionnelle. D'un continent à l'autre se sont organisés des réseaux de tourisme sexuel ; la prostitution des enfants est devenue une industrie, et le retour des grandes pandémies a fait resurgir la diabolisation féminine et homosexuelle. En racontant la misère sexuelle du monde, Jacques Solé met à nu les déchirures de nos sociétés. Ce livre, au confluent de l'histoire et du document, est une contribution capitale à la compréhension de nos peurs et de nos désirs depuis un siècle.

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