• Une première moitié de vie occupée à préparer un livre, l'autre à le corriger et à l'amender. Comme Montaigne, et peut-être un peu plus que lui, La Bruyère est bien l'homme d'un seul livre, et ce livre est celui d'une vie. Entre le projet et le dernier état revu par l'auteur - sur lequel est fondée la présente édition -, les encouragements renouvelés d'un public ravi qui ne semble pas en avoir voulu à La Bruyère de l'avoir si sévèrement morigéné.C'est que Les Caractères sont tout d'abord le chef-d'oeuvre d'un genre pratiqué depuis l'Antiquité, le portrait, et d'une veine, la littérature morale, dans lesquels le Grand Siècle ne pouvait que se reconnaître et s'accomplir. Sous Louis xiv, on s'attache volontiers aux notations, ces marques où se découvrent les passions et rien n'intéresse plus que les passions. D'un mot, là où nous avons pu croire que La Bruyère fixait des images, il s'employait en vérité à nous donner à les lire. On ne sait en effet ce qui nous sollicite le plus : ce que regarde La Bruyère ou la manière dont il regarde.Cette oeuvre subtile et neuve appelait un soin tout particulier dans l'établissement du texte comme dans l'annotation. Elle bénéficie donc des progrès considérables accomplis dans ce domaine au cours des dernières décennies dans la connaissance du classicisme.Edition d'Emmanuel Bury.

  • Prosateur de talent doté d'une plume acerbe, La Bruyère est loin de se contenter de peindre les moeurs de son temps. Multipliant, de maximes en analyses, les portraits satiriques tout autant qu'ironiques d'une société de faux-semblants, son propos acquiert une portée universelle. Sous le règne des apparences, où le grand travestissement burlesque le dispute à l'hypocrisie, aucun vice de l'humanité ne lui échappe : ambition, vanité, inconstance... Si l'on peut encore s'étonner du succès d'une oeuvre si corrosive, c'est sûrement qu'il est aisé de rire des autres pour ne pas rire de soi !

    Illustration de couverture : Gravure sur cuivre (1845), Collection particulière © akg images.

  • « Champagne, au sortir d'un long dîner qui lui enfle l'estomac, et dans les douces fumées d'un vin d'Avenay ou de Sillery, signe un ordre qu'on lui présente, qui ôterait le pain à toute une province si l'on n'y remédiait. Il est excusable : quel moyen de comprendre, dans la première heure de la digestion, qu'on puisse quelque part mourir de faim ? »

  • Les Caractères ou les Moeurs de ce siècle est une oeuvre écrite par Jean de La Bruyère et dont la première édition paraît en 1688.
    À la variété de la réalité humaine et sociale observée, répond donc la variété de la forme qui en rend compte.
    L'auteur affiche sa préférence pour les Anciens dans son livre, à commencer par l'épigraphe en latin d'Érasme. En effet, il dit traduire seulement du grec l'oeuvre de Théophraste. En se plaçant ainsi directement et ouvertement dans la lignée de ce philosophe de l'Antiquité, il souligne sa fidélité à la tradition des philosophes moraux. Mais en même temps, à la fin du Discours sur Théophraste, il revendique son originalité en parlant de « nouveaux Caractères » , ce terme d'« originalité » doit se comprendre à la fois « comme retour aux origines et comme instauration d'une nouvelle origine ». Le succès de l'oeuvre est dû à sa qualité, notamment à l'originalité surprenante de sa structure, à son style brillant, mais aussi à la vérité de la peinture des moeurs contemporaines : elle reflète les maux sociaux et culturels, et sait faire la critique de l'importance de la mode.
    |Source Wikipédia|

  • «Les Caractères» sont la réflexion de toute une vie. Si La Bruyère semble parfois absent, c'est parce qu'il s'est retiré en spectateur. Il observe, et de là en tire une série de fragments, de maximes et de portraits qui démêlent le rapport complexe entre la nature humaine et ses moeurs. Qu'en est-il de l'argent? De l'amour? Ou de la religion? «Les Caractères» c'est aussi l'emblème du débat entre les Anciens et les Modernes. La Bruyère, avec cette traduction anonyme d'un auteur grec, Théophraste, s'inscrit dans la lignée des Anciens. Pourtant, il évoque aussi le Moderne - l'oeuvre annonce le vent de contestation qui s'exprimera au XVIIIe siècle.



    Jean de la Bruyère (1645-1696) est un moraliste français. Il est diplômé de droit, mais sa situation financière ne s'améliore qu'à l'arrivée d'un héritage. Il obtient une rente annuelle, mais un vol dans son domaine le contraint à travailler. Il devient précepteur, et est logé chez son nouveau maître à Versailles. Lorsque le grand-père de son élève meurt, il est chargé de la bibliothèque. C'est une aubaine pour La Bruyère, qui observe la société depuis sa position reculée. Il écrit alors, sous forme de portraits, «Les Caractères ou les Moeurs de ce siècle», qu'il publie de manière anonyme. C'est un succès retentissant. Il est élu à l'académie française en 1693, mais son discours d'entrée va amorcer la fameuse querelle des Anciens et des Modernes.

  • À la fin d'un siècle riche en auteurs garants de la bonne morale et de l'idéal classique, La Bruyère offre au public qui lui a si bien inspiré « la matière de cet ouvrage » ses surprenants Caractères.
    Le discours moraliste et discontinu de La Rochefoucauld ou de Pascal a déjà conquis les lecteurs, mais La Bruyère ose l'hétérogénéité de maximes, de portraits, et autres inclassables, pour y fustiger la société de son temps, pervertie par le règne des apparences et du mérite lié à la naissance.
    Unique oeuvre achevée d'un auteur singulier, elle promène le lecteur des appartements royaux à l'intimité des antichambres, où intriguent des personnages dignes des fats de La Fontaine et des pédants et des dévots de Molière.Bibliolycée propose :
    O les textes intégraux annotés de « De la Cour » et « Des grands » suivis d'un choix d'extraits, o un questionnaire bilan de première lecture, o des questionnaires d'analyse de l'oeuvre, o cinq corpus accompagnés de questions d'observation, de travaux d'écriture et de lectures d'images, o une présentation de La Bruyère et de son époque, o un aperçu du genre de l'oeuvre et de sa place dans l'histoire littéraire.

  • Cette " célébrité masquée ", on le sait maintenant, n'est autre que la marquise de Mannoury d'Ectot, dont nous parlons plus longuement dans la notice de cet ouvrage. Mais c'est important à souligner, car elle fut tout simplement le premier auteur féminin de clandestins érotiques (elle en écrivit trois). Et quel auteur ! Lorsqu'ils parurent, en Belgique, vers 1880, on les attribua soit à Maupassant, soit à Alexandre Dumas !
    Mais Le Roman de Violette, il suffit de le lire, ne peut être que d'une femme. La finesse des réactions physiques et psychologiques homosexuelles féminines ne laisse aucun doute là-dessus.
    Roman féminin (mais pas féministe), d'une surprenante modernité. Ajoutons que le narrateur, et l'un des principaux personnages, est un homme. Mme de Mannoury n'était pas sectaire.

  • Ce texte sans équivalent dans la "littérature érotique' (nous ne disons pas pourquoi : on s'en apercevra en le lisant), tiré d'abord à 112 exemplaires, réédité fugitivement il y a une vingtaine d'années, était devenu parfaitement introuvable.
    Il est réimprimé ici avec la splendide préface d'Annie Le Brun pour l'édition de 1979 : " Ce livre "érotique à contre-coeur', écrit-elle, "prend superbement ses distances avec le piquant, le grivois, le gaillard mais aussi avec le tragique, le frénétique ou le spéculatif pour nous faire voir, c'est très rare, la vie "frappée du désir comme d'une balle au coeur'".
    Comment ? C'est tout le secret de ce texte unique, et nous laissons au lecteur le soin et le plaisir de le découvrir. C'est, faut-il le dire, la première véritable apparition de ce texte rare - à tout point de vue -, dans la librairie française.

  • Les Caractères ou Les Moeurs de ce siècle ont été rédigés en 1688. Sous la forme de courtes maximes morales, proches de la fable, Jean de La Bruyère décrit le monde du XVIIe siècle. Il condamne la vanité des hommes de la cour, les modes successives des femmes, la cupidité des héritiers, et l'hypocrisie des rapports humains.
    Étonnants de modernité, ces Caractères suscitent aussi bien le rire que la tendresse, et nourrissent à la fois le goût de la dérision et de la réflexion.

  • Les Caractères

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    • Ligaran
    • 4 Février 2015

    Extrait :
    "C'est un métier que de faire un livre, comme de faire une pendule : il faut plus que de l'esprit pour être auteur. Un magistrat allait par son mérite à la première dignité, il était homme délié et pratique dans les affaires : il a fait imprimer un ouvrage moral, qui est rare par le ridicule. Il n'est pas si aisé de se faire un nom par un ouvrage parfait, que d'en faire valoir un médiocre par le nom qu'on s'est déjà acquis."

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