Julliard (réédition numérique FeniXX)

  • Saint-Germain-des-Prés : c'était un royaume, clos par une invisible muraille, où nous avons vécu notre après-guerre. Saint-Germain-des-Prés : c'est un champ de ruines couvert de colonnes rompues, de temples détruits et de stèles aux inscriptions à demi effacées. Je m'y suis promené au cours d'une longue nuit et j'y ai suivi la trace d'une étrange créature, faite de chair et de rêves, qui m'a entraîné dans son sillage tout phosphorescent de souvenirs. Alors, je suis devenu le chasseur nocturne d'une proie-fantôme à laquelle ce roman donne le nom de Pierre Montcel, vieil et illustre écrivain auquel je prête un passé où se brouillent les fascinations de cette Iliade que fut notre après-guerre et un présent en forme d'Odyssée dont il est le héros enchanté de mensonge, de secret et de gloire. Et ce fut une longue poursuite qui prenait parfois les allures d'une procession ; et ce fut une obscure corrida au cours de laquelle le toro déchira mon habit. Mais j'ai voulu, avec ce monstre imaginaire, lier une série de passes, une nuit, en plazza de Saint-Germain-des-Prés. Quant à l'estocade, ce n'est rien qu'une tache d'encre qu'elle laisse sur le sable. Rien que ce roman. Enfin, comme le voyageur odysséen, Pierre Montcel s'appelle Personne et, d'ailleurs, ainsi que vous le savez, tous les toros nobles se ressemblent : ils sont noirs.

  • Le maréchal Pétain et le président du Conseil Paul Reynaud, le généralissime Weygand et le président de la République Albert Lebrun, Hitler, Mussolini et Churchill, Rommel et bien d'autres encore, enfin jetés dans un roman en même temps qu'un lieutenant de vingt-trois ans aux nostalgies de gloire balayées par le désastre, un vieux paysan, une jeune infirme. Tels sont les personnages de Mon lieutenant, livre où l'auteur, bousculant les règles traditionnelles du roman, mêle le récit d'une histoire singulière aux terribles événements d'une époque - le mois de juin 1940 - qui vit la France plongée dans l'une des plus sombres tragédies de son histoire. Alternant magistralement les rythmes, faisant surgir des faits enfouis ou effacés par pieuse amnésie, dessinant au burin d'impitoyables, ou tendres, ou douloureux, ou bouffons « croquis » sur le mode de « choses vues », Jean Cau évoque, remobilise nos mémoires et donne à revivre un réel exact et romanesquement recréé. En contrepoint de la tragédie, qui sert de fond de fresque, monte, comme une romance à la musique retenue, l'histoire particulière du lieutenant Valentin, oublié par la défaite dans un coin de France perdu, où il rencontrera un étrange amour et, à la fin, le sacrifice.

  • Qui d'entre nous n'a pas la sienne ? Avouée ou dissimulée, rafraîchissante ou lancinante, inattendue ou prévisible, elle se love en nous selon ce que nous sommes et nous exprime en nous rongeant ou en nous émerveillant. La collection IDÉE FIXE donne l'occasion à tous les écrivains d'énoncer sans détours le secret dont ils ont nourri jusqu'ici sournoisement leurs livres. Aucun risque d'appauvrir leur inspiration en vidant leur coeur et leur sac : l'idée fixe a de la ressource et qui croit l'épingler ne fait que lui donner du lustre. A nous donc les essais brillants issus d'humeurs talentueuses et longtemps refoulées. "Pour tout vous dire..." il n'est pas de meilleure promesse aux lecteurs désireux d'en savoir toujours davantage.

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