La Table ronde (réédition numérique FeniXX)

  • Ce qui importe, et doit occuper l'attention de chacun, c'est de connaître la vie et les moeurs des premiers Romains, de savoir quels sont les hommes, quels sont les arts qui, dans la paix comme dans la guerre, ont fondé notre puissance et l'ont agrandie ; puis de suivre, par la pensée, l'affaiblissement insensible de la discipline et ce premier relâchement des moeurs qui, bientôt entraînés sur une pente tous les jours plus rapide, précipitèrent leur chute jusqu'au temps présent où nous ne pouvons plus supporter ni nos vices ni leurs remèdes.

  • Au coeur de la forêt allemande, les oiseaux se taisent. Les daims, derrière les halliers, tremblent, pétrifiés, sur leurs pattes de verre et, dans le miroir humide de leurs larges yeux aux cils ras, vogue le chevalier de fer et d'effroi. Ils ne bougent pas. La fuite est impossible quand vibre trop aigu - jusqu'à son effilement dans le silence absolu - le cri de cristal de la terreur. Un lièvre aussi le regarde passer dont le coeur tonne plus sourd et cogne plus vite. Un bloc de vie prêt à jaillir. Une peur qui se ramasse pour mieux exploser. L'oiseau, le daim, le lièvre, toutes créatures de panique, tassées au creux de la forêt, regardent passer le chevalier solennel. Le vent lui-même s'est arrêté de souffler et les arbres sont attentifs de toutes leurs feuilles, de tous les noeuds de leur tronc et certainement de toute leur sève qui dans leurs veines se glace. La forêt est cette foule silencieuse qui s'ouvre sur le passage du grand criminel s'avançant vers l'échafaud dressé sur la place, là-bas. Au pied duquel le bourreau et ses aides attendent, bras croisés. Et ils étaient appelés, au XIXe siècle, je ne sais pourquoi : « Les hussards de la veuve »... La foule qui s'ouvre aussi comme marche le héros.

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