Langue française

  • Les enfants

    Jean Cau

    'Ce sont des histoires de "vrais petits garçons" qui m'ont été soufflées par mes enfances... En ce monde simple, chacun avait ses royaumes. Pour avoir peu fréquenté celui des fillettes, je ne parle ici que de celui des garçons. Vous verrez qu'il s'agit d'un royaume d'épopée. Vous verrez que je parle des temps barbares, rudes, forts, courageux, naïfs, féodaux et héroïques. je ne sais pas comment sont les enfants en 1975 ; mais je sais que, lorsque j'étais petit - dans mon milieu, ma province, mon sexe et mon royaume -, nous étions, ô Parsifal, frères et compagnons en la chevalerie de l'enfance. Nous étions, je m'en souviens, comme je nous chante dans ce livre.'
    Jean Cau.

  • Pendant quelques mois, Jean Cau a suivi les principales vedettes de la tauromachie dans leur campagne 1960, en Espagne et en France. Le récit qu'il nous donne tient, selon lui, du 'reportage', de la 'chronique' et de la 'conversation libre'.
    Un des aspects de ce récit, qui a fait date dans la vision et l'histoire de la tauromachie, consiste dans la relation des 'corridas' de Dominguin, Ordoñez, Camino, Ostos, etc., à Séville, Madrid, Barcelone, Pampelune, Salamanque, Mont-de-Marsan, Bayonne, Béziers, etc. Il s'agit là, tout à la fois, d'un reportage, d'une chronique, de notations prises sur le vif, de réflexions, d'un miroir de la tauromachie en lequel se reflètent ses ombres parfois grises et ses lumières toujours éclatantes. Et l'autre titre du livre pourrait être : 'Voyage à l'intérieur du monde de la tauromachie', monde grouillant et complice où le courage se mêle au picaresque, les rivalités aux combinaisons, le désordre 'à l'espagnole' aux rites les plus stricts. Mais, toujours, la passion de l'auteur reste intacte à l'égard de la Fiesta qui consiste, selon lui, 'à croire au Père Noël et, chaque après-midi, vers les cinq heures, à aller à ses rendez-vous'.

  • Les otages

    Jean Cau

    'Trois terroristes ont pris neuf personnes en otage, sept hommes et deux femmes, et les ont parquées dans un bureau.
    En vérité, ce livre, que j'ai écrit à l'écoute angoissée de notre époque, est une fable, une allégorie ou, si l'on veut, un mystère. D'où viennent ces trois terroristes implacables? Qui sont-ils? Que veulent-ils? Je ne le sais pas. Mon unique certitude c'est qu'ils sont là, prêts à tuer, et que j'ai écrit ce livre sous leurs regards et la menace de leurs armes.
    Et, à la fin, qui - dans ce monde et dans l'autre - est terroriste et qui est otage? Qui terrorise et qui est terrorisé? Qui nous séquestre dans le royaume de la terreur? Comment s'en évader - et pour aller où? Je me le demande dans ce livre clos. Je vous le demande.'
    Jean Cau.

  • Qu'est-ce que l'afición 'a los toros' ? Qu'est-ce qu'un aficionado ? À quelle espèce étrange appartient cet individu ? Comment cette espèce se divise-t-elle, se partage-t-elle, se passionne-t-elle ? Est-il bon, en tauromachie, de célébrer d'abord les toros ou les toreros ? Y a-t-il danger à 'intellectualiser' la corrida et à l'inonder de jus de cervelle ? Y a-t-il péril à la médiatiser ? Hommes et femmes sont-ils animés d'une afición semblable ou différente ? Doit-on s'indigner si les piques ne sont plus ce qu'elles étaient et, parfois, les cornes non plus ? Comment entre-t-on en aficíon ? Est-ce un chemin de croix ? L'aficionado français a-t-il trop de lectures ? Existe-t-il un 'sang' gitan chez les toreros ? À ces questions, en gambadant et en liberté, au hasard d'impression et de quelques idées, Jean Cau répond dans La folie corrida.

  • 'Qu'est-ce qu'un adulte sinon l'héritier d'une enfance? Qu'est-ce qu'un adulte sinon le traître et le meurtrier d'un enfant? L'enfant qu'il a été
    c'est ce qu'il y a de mieux chez un adulte. L'âge adulte c'est de l'enfance pourrie. Voilà ce que j'ai essayé non pas de décrire ou d'expliquer, mais de dire, en allant tout simplement à la pêche de quelques anciennes émotions, en promenant mon pendule sur quelques sources enfouies, en évoquant, avec la mémoire du coeur, les passions, les élans et les fois dont il a bien fallu que je devienne le traître et l'assassin.'
    Jean Cau.

  • «... Le tambour roule, chante, crie, pleure, se calme, s'amuse, caresse, se met en colère, rit. Il est magique sous les baguettes de Joseph. Et les enfants le suivent, durant toute sa tournée. Il y a là les plus fidèles : Pépé, Gégé, Dédé, Titi, Jojo et Dine. Dine, c'est une fille. Les garçons n'en voulaient pas dans leur bande et, au début, ont tout inventé pour la décourager. Ils lui ont tiré les cheveux, marché sur les pieds, ils l'ont pincée et traitée de « fille » et de tout, mais elle a tenu bon, pour rester avec eux, et maintenant ils l'ont adoptée, comme si elle était un garçon. Elle a le nez en l'air, des cheveux noirs, et elle court vite. Toute la bande, chaque jour, suit Joseph jouant du tambour comme s'il était leur chef et le Simplet se prend pour leur général. Il leur crie : « Garde à vous ! En avant marche ! » et tous obéissent. Joseph, c'est le Bon Dieu qui joue du tambour... »

  • Ce que le lecteur, s'il existe, lira dans cet amas de signes est, et n'est pas, un essai éclaté, est et n'est pas un journal mais, mises à bout, rien que des rêveries d'écritures Or si, ici ou là, il a entendu, roulant, un collier brisé, le bruit de quelques perles, s'il a entendu quelques notes égrenées sur un piano qui, tel jour, à telle page, était par hasard accordé, s'il a, collant son oreille contre une phrase - une seule phrase peut-être et qui, d'apparence, était de bavardage entendu une voix, qu'il sache que, là, le temps fragile d'un frisson, se cachait mon aveu.

  • Jean Cau dans ce récit fait une satire cruelle, truculente et pleine de verve d'une île imaginaire des Caraïbes, de langue espagnole, peuplée d'Indiens, de Noirs et de métis. Son président pèse cent vingt-huit kilos ; il entretient avec soin son adiposité, vénérée par les 'foutus Indiens' et les 'foutus Négros', squelettiques, sur qui il exerce une extravagante dictature. Mais il ne survit pas à la terreur de la Révolution qui le hante et disparaît en se faisant fondre dans un sauna.

  • J'ai voulu, dans ce livre écrit par élans et par éclairs, diagnostiquer les raisons du désastre, du désordre et du désespoir qui plie les genoux d'un Occident à bout de souffle, de mythes, de style et de morale. Longtemps j'ai moi-même pensé à l'unisson de notre décadence et j'y ai trouvé toutes les délices et toutes les facilités. Après tout, se laisser rouler par les vagues, même si la mer est polluée, procure d'évidents plaisirs. Un bel avenir de mouton intellectuel bêlant les utopies moralistes du temps m'était ainsi promis. Encore faut-il, au long de ses réflexions, pouvoir se supporter en étranglant chaque matin, à l'aube, des lucidités toujours renaissantes. Le siècle est fou. Fou de lâchetés, de démissions, de mensonges, d'impostures et de laideur, et ce qu'on y appelle « crise de civilisation » n'est en vérité que le refus apeuré de toute hauteur. Je n'en pouvais plus. J'ai voulu témoigner. Il faut tout de même - lorsqu'un temps à venir s'étonnera de nos débâcles - que nos petits-neveux sachent que quelques soldats refusèrent de jeter les armes et de lever les bras.

  • La pitie de dieu

    Jean Cau

    Dans la cellule d'une prison - pas plus située géographiquement que dans le temps - se trouvent réunis quatre hommes qui tous ont commis un ou plusieurs crimes : le Docteur, qui est épileptique, doit avoir tué sa femme ; Alex une prostituée ou un de ses amis catcheurs ; Eugène sa femme ou l'amant de celle-ci (ou peut-être ni l'un ni l'autre) ; Match sa mère ou peut·être son beau-père. Chacun des prisonniers évoque des souvenirs et raconte ses "crimes" - qui peuvent être autant de mensonges que de vérités. De plus, il y a une cinquième voix qui raconte, de temps à autre, tel épisode de la vie commune des prisonniers : voix anonyme, inquiétante et froide, sorte de témoin collectif de toutes les tendresses et de toutes les misères rassemblées entre ces quatre murs. Les prisonniers parlent, se confessent, fabulent, inventent d'étranges jeux. Ils imaginent par exemple des communiqués de nouvelles délirants, prophétiques. Ils finissent dans une espèce d'osmose. Tout est échangeable - les crimes vrais ou faux, les culpabilités secrètes - et ils arrivent à confondre leur personnalité et leur vie. L'auteur communique jusqu'à l'angoisse, jusqu'au malaise, et parfois en ayant recours à un humour terrifiant, les sentiments de ses héros. Héros qui ne sont ni innocents, ni coupables, mais victimes à la fois coupables et innocentes de "passions" qui sont, transposées, celles de l'âme et de l'homme moderne en train de tourner en rond dans ses folies. Irresponsables, soumis à la seule "pitié de Dieu" mais tous liés par la solidarité des damnés ou (peut-être) des élus. Prix Goncourt 1961

  • 'Ce livre est l'expression d'un sentiment et d'une idée fixe : tout amour est reflet, mascarade et nostalgie d'absolu. Trois êtres, un homme, une femme et un adolescent (leur fils bâtard) tournent en rond dans la fosse de l'amour impossible. La femme va se dissolvant dans une très lente et très raisonnable folie. L'homme plaide son impossible cause et l'adolescent ne comprend pas comment s'est brisé le miroir entre cet homme et cette femme.
    Il arrive qu'un livre se déterre du coeur. Si possible en allant au plus profond, tantôt à coups de pioche sourds et tantôt, pour ne rien briser de la statue enfouie, avec des gestes si légers qu'ils donnent des crampes à la main qui
    s'avance, rôde et touche enfin la tête décollée. Le Spectre de l'amour est ce que j'ai ramené d'une fouille au cours de laquelle j'ai gratté et creusé avec beaucoup d'instruments mais, le plus souvent, avec les ongles.'
    Jean Cau.

  • Trois personnages : Barbara, milliardaire droguée, a épousé en quatrième noces Gottfried, ancien champion automobile dont la virilité s'est dégradée - lorsqu'il a abandonné la course - dans l'enfer des amours maudites. Et, entre Barbara et Gottfried, il y a un jeune Italien, Dino. Gottfried a décidé de 'manipuler' Dino afin de l'amener à assassiner sa femme. Pour des raisons sourdes, mais aussi afin, par cette sorte
    de meurtre rituel, de lier à lui le jeune homme. Dino n'accomplira pas le meurtre et, au contraire, se laissera 'posséder' sexuellement par Barbara. Dino n'a pas été digne de l'épreuve qui lui a été infligée, et Gottfried, impitoyable, l'envoie à la mort.
    Les Yeux crevés sont une tentative de mise à jour du mythe d'OEdipe en 1968. Dino, jeté à toutes les amours et à tous les meurtres, réels ou
    symboliques, marche vers son destin avec la lucidité d'un héros tragique aux yeux morts.

  • L'esprit d'enfance inspire les trente-quatre courtes nouvelles de ce recueil. On y trouve donc beaucoup d'histoires d'école, et encore plus d'école buissonnière. Un enfant se fait passer pour orphelin alors qu'il ne l'est pas. Un autre apprend à nager pour humilier le meilleur nageur, qui d'ailleurs se noie dans la rivière. Il y a des amours enfantines, avec des gosses du Midi, batailleurs, menteurs, voleurs, vaniteux, mais aussi généreux et tendres. Plusieurs histoires ont trait à la période de l'Occupation et de la Libération : un enfant qui parle à tort et à travers provoque le départ des derniers soldats allemands de Perpignan. Des résistants sont sauvés par leurs enfants. Le narrateur se demande si la belle boulangère, revue tant d'années après, a toujours des croix gammées tatouées sur les fesses, punition qui lui fut infligée à la Libération. Parfois aussi, ces nouvelles présentent d'anciens enfants, qui ont gardé leur innocence : un commandant de paras, retour d'Indochine, retrouve son vieil instituteur gâteux qui l'interroge sévèrement sur les dates d'histoire et les départements. Enfin, Carcassonne n'étant pas loin de la frontière, plusieurs de ces nouvelles se situent en Espagne.

  • Romain Lemord décide un jour de se retirer avec son épouse au fond d'une obscure campagne pour y écrire un livre définitif : le Livre.

  • Un choix d'articles du journaliste décédé en 1993 : portraits de personnalités, faits divers, colères et imprécations publiés dans Paris-Match au cours des vingt ans précédant sa mort.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Maria-negre

    Jean Cau

    À Naples, peu après l'entrée des Américains, un soldat nègre, Bimbo, boit dans un café. Sa Jeep est arrêtée au bord du trottoir, chargée du cadavre d'une femme. Et la mémoire embrumée du nègre commence à reconstituer l'histoire... Maria, jeune Italienne, est tombée amoureuse du nègre Bimbo : amour blanc sur fond noir, jamais accordé, immense orgie de chair pressée et froissée, toute molle de tendresse et de peur. Mario, le frère de Marie, aime sa soeur, mais a décidé qu'elle sera à son copain Angelo. Angelo dénonce à Mario les amours de Maria et de Bimbo, et Mario tue sa soeur d'un coup de couteau. Bimbo découvre le cadavre, l'emporte, le jette dans sa Jeep et va boire dans le café... Quand il sera saoul, Bimbo, riant aux éclats, jettera sa Jeep dans le vide pour mourir avec le cadavre de Maria... Ordonnance logique, chronologique, bons et mauvais sentiments, coups de théâtre, intrigue, tout cela n'a aucune importance : le passé est là, comme un chaos. Il suffit de le remuer, de fouiller dedans, et, par lambeaux, d'en extraire, comme fait Bimbo, une 'histoire' à l'étrange visage de puzzle.

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