Sciences humaines & sociales

  • Pendant quelques mois, Jean Cau a suivi les principales vedettes de la tauromachie dans leur campagne 1960, en Espagne et en France. Le récit qu'il nous donne tient, selon lui, du 'reportage', de la 'chronique' et de la 'conversation libre'.
    Un des aspects de ce récit, qui a fait date dans la vision et l'histoire de la tauromachie, consiste dans la relation des 'corridas' de Dominguin, Ordoñez, Camino, Ostos, etc., à Séville, Madrid, Barcelone, Pampelune, Salamanque, Mont-de-Marsan, Bayonne, Béziers, etc. Il s'agit là, tout à la fois, d'un reportage, d'une chronique, de notations prises sur le vif, de réflexions, d'un miroir de la tauromachie en lequel se reflètent ses ombres parfois grises et ses lumières toujours éclatantes. Et l'autre titre du livre pourrait être : 'Voyage à l'intérieur du monde de la tauromachie', monde grouillant et complice où le courage se mêle au picaresque, les rivalités aux combinaisons, le désordre 'à l'espagnole' aux rites les plus stricts. Mais, toujours, la passion de l'auteur reste intacte à l'égard de la Fiesta qui consiste, selon lui, 'à croire au Père Noël et, chaque après-midi, vers les cinq heures, à aller à ses rendez-vous'.

  • Qu'est-ce que l'afición 'a los toros' ? Qu'est-ce qu'un aficionado ? À quelle espèce étrange appartient cet individu ? Comment cette espèce se divise-t-elle, se partage-t-elle, se passionne-t-elle ? Est-il bon, en tauromachie, de célébrer d'abord les toros ou les toreros ? Y a-t-il danger à 'intellectualiser' la corrida et à l'inonder de jus de cervelle ? Y a-t-il péril à la médiatiser ? Hommes et femmes sont-ils animés d'une afición semblable ou différente ? Doit-on s'indigner si les piques ne sont plus ce qu'elles étaient et, parfois, les cornes non plus ? Comment entre-t-on en aficíon ? Est-ce un chemin de croix ? L'aficionado français a-t-il trop de lectures ? Existe-t-il un 'sang' gitan chez les toreros ? À ces questions, en gambadant et en liberté, au hasard d'impression et de quelques idées, Jean Cau répond dans La folie corrida.

  • Un choix d'articles du journaliste décédé en 1993 : portraits de personnalités, faits divers, colères et imprécations publiés dans Paris-Match au cours des vingt ans précédant sa mort.

  • Il était une fois une après-guerre - les années quarante, cinquante et soixante - au cours de laquelle l'intelligentsia française (Rive gauche, Saint-Germain-des-Prés, Paris VIe arrondissement) passa son temps à se poser le dilemme shakespearien : Être ou n'être pas. Quoi ? Communiste ! Le lieu où méditaient nos Hamlets romanciers, essayistes, critiques, philosophes, journalistes, profs, etc., n'était pas un cimetière, mais quelques bars et cafés plantés sur cinq ou six hectares de terre parisienne. Et ce n'est pas un crâne qu'ils tenaient à la main, mais un verre de whisky ou de Ricard. Et ce fut, comme l'on dit, toute une époque, une époque que Jean Cau - témoin privilégié - évoque dans ce livre avec la virtuosité d'un grand style, qu'il plie à sa volonté selon qu'il manie la satire, trace le portrait, fait revivre l'anecdote, se met lui-même en scène et en question, désarme par l'humour ou, par longs et magnifiques éclairs, nous parle, avec une tendresse d'une rare pudeur, d'une ombre qui erre encore dans les bars de la Rive gauche, l'ombre - ivre - d'Antoine Blondin. Ce que fut l'intelligentsia d'après-guerre, comment elle pensait, vivait, palabrait, buvait, s'enivrait de mots et d'alcool, comment elle se comportait (pas très brillamment) avec les femmes, quels furent, en somme, les us, coutumes, moeurs, mots, cultes, illusions et ivresses de l'espèce intellectuelle, Jean Cau, verve superbe au poing, nous le donne à revivre comme nul, à ce jour, n'y avait réussi.

empty