• Dans ce grand poème de l'aube et de la lumière, Jean Métellus retrouve le souffle qui animait déjà son premier recueil, Au pipirite chantant. Le lecteur y retrouve une parole ritualisée, traversée de bribes de contes et d'obscures histoires de veillées, qui disent les choses, les hommes, les arbres et les plantes d'Haïti. Mais la terre natale n'est pas seulement pour le poète lieu d'origine solaire, elle est aussi traversée par la mémoire d'un passé sanglant et la conscience d'un présent violent, comme si Haïti, matrice généreuse, se montrait en même temps impuissante à retenir dans son giron ses enfants prodigues emportés par le tourbillon d'une Histoire qui lui échappe encore.

  • Chacun des poèmes, dans Les dieux pèlerins, semble arriver comme à travers l'air, et ne former ses vers, pour nous, que dans un froissement rapide. Et, bientôt, le poème s'interrompt. Est-il pressé de s'effacer dans le silence ? Dieux ou poèmes pèlerins : il s'agit, pour Métellus, de capter le présent multiple du monde, de jeter des réseaux agiles de vers sur des lambeaux qui fuient. Jamais, peut-être, les poèmes de Métellus n'ont été aussi accordés à l'instabilité, aujourd'hui, du réel. Passé, présent, qui aborderait l'oeuvre de Métellus par ce dernier recueil, ne saisirait peut-être pas nettement la richesse temporelle qui s'y trouve pourtant impliquée. Le présent, transparent et aérien, des Dieux pèlerins est, comme l'ombre chez Rembrandt, habité. Maints passés y font sentir leurs pressions, avec toute la diversité de leurs pulsations temporelles respectives. Faudrait-il les énumérer, essayer de les rendre distincts, de rendre ce qui leur revient ? Histoire - séculaire ou récente - d'Haïti, histoire de l'Occident, profondeur temporelle des langues - le créole, le français - ou des littératures, succession des générations, passé collectif - celui, par exemple, de la ville natale ou de la famille - aussi bien qu'individuel : tout cela, dans des oeuvres antérieures de Métellus, s'était déjà richement imposé.

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