• «  Des révélations, nous en avons tous eu  : tranchant sur l'insignifiance quotidienne, elles seules, inoubliables, décident de notre vie réelle. Mais nous ne savons pas ce que signifie une révélation, parce qu'elle ne peut ni se commander ni se reproduire, donc jamais s'objectiver. Ainsi restons-nous muets devant ce qui nous caractérise le mieux. Les ignorant, nous nous ignorons. Ce livre voudrait nous les rendre accessibles.
    Le lieu privilégié de la révélation se trouve dans ce que la tradition juive et chrétienne a reçu et médité à partir des deux Testaments. Nous y sommes donc allés voir, malgré leur technicité et les limites de toute science.
    Pourtant il faut d'abord déconstruire, car aucun terme biblique ne correspond exactement au concept moderne de Révélation. Plus étonnant encore  : ce terme ne s'est imposé que tardivement (Thomas d'Aquin) dans l'opposition de la connaissance rationnelle à connaissance inspirée de Dieu. La modernité (les Lumières jusqu'à Kant) n'eut donc aucun mal à récuser la Révélation biblique au nom de sa trop étroite appréhension de la rationalité.
    Puisque les théologiens modernes ont maintenu le terme de Révélation sans le re-penser à fond, il fallait tenter de le redéfinir à partir de la phénoménalité. Car les textes bibliques offrent d'abord et surtout des récits de phénomènes, à la fois simples et hors du commun  : manifestations, apparitions, signes et miracles, éblouissements, des ténèbres obscures et une Résurrection. On peut par principe les récuser comme des fables, mais en stricte philosophie et phénoménologie tout ce qui se manifeste doit, avant qu'on juge de son (in-) existence, se décrire.
    D'où l'essai de décrire ce que les textes bibliques proposent obstinément à voir. Ainsi s'est ouverte une nouvelle définition de la connaissance  : non plus accepter ce que l'on a d'abord cru comprendre, mais voir (on non) ce que d'abord on accepte  (ou refuse) de recevoir, en renversant l'ordre de l'entendement et de la volonté. Ce qu'Augustin a thématisé d'une formule  : «  On n'entre dans la vérité que par la charité  ».
    Et alors, même l'être et le temps peuvent se recevoir comme ils se donnent  : non dans la clôture de notre monde, mais comme un don d'ailleurs. Car c'est dans cet ailleurs que nous vivons, respirons et même sommes.  »J.-L. M.

  • « On peut invoquer, bien sûr, « l'âme de la France», même si l'on ne croit plus guère sans doute à la réalité de sa propre âme à soi. Mais si, comme responsable politique, l'on prend ce risque, il faut mesurer ce que l'on dit et surtout ce que l'on ne peut pas dire. Seuls les chrétiens, donc d'abord les catholiques, peuvent mettre en jeu leur âme dans la communauté française, parce qu'eux seuls savent ce que c'est que de la donner, pour donner une communion à une communauté, qui, sans eux, ne serait plus une et indivisible. Il se pourrait que, contre toute attente et toutes les prédictions des sages, des experts et des élites supposées, nous allions au-devant d'un extraordinaire moment catholique de la société française. Ou plutôt, il se pourrait qu'un tel moment, décidément hors de portée du pouvoir et de la rationalité positiviste de la politique contemporaine, constitue la seule option raisonnable qui nous reste, tandis que nous nous approchons du coeur du nihilisme... »
    Y a-t-il un « destin catholique » dans la France actuelle ? Faut-il parler de laïcité ou de séparation ? Peut-on penser « l'utilité de la communion » ? N'ayez pas peur, disait Jean-Paul II au balcon de l'histoire ; N'ayez pas peur de nous ! affirme Jean-Luc Marion, qui nous offre une méditation littéraire et philosophique, une traversée politique sans équivalent dans le monde actuel.

  • " L'amour, nous en parlons toujours, nous l'expérimentons souvent, mais nous n'y comprenons rien, ou presque. La preuve : nous ne pouvons plus en fixer un sens unique et le déchirons entre des contraires - eros et agapè, jouissance brute et charité abstraite, pornographie et sentimentalisme. Il en devient absurde ou insignifiant. Explication : la philosophie nous a persuadés de l'interpréter à partir de la conscience de soi (du cogito), comme une simple variante, dérivée et irrationnelle, de la claire pensée - il se rabaisse donc au rang de la " passion ", maladive, irrationnelle, toujours douteuse. On conteste ici ce verdict. L'amour nous atteint infiniment plus sérieusement, plus originairement, il ne dérive pas de l'ego, mais le précède et le donne à lui-même. Bien avant la question des philosophes, " être ou ne pas être ", ou la question des savants, " connaître certainement ou ignorer ", une autre question m'obsède : " m'aime-t-on ? y-a-t-il quelqu'un pour m'aimer ? " Sans réponse à cette question, tout être et toute certitude tombent sous le coup de la vanité, qui leur demande " à quoi bon ? " Je me découvre alors en état de réduction érotique. On doit tenter de décrire les figures de la conscience, dans cette situation originaire : la nécessité absolue qu'on m'aime, et mon incapacité radicale à ne pas me haïr moi-même ;
    Mon avancée unilatérale dans le rôle de l'amant ; le serment entre les amants qui fait surgir le phénomène érotique, unique et pourtant commun ; l'échange où chacun donne à l'autre la chair érotisée, que lui-même n'a pas, mais reçoit en retour ; l'acte sans fin, et pourtant toujours fini, de s'avancer chacun dans l'autre sans résistance ; la contradiction objective entre le temps court de jouir et le temps long de promettre, qui rend estimable la jalousie et raisonnable la perversion ; enfin, l'attente jusqu'à la fin des temps d'un tiers témoin, qui part et qui s'anticipe. L'amour, dans toutes ces figures, ne se dit et ne se fait qu'en un seul sens. Le même pour tous, Dieu compris. Car l'amour se déploie aussi logiquement que le plus rigoureux des concepts. Il précède tout et tout dépend de lui - les raisons des philosophes, les connaissances des savants et les choses du monde. Sans lui, tout est, mais tout est vain. Avec lui, tout devient possible, même et surtout l'impossible. " J.L.M.

  • Contrairement à sa légende, Gustave Courbet ne fut ni un peintre réaliste ni un peintre politique, encore moins un peintre provincial. Il fut révolutionnaire, bien sûr, mais en pratiquant, comme les plus grands, la peinture à l'oeil. Expression à entendre au double sens d'une peinture gratuite (ne dépendant ni des commandes de l'État ni des prix du Salon), et surtout d'une peinture qui ne fait pas « à l'idée » ce qu'elle aurait déjà prévu - mais qui voit dans l'acte même de peindre.
    D'où une rupture avec le primat du dessin (Ingres), avec l'exotisme (Delacroix), le spectaculaire (Géricault), avec la maîtrise du regard du peintre, cela pour libérer la peine des hommes et l'élégance des choses. Courbet inaugure ainsi la vraie peinture de marines ; de nus érotiquement neutres ; de natures mortes, ou plutôt natures vives, rochers, feuilles et rivières aussi présents que des visages d'hommes. Comme Cézanne, qui se revendiquait de lui, Courbet élève les choses à leur dignité dernière : non des objets construits et produits, mais des phénomènes surgissant et se donnant d'eux-mêmes à voir. Le tableau ne représente rien, il présente pour la première fois le visible en sa gloire.

  • La rigueur des choses

    Jean-Luc Marion

    « Je tenterai de reconstruire l'itinéraire de mon travail, en rassemblant ses diverses régions, histoire de la philosophie, phénoménologie, théologie [...]. Me frappe aujourd'hui rétrospectivement la cohérence de l'ensemble, que dominent la question de l'événement, l'approche de la présence à partir du présent entendu comme un don. Ce qui importe toujours advient. Ainsi se dégage la rigueur, mais la rigueur des choses, non celle que nous leur imposons, ou imaginons pouvoir leur imposer. » Jean-Luc Marion revient ici sur les grandes figures qui ont marqué sa vie (Ferdinand Alquié, Hans-Urs von Balthasar, Jean Beaufret, Louis Bouyer, Jean Daniélou, Jacques Derrida, Michel Henry, Emmanuel Levinas, Jean-Marie Lustiger, et d'autres). Il évoque les grandes étapes et les grands dossiers de son travail, et rend compte de la dynamique de sa recherche. Penseur phare du catholicisme français et co-fondateur de l'édition francophone de la Revue catholique internationale Communio (1975-), il apporte pour finir un éclairage original sur l'état de l'Eglise et sur le dialogue judéo-chrétien.
    Ces entretiens, remarquablement menés par Dan Arbib, constituent la première introduction en français à son oeuvre.

    Portrait de Jean-Luc Marion par Jean-Luc Bertini © Flammarion

  • Ce volume reprend le discours de réception à l´Académie française de Jean-Luc Marion, prononcé le 21 janvier 2010, suivi de la réponse de Monseigneur Claude Dagens.

    Comme le veut la tradition, ces deux textes sont suivis du discours de remise de l´épée, prononcé par Marc Fumaroli.

  • L'auteur montre pourquoi la notion de "mort de Dieu" pose plus de difficultés qu'elle n'en résout. Comment le Dieu dont on proclame la mort est un Dieu conceptuel, abstrait, désincarné, à la lettre une idole. Et comment la question de Dieu s'ouvre d'autant plus que cette idole ne cesse, sous nos yeux, de mourir... Dieu est mort donc, le Dieu des philosophes, le Dieu de la raison rationnelle : vive Dieu par conséquent, le Dieu de la distance, le Dieu mystérieux et insondable du credo quia absurdum.

    L'originalité de cette étude, à la fois rigoureuse et brillante, tient à ce que, pour la première fois, un philosophe chrétien reprend et se nourrit de problématiques aussi "hérétiques" que celles de Heidegger, Hölderlin ou Jacques Derrida.

  • à vrai dire : une conversation avec Paul-François Paoli Nouv.

    Cette somme d'interventions au fil des circonstances montre la face cachée de l'oeuvre du grand philosophe français de réputation internationale : une magistrale façon inactuelle de traiter de l'actualité.
    Pourquoi Dieu sans l'être ? Que nous dit Éros sur l'amour et le don ? Qu'est-ce que la Révélation ?
    Que signifie philosopher aujourd'hui au regard de la Bible et de la théologie, de la poésie et de la littérature ?
    Pourquoi faut-il en finir avec la métaphysique ? Comment repenser Descartes et Husserl, réviser Nietzsche et Heidegger, relire Levinas et Derrida ? Quelle langue neuve peut dire l'invisible, l'inouï, l'inattendu ?
    Qu'est-ce que le nihilisme ? En quoi éclaire-t-il l'époque ? Où va le monde ? Où en est l'Église ? Que penser du déclin de l'Amérique, du réveil de l'islam ? Quel avenir ont la France et l'Europe ?
    Pourquoi l'Évangile reste-t-il plus que jamais d'actualité ?
    Telles sont, parmi d'autres, les questions de Paul-François Paoli auxquelles Jean-Luc Marion a consenti à répondre au cours de cette libre conversation comme le siècle n'en connaît plus guère.
    De la rue d'Ulm et de la Sorbonne à l'université de Chicago et à Rome, de l'aventure de
    Communio à l'engagement antitotalitaire, sur fond de rencontres et de portraits, d'enjeux et de combats, ce sont la clé d'une destinée et la fabrique d'une pensée qui, ici, se dévoilent. Celles du philosophe français vivant le plus lu, le plus commenté et le plus traduit au monde.
    Une démonstration éblouissante de l'intelligence en acte. Une invitation, surtout, à l'espérance. Un antidote au malaise contemporain.

  • Paroles données : quarante entretiens, 1987-2017 Nouv.

    Cette somme d'interventions au fil des circonstances montre la face cachée de l'oeuvre du grand philosophe français de réputation internationale : une magistrale façon inactuelle de traiter de l'actualité.
    Avec
    Paroles données, J.-L. Marion reprend quarante entretiens sur une trentaine d'années, tenant parole sans se dédire. Il s'agit, en les rassemblant, de défendre l'art de la conversation contre les idéologies qui transforment le débat public en champ de ruines. Mais aussi de se faire une idée assez juste de son parcours. Les
    Rétrospections livrent une auto-interprétation où les livres se relient dans un projet au fur et à mesure plus conscient de lui-même. Dans
    De la philosophie, on sonde cette discipline sur les points où elle se met en crise. Dans
    De l'amour, il s'agit de retrouver la puissance de cette " raison merveilleuse et imprévue " (Rimbaud), à peine aperçue par la philosophie. Dans
    De quelques penseurs, on esquisse les figures les plus significatives, donc d'abord Heidegger et Levinas. Dans
    De la situation des chrétiens, ce que l'on dit en tant que chrétien s'adresse cependant à tous puisque, par définition, le catholicisme a vocation à l'universalité. Enfin, on ajoute des contributions à la revue
    Le Débat, diagnostiquant un parcours au sein de l'époque du nihilisme.

  • This volume explores the possibilities and pressures of the language of revelation on human understanding. How can we critically account for divine self-disclosure in the linguistically mediated world of human concerns? Does the structure of interpretation limit the language of revelation? Does revelation open up new horizons of critical interpretation? The volume brings together theologians who approach the interactions of revelation and hermeneutics with different perspectives, including various forms of phenomenology and comparative theology. It approaches the theme of revelation - central as it is to the theological endeavour - from several angles rather than a single methodological program. Dealing as it does with revelation and understanding, the volume addresses the foundational issues at stake in the challenges around change, identity, and faithfulness currently facing the church.

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