• 'Cela faisait plus de cinquante ans que je n'étais pas revenu en Algérie où j'étais né, d'où nous étions partis sans rien. J'avais si souvent répété que je n'y retournerais jamais. Et puis une occasion s'est présentée : un festival de cinéma méditerranéen auquel j'étais invité comme juré à Annaba, une ville de l'Est algérien, ma région d'origine. J'ai pris l'avion, j'ai participé au festival, je m'y suis senti bien, j'ai eu l'impression d'une fraternité nouvelle avec eux tous. Mais au moment où, le festival fini, je m'apprêtais à prendre la route des Aurès pour revoir la ville de mon enfance, un événement est survenu, qui a tout arrêté, tout bouleversé. C'est le récit de ce retour cassé que je fais ici.'
    Jean-Noël Pancrazi.

  • La montagne

    Jean-Noël Pancrazi

    Une petite ville d'Algérie, pendant la guerre. Le narrateur a huit ans. Il joue, une après-midi de juin, avec ses camarades, dans la cour de la minoterie où son père travaille. Le chauffeur de l'usine leur propose de les emmener avec lui pour faire un tour dans la montagne où il leur est pourtant interdit d'aller à cause des événements. Inquiet, le jeune narrateur refuse et les laisse partir. Le soir arrive, ils tardent à revenir. Une patrouille militaire part à leur recherche.
    C'est le début d'un drame qui bouleversera l'auteur pour la vie.

  • Indétectable

    Jean-Noël Pancrazi

    Indétectable raconte au plus près la vie de Mady, sans papiers, sur le qui-vive depuis qu'il est venu d'Afrique, il y a dix ans. On le suit dans ses parcours limités à travers Paris, ses peurs, ses détresses, ses démarches inabouties, son amour difficile pour Mariama. On le voit aller d'abri en abri, trouver un temps refuge chez le narrateur, rejoindre parfois ses camarades au foyer, ce petit palace déglingué du Père-Lachaise où l'on palabre, se retrouve, et se tient chaud, et puis repartir avec sa vaillance intacte vers une place qu'on lui accordera peut-être. Ce récit d'une existence fragile et condamnée à l'ombre redonne à Mady une dignité et une densité humaines que le mot neutre, générique et commode de "sans papiers" pourrait faire oublier.

  • Madame Arnoul

    Jean-Noël Pancrazi

    Arrivée dans son adolescence à Batna - petite ville des Aurès -, ne cherchant pas vraiment à atténuer son accent alsacien, se tenant à l'écart des fêtes collectives, délaissée par son mari, madame Arnoul reste une étrangère aux yeux des habitants de la Maison. Elle n'a qu'un ami : l'enfant, qu'elle rejoint, le soir, dans la cour. Quand éclatent les événements d'Algérie, madame Arnoul le sauve d'un attentat, veille à ce qu'il ne soit pas abîmé par le spectacle des violences. Il sera le seul à ne pas la condamner quand elle accomplit des gestes de fraternisation avec les musulmans et finit par passer de l'"autre côté".

  • Alors qu'il neige sur Paris, le narrateur se rend au bar de la rue Thérèse. Depuis son tiroir-caisse, le vieil Auguste veille sur son petit monde : l'aveugle qui rêve encore aux Éphèbes dont il a été dépossédé ; Lucrèce, l'ancienne vedette de L'Heure bleue, le jeune Amer en quête d'un protecteur ; Lydia, la chanteuse canaille ; la bande de Gilles qui forme une élite extravagante de la nuit. Pourtant, cette semaine-là de janvier, tout s'accélère. Est-ce le souvenir de ceux qui ont pris leurs quartiers d'hiver et ne franchissent plus le seuil de velours noir ? La ronde des séductions s'emballe, les rivalités s'aiguisent, des exclusions sont décrétées, comme si, dans le manège précipité des désirs et des sentiments, dans le crescendo des scènes d'euphorie anxieuse et de jouissance panique, tous se hâtaient de conjurer le déclin du plaisir. Prix Médicis 1990

  • "Elle dénouait son foulard, caressait les papillons chiffonnés qui semblaient peu à peu revivre, retrouver leurs couleurs, leurs antennes, leur direction dans le ciel de soie blanche, déboutonnait son manteau, le laissait entrouvert face à l'avion-toboggan dont les ailes jaunes étincelaient dans la nuit, telle une passagère qui se mettrait à l'aise avant d'embarquer, prête à n'importe quel départ devant la première passerelle, me demandait, incapable de se baisser, de défaire les boucles de ses escarpins, de les retirer tout doucement de ses pieds qui n'avaient plus de forme, qui étaient devenus ceux, durcis, figés, emmitouflés, déjà, dans leurs bandeaux de chair bleutée, d'un fantassin centenaire et glacé, qui, loin de tout, n'attendait plus d'ordres que de lui-même et ne tenait debout que par le souvenir de l'honneur inculqué."

  • "C'est fini, je crois", disait-elle. Elle abandonnait le stylo, caressait sur la table la petite pyramide de marbre, le boîtier pour ses bagues, le socle de la lampe noire où était appuyée la carte du "génie aux fleurs" qui continuait à la protéger, les régions de bois, plus pâle et usé où, pendant tant d'années, ses mains s'étaient posées et crispées, puis les feuillets alignés qu'elle aimait traverser de lignes portant, chacune, dans le ciel blanc, en haut de la page, un mot qui était, chaque fois, un peu de son coeur, de sa vie qui s'en allait... Elle restait là, penchée, sans pouvoir pleurer, vers les feuillets comme pour leur demander pardon de les abandonner déjà, de n'avoir plus rien à leur donner, à leur sacrifier. Il lui semblait (et elle frémissait tout entière, comme pour les ressaisir, ne pas les laisser s'enfuir) qu'ils venaient vers elle, du fond du silence de la rue du Delta, tous ses personnages, cette petite troupe ahurie, chavirée et triste, pareille à celle d'une croisière déjà finie, qui allait se séparer après une dernière photo de groupe sur un quai et qui paraissait lui dire de loin : "Tout est passé si vite".

  • Depuis des années, Hélène vient, chaque soir, au Cancan, le cabaret de la rue Caumartin, que son père lui a légué. Mais, cet été-là, elle n'y passe plus qu'en coup de vent, tant elle est hantée par l'amour qu'elle porte à François, un homme marié qu'elle rejoindra peut-être pour quelques heures d'étreintes clandestines à l'hôtel des Roches Rouges Rouges. Son ami, le narrateur, vit une passion parallèle avec William, un jeune comédien qu'il a laissé s'en aller vers l'île de Carloforte avec des camarades de son âge. Quant à Auguste, son vieux compagnon de la nuit, il ne franchit les limites de son quartier et ne domine sa peur du soleil que pour se poster devant l'immeuble de la rue Saint-Maur où Serge lui a permis de monter, une fois, en juin. Le roman est l'histoire de ces passions. Prix Valery-Larbaud 1994

  • Long sejour

    Jean-Noël Pancrazi

    "Il ne me reconnaissait pas quand j'entrais dans la chambre de la Maison Eugénie. Il était étendu sur le lit, dans la veste de son vieux costume gris, aux fines rayures blanches, qu'il gardait en permanence sur son pyjama. De la poche gauche dépassait une bourse pleine de rasoirs Bic jetables ; la manche droite était ceinturée par un brassard où on avait cousu, en grandes lettres bleues, le nom de la clinique, pour qu'on l'y ramenât si jamais il réussissait à s'enfuir : on l'avait plusieurs fois surpris rôdant, à minuit, dans le couloir du long séjour, avec sa valise de cuir brun, aux angles ferrés - celle de tous les déménagements, de tous les adieux ; il butait dans l'obscurité contre les murs, à la recherche de l'escalier principal, tendu, exalté et anxieux, comme si on venait de le convoquer, en pleine nuit, sans lui en indiquer le motif, dans un commissariat, à l'autre bout d'Ajaccio." Jean-Noël Pancrazi.

  • « On dirait qu'ils haïssent l'île où ils sont nés... » Dans un pays que l'auteur, symboliquement, fait accéder à l'indépendance, au sein d'une communauté livrée aux exactions, aux violences, aux crimes des partisans de l'identité à tout prix, un vieil homme compulse les carnets d'un grand poète disparu, tente de retrouver dans ce double le souvenir, les traces, l'essence d'un Age d'or où la beauté, la volupté seules régnaient. Il s'emploie, par la seule magie d'un chant personnel, à reconstituer l'univers qu'il voit se défaire, à conjurer l'« hémorragie soudaine du temps », à privilégier, enfin, l'amour. Ainsi l'espoir revivra. Les époques enchantées recommenceront.

  • « On dirait qu'ils haïssent l'île où ils sont nés... » Dans un pays que l'auteur, symboliquement, fait accéder à l'indépendance, au sein d'une communauté livrée aux exactions, aux violences, aux crimes des partisans de l'identité à tout prix, un vieil homme compulse les carnets d'un grand poète disparu, tente de retrouver dans ce double le souvenir, les traces, l'essence d'un Age d'or où la beauté, la volupté seules régnaient. Il s'emploie, par la seule magie d'un chant personnel, à reconstituer l'univers qu'il voit se défaire, à conjurer l'« hémorragie soudaine du temps », à privilégier, enfin, l'amour. Ainsi l'espoir revivra. Les époques enchantées recommenceront.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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