Langue française

  • "Il paraîtra plaisant de parler de nation européenne à l'heure où certains peuples de l'Europe affirment leur volonté de s'accroître aux dépens de leurs voisins avec une précision que l'histoire n'avait jamais vue, où les autres s'attachent, avec une force accrue d'autant, à conserver leur être menacé, où les moins appétents, parce que les mieux repus, n'admettent pas de résigner la plus petite partie de leur souveraineté. Pourtant, au sein de chacun de ces peuples, il existe des hommes qui veulent unir les peuples, des hommes qui pensent à "faire l'Europe". C'est à eux que je m'adresse. Souhaitant de donner à leur désir au moins l'incarnation verbale, je les nomme la nation européenne.

    Je ne m'adresse pas à tous. Parmi ces hommes, les uns cherchent ce que l'Europe, pour gagner l'existence, devra faire dans l'ordre politique, d'autres dans l'ordre économique, d'autres dans l'ordre juridique. Je n'ai point qualité pour retenir leur audience. D'autres pensent à la révolution qu'elle devra accomplir dans l'ordre intellectuel et moral. C'est à ceux-là que je parle."

  • Dans une première partie, l'auteur s'emploie à montrer, sous ses aspects multiples dont certains pourraient donner le change, la volonté de la littérature actuelle de rompre brutalement avec les moeurs de l'intellectualisme et de constituer une activité spécifique, celle de la littérature pure ; entre autres sa volonté, maintes fois signifiée par ses représentants les plus patentés, de ne valoir que par la forme et de tenir l'idée pour de nulle importance. C'est ce qu'il appelle l'attitude byzantine de cette littérature. Dans une deuxième partie, l'auteur se demande si l'anti-intellectualisme, et plus généralement le byzantinisme, ne serait pas l'essence même de la littérature, l'histoire consistant dans une succession d'intrusions de l'intellectualisme dans la littérature puis de contre-attaques de celle-ci pour recouvrer sa vraie nature. Il montre ce double mouvement dans la littérature grecque, dans la littérature latine, dans la littérature française, où le retour de la littérature à sa pureté native connaît enfin, avec les Gide, les Valéry, les Giraudoux, un triomphe total. Il esquisse à ce sujet une psychologie originelle du littérateur, qui semble n'avoir été jamais tentée. Il termine en se demandant si cette littérature byzantine ne pourrait pas connaître, en raison notamment des circonstances politiques, un avenir beaucoup plus assuré que certains ne croient. Julien Benda (1945)

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • "Le présent écrit est sorti directement de mes deux précédents ouvrages, La Trahison des Clercs et La Fin de l'Eternel, dont il est comme la conclusion nécessaire. Réfléchissant de plus en plus profondément, sous la pression même de mes lecteurs, à l'opposition que j'avais marquée dans ces ouvrages entre 'laïcs' et 'clercs', j'en vins à me persuader qu'elle manifeste, au fond, l'opposition de deux éternelles volontés de l'Être : d'une part, sa volonté de s'affirmer, et de plus en plus, en tant que déterminé ou phénoménal ; d'autre part, sa volonté de se nier en tant que tel pour revenir à l'Être infini. Promu à cette pensée, je ne m'employai plus qu'à clarifier ces idées d'Être infini, d'être phénoménal et celle de leur rapport mutuel. C'est le fruit de ce travail que je publie aujourd'hui. Ceux qui trouvèrent considérable l'opposition que je dénonçai dans mes deux premiers livres la retrouveront donc ici, mais entre des vouloirs éternels, non entre des personnes. Certains regretteront que je n'aie pas tout de suite adopté ce plan de l'impersonnel, oubliant que ma condition d'homme m'imposait de n'y monter que par la voie de l'incarné, selon le soupir du poète : Mens hebes ad verum per materialia surgit !" Julien Benda

  • Les hommes qui occupent aujourd'hui la portion du globe appelée France présentent des conditions, que je préciserai plus loin, par lesquelles ils forment une nation. Je voudrais, considérant les occupants de cette même terre il y a plusieurs siècles et la chaîne de leurs successeurs, suivre comment ils parvinrent à acquérir ces conditions.

  • "Eleuthère reste les yeux fixés sur le carton qui supporte cet avis. Il sent quelque tristesse à évoquer la rancoeur de ces bons hobereaux, forcés de mêler leur sang à ce sang roturier, la résignation de cette grande jeune fille au visage doux et grave, avec laquelle il aime de converser dans quelque coin de fumoir quand il s'égare dans le siècle. Toutefois son âme est ainsi faite qu'elle ne s'arrête pas longtemps aux personnes, fussent-elles dans la peine, lui fussent-elles amies. Ce qui le tient maintenant, c'est la vue de toute une classe contrainte de plus en plus à des unions de ce genre. Puis il ne s'arrête même plus à son temps, cet autre accident. C'est au long de toute l'histoire qu'il découvre les grands s'évertuant à maintenir la pureté de leur essence - caste, c'est-à-dire chaste, qui refuse l'apport impur ; cette équation le séduit - et finissant toujours par succomber, par subir le mélange, par l'appeler." Julien Benda

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