• Moscou des années 70. Igor, le chirurgien, Irène, son épouse, Julia, Vladimir, le peintre, et Ruben, le poète, appartiennent à un groupe d'amis plutôt bohèmes qui ne vivent que pour l'art et la poésie.

  • La guerre, le goulag, le cancer, l'exil : Soljenitsyne semble résumer la tragédie des cinquante dernières années. mais la Russie, broyeuse de destins humains, dévoreuse d'écrivains, a achoppé sur celui-ci, qui a survécu au « grand jeu de cartes » que s'était offert Staline, puis ses successeurs. Il en est sorti écrivain, authentiquement, insolemment russe. Dans la danse macabre qui anime les sous-sols de notre siècle, tout en marron et en gris, l'homme et l'écrivain vont s'enlacer et, selon l'angle choisi, offrent au regard la douceur du voyage ou la terreur du gouffre. Luba Jurgenson, elle-même russe, romancière, traductrice notamment de Nina Berberova, a perçu la voix même et les silences intérieurs de Soljenitsyne au détour de ses principaux livres et des événements marquants de sa vie. Cette biographie paraît alors que l'Union soviétique est à la croisée des chemins et que l'on se demande quelle voie choisira Soljenitsyne qui continue d'incarner une certaine idée du destin russe.

  • Découvrez Trois contes allemands, le livre de Luba Jurgenson. "Eh oui, la langue a le pouvoir de raconter à notre place notre passé, sans nul doute, mais je crains qu'elle n'ait aussi cette emprise sur notre futur, c'est pourquoi il convient de bien choisir la sienne. En vouant mes filles à l'anglais, je partais de l'idée que les derniers cataclysmes vécus dans cette langue remontaient à la peste de Londres. (Ce sont peut-être mes lacunes en histoire qui me font dire cela, mais le fait même que ces lacunes puissent exister prouve que j'ai raison. Qui, de nos jours, en parlant des catastrophes ayant secoué l'Allemagne, penserait en premier lieu à la guerre de Trente ans ?). En leur racontant mon histoire en anglais, je l'arrangeais de façon qu'elle entre dans le nouvel emballage. A présent, l'allemand suintait à travers les syllabes lisses que j'avais forgées..." Voici trois temps forts de l'Histoire qui nous entraînent du fond de la Poméranie de 1913 jusqu'au Berlin de 1933, puis du New York des années 50 au Nuremberg de 1946, en passant par le Saint-Pétersbourg de 1880 et le Moscou des années 90. Trois drames de la judéité qui se jouent sur la scène intime des mots, des noms et des accents refoulés.

  • Alors que la rupture de 1989 semble avoir congédié pour de bon l'esthétique de l'engagement, force est de constater que la réflexion sur littérature et politique reste bien vivante, toujours en quête d'exemples historiques de rapports moins instrumentaux entre ces deux pratiques. La convergence entre les avant-gardes du premier XXe siècle et l'anarchisme politique n'a cessé, de ce point de vue, de susciter l'intérêt. Jürgen Habermas a par exemple noté le parallélisme entre l'anarchisme comme mouvement de table rase politique et le programme esthétique des avant-gardes, cherchant à placer l'oeuvre hors de toute continuité historique. Les contributions du présent numéro proposent différents éclairages de cette convergence. Dans la perspective de l'histoire des idées, le primat absolu de l'individu (à la manière de Stirner), et de sa capacité à transformer le réel, entre en résonance avec la figure de l'artiste d'avant-garde qui fait revivre l'idéal du démiurge romantique. À l'époque de la critique des institutions étatiques ou des corps intermédiaires au nom d'un idéal de démocratie radicale, la littérature a pu apparaître comme un « acte pur », permettant à celui qui la pratique d'agir directement sur la société, à l'instar des jeteurs de bombe de la fin du XIXe siècle. Ainsi, la littérature moderniste et l'anarchisme se rapprochent également par leur refus commun de la « représentation », au sens aussi bien politique qu'esthétique : ce refus peut-il pour autant ouvrir sur de nouvelles pratiques politiques ou intellectuelles ? De la fin du XIXe siècle français jusqu'à l'Allemagne de la Fraction armée rouge, en passant par les révolutions russe et chinoise, il s'agit donc dans ce dossier, à travers la référence à l'anarchisme, d'interroger plus généralement la dimension politique de la pragmatique littéraire.

  • Dans l'Allemagne des années 40-46, le destin de deux hommes, l'un aristocrate déchu, l'autre artiste juif assimilé, leur amour pour la même femme et leur affrontement à travers l'horreur de la guerre.

  • A la fin des années 1870, Léon Tolstoï vit une crise spirituelle. Tous les doutes qui l'ont assailli jusqu'alors, portés à leur paroxysme, trouvent leur dénouement dans ce qu'il appelle sa seconde naissance. Dès lors il tente de donner à sa foi retrouvée une forme en accord avec son être profond, de dire également son expérience mystique déjà exprimée, de diverses manières, dans le destin de certains de ses personnages. Ainsi, peu à peu, se superpose à sa personnalité d'écrivain celle d'un maître spirituel qui attire des disciples des quatre coins de la Russie et du monde entier. Cela ne signifie pas pour autant que le Tolstoï spirituel naît seulement à cette époque. Toute sa vie est ponctuée de questions douloureuses sur le sens de la vie. Le néant hors de Dieu s'articule autour de la problématique du vide, deux abîmes qui hantent la littérature russe de Dostoïevski à Nabokov. En fait, le Tolstoï mystique, pressentant à l'avance les terribles bouleversements du XXe siècle à venir, a toujours existé ; il a été jusqu'à renier son propre art et l'art en général coupable, selon lui, de déformer et d'enjoliver. C'est sous cet angle de l'artiste inséparable du mystique qu'il est ici révélé, de manière renouvelée et élargie, affrontant toutes les contradictions pour tenter d'approcher la lumière.

  • Qui est vraiment cet homme, déguisé en prolétaire ivrogne et enfermé dans une vitrine de musée provincial en Russie? Par une jeune femme née à Moscou, auteur de Avoir sommeil.

  • Luba Jurgenson a quitté Moscou à l'âge de 17 ans pour s'installer en France en 1975. Son roman, Une autre vie, pourrait n'être qu'une méditation sur l'exil, si la narratrice ne se proposait de rendre le regard d'une enfant, puis d'une adolescente, sur l'histoire sociale et quotidienne de la Russie (plus particulièrement, Moscou) durant les années soixante et la moitié de la décennie suivante. Un regard dont l'ambition est de dévoiler, dans un monde désaccordé, le son juste. Un regard, aussi, qui s'attache à débusquer la violence qui s'instaure entre les citoyens de cet État totalitaire. Là, l'écriture transfigure l'expérience. La restitution d'une histoire sensible, dans le dialogue que l'adolescente entreprend avec la correspondance d'un oncle mort à Babi Yar, lui permet de comprendre que le moment du départ est aussi insaisissable que le moment de la mort, et la rupture entre les deux mondes aussi impensable que celle entre la vie et l'au-delà.

empty