• Édition enrichie de Nathalie Freidel comportant une préface et un dossier sur l'oeuvre.

    De même que deux vers de Racine suffisent à reconnaître la main du maître, deux lignes de Sévigné signalent immédiatement le style, le savoir-faire, la langue inimitables de l'épistolière. Encline au libertinage intellectuel, réfractaire à l'endoctrinement, Mme de Sévigné (1626-1696) est le pur produit de la société du loisir lettré. Ses lettres témoignent de ce besoin de tourner toute chose en dérision : ses contemporains, dont elle excelle à fournir des portraits satiriques, comme elle-même. Par le détour du pastiche, de l'ironie et de l'humour, elle dresse un portrait de soi parmi les plus vivants, les plus audacieux et les plus émouvants de son siècle. Mais les lettres consacrées aux opérations militaires, à la révolte de la Bretagne, à l'exil des rois d'Angleterre ainsi que l'intérêt porté à la politique familiale des Grignan en Provence dévoilent aussi un engagement sur un terrain où les femmes étaient loin d'être les bienvenues. Par son rayonnement - de la vie mondaine à la sphère politique en passant par l'intime - et son ton unique, Mme de Sévigné fait souffler un vent de liberté dans le classicisme français.

  • Lettres

    Madame De Sévigné

    Madame de Sévigné, célèbre sans avoir jamais rien publié, demeure sans doute l'écrivain français le plus cité et le moins connu.Le mariage de sa fille, en 1670, avec le comte de Grignan, le départ de cette fille idôlatrée pour la Provence marquent le début d'une correspondance qui veut d'abord et surtout combler le vide de l'absence.En marge du Grand Siècle et de ses oeuvres d'apparat, les Lettres de Madame de Sévigné sont un peu la conscience intime de son temps. En même temps, au fil des années s'approfondit un de nos plus grands écrivains du moi, qu'il n'est pas injuste de placer entre Montaigne et Stendhal. De la mode à la Mort, de Dieu à l'argent, tout se glisse dans la lettre à travers le prisme d'un amour à la fois sombre et lumineux. La raison des classiques y côtoie une imagination souvent fantastique ; la sagesse s'y même à la folie, le besoin de séduire à celui de se dire.

  • "Je vous embrasse, ma chère bonne. Si vous pouvez, aimez-moi toujours, puisque c'est la seule chose que je souhaite en ce monde pour la tranquillité de mon âme. Je souhaite bien d'autres choses pour vous. Enfin tout tourne ou sur vous, ou de vous, ou pour vous, ou par vous."
    (23 mars 1671)
    Pendant près d'un demi-siècle, Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné (1626-1696), a écrit des centaines de lettres à ses amis et à son entourage, mais surtout à sa fille après son mariage avec M. de Grignan en 1669. Publiée au XVIIIe siècle, cette correspondance privée sera unanimement célébrée et servira de modèle à des générations.

  • Les lettres de la marquise de Sévigné sont considérées aujourd'hui comme l'un des plus beaux témoignages sur le siècle de Louis XIV. D'une plume alerte et enjouée, l'épistolière raconte à ses nombreux correspondants les grands événements de son temps, du procès du surintendant Fouquet à l'exécution des grandes empoisonneuses. Mais cette correspondance est surtout le plus vibrant témoignage d'amour d'une mère à sa fille, à qui la marquise enverra des centaines de lettres pour lui faire part aussi bien des derniers potins de la ville que de sa tendresse sans limite.

  • Extrait :
    "DE MADAME DE SEVIGNE AU COMTE DE BUSSY. A Paris, ce 25 novembre 1655. Vous faites bien l'entendu, M. le comte ; sous ombre que vous écrivez comme un petit Cicéron, vous croyez qu'il vous est permis de vous moquer des gens : à la vérité, l'endroit que vous avez remarqué m'a fait rire de tout mon coeur ; (...)"

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