• « Entre le retour du fanatisme religieux et la molle dictature des bureaucraties d'État, la raison critique aurait-elle capitulé ? Le citoyen-Dieu, bercé par les flonflons du bicentenaire de la Révolution, laissera-t-il célébrer son propre culte jusqu'au sacrifice final ? Des soubresauts de l'Islam à l'Évangile mondial des droits de l'Homme, l'urgente nécessité de revenir sur l'autonomie dont bénéficie le théologique se fait sentir. Pouvons-nous continuer de vivre à l'abri de la pseudo-frontière séparant la raison du fabuleux ? Parce qu'il croit à la survie de la raison, Manuel de Diéguez souhaite en finir avec le "théologique pur", cher à Carl Schmitt, pour s'engager, courageusement, dans une analyse critique des distinctions artificielles établies par les historiens entre le religieux et le politique. Il pose ainsi les fondements de ce qui pourrait être une authentique "science des religions". Depuis Voltaire, la raison n'en finit pas de tourner autour du sacré. Elle ne parvient pourtant pas à formuler les principes d'une pensée rendant compte de ces structures mythiques et de l'espèce d'hommes qui les ont forgées. Manuel de Diéguez s'efforce de prendre la mesure du génie politique, de l'élévation morale et de la folie féconde des Moïse, Mahomet, Paul et autres Bouddha, dont les songes ont discipliné le genre humain et guidé les premiers pas des nations. Il s'attache à spectrographier la stratégie des symboles qui donne sa logique interne aux constructions théologiques. Il montre combien notre rationalisme officiel, et ses "théories scientifiques", se trouve pénétré par les mythologies. La force de ce texte iconoclaste, blasphématoire même, réside dans la brûlure glacée de sa lucidité. Puissions-nous enfin, avec Manuel de Diéguez, devenir lucides à l'égard de nos premiers pédagogues. » Thierry Pfister

  • La grande poésie veut donner un sens au monde, donc à l'Histoire, où l'aventure humaine se déploie à l'échelle de la terre. Mais comment lui en donner un, dès lors que le Dieu dé Bossuet ne tient plus « tous les fils de l'univers dans sa main » ? Alors l'épopée bute sur l'assassinat ; et le poète ne sait plus comment répondre à l'essence meurtrière de l'Histoire. Il essaie donc des cosmogonies de substitution au coeur desquelles, toujours, un cadavre vient étouffer sa voix. Cette errance du poète moderne, ces pages voudraient l'illustrer à propos de Chateaubriand, exemplaire témoin. Mais à travers le nomadisme cosmogonique, en quelque sorte, de la parole poétique, c'est le problème de l'« engagement » qui se dévoile enfin, non plus seulement du point de vue des exigences propres à l'Histoire, mais de celles particulières à la grande création littéraire. Car un mythe poétique semble révéler ici son profond empire, celui d'Orphée. N'est-ce pas une manière de descente à l'Hadès du poète que cette recherche des ruines et des tombes, des cités évanouies et des déserts, ostensibles sépulcres où l'homme se complaît à son propre effacement ? Mais l'Eurydice que ce poète va chercher aux enfers pourrait bien n'être que le cadavre de l'Histoire elle-même. Quelle loi du sang, au coeur de l'Histoire, empêche donc cette Eurydice-là de ressusciter ? « Poésie, connaissance orphique de la terre », dit Mallarmé. Si la haute poésie est donc aussi une résurrection, comment peut-elle s'accomplir lorsque le poète est épique, c'est-à-dire lorsque le meurtre lui saute à la face ? La réponse à cette question est peut-être dans une comparaison de la poésie de Chateaubriand avec celle, non moins épique, mais toute résurrectionnelle, de Saint-John Perse. Enfin, si la mort et la résurrection d'un dieu parlent au plus secret de la poésie, peut-être un lien pourrait-il se faire voir entre la poésie et le sacré, et nos civilisations elles-mêmes commencer de s'éclairer sur les pentes opposées qui descendent à la nuit ou remontent du tombeau.

  • Est-il encore possible de soutenir que Dieu existe hors du coeur de l'homme qui forge à travers lui son élévation et son destin ? Il faudrait alors proclamer du moins que les musulmans, les juifs et les chrétiens adorent le même Dieu sans le savoir, car sur la planète devenue plus petite, les divers monothéismes s'affrontent, nous plaçant devant un véritable polythéisme de fait. Mais que deviendraient alors les religions polythéistes ? Interrogeant les quatre plus grands apologistes français du christianisme à l'aide de la méthode critique mise au point dans l'Écrivain et son langage, l'auteur cherche à cerner le Dieu humain qui parle au coeur de ces grandes voix. Il constate d'abord que le système du monde (ou cosmogonie) sur lequel s'appuie le christianisme, n'est pas du tout le même chez nos quatre apologistes, et que leur théologie diffère davantage de l'un à l'autre que s'ils appartenaient à des religions différentes. Bossuet veut un Dieu roi du Ciel et de la terre, jetant avec superbe « juifs et gentils au tombeau » ; Pascal veut un Dieu du vertige et du vide, Dieu étranger à la physique et aux sciences, et qui ne permet pas de lire l'histoire des rois, des empires, des capitaines ; Chateaubriand veut voir mourir les civilisations pour nourrir un christianisme désespéré par la fuite du temps. Claudel, enfin, veut égaler la strophe poétique au cycle de l'éternité, et faire du coeur humain l'horloge de l'univers. Il faut donc chercher le sacré dans ce que ces voix ont de commun, non dans ce que leurs théologies diverses ont d'inconciliable. Et c'est un cycle de la mort et de la résurrection ; une descente à l'abîme et une remontée à la lumière. Chez Bossuet, un verbe régnant se penche éternellement sur le gouffre de la colère divine et s'en arrache par la pompe et la gloire de la parole de prédication : il y faut un Dieu qui soit assis comme un roi sur son trône, et qui manie la foudre. Chez Pascal, une pensée logicienne s'enferme rigoureusement dans les évidences euclidiennes, et en formule les tautologies avec trois siècles d'avance sur les logiciens modernes, afin d'assurer le cycle de la chute dans l'infiniment petit et la remontée à l'infiniment grand de sa voix. Chez Chateaubriand, le système des « harmonies de la nature » se plaque comme une pièce rapportée sur le cycle de la descente dans l'oubli et d'un avènement du règne de la mémoire. C'est que ce poète manque de la théologie nécessaire à sa voix. Chez Claudel le cycle de la mort et de la naissance s'exprime par une véritable reconstruction cosmogonique de l'univers où l'Art Poétique dit la théologie. Le poète enfante délibérément le système du monde nécessaire à son chant. Tous ces cycles d'une descente à l'Hadès et d'une remontée au jour réconcilient la démarche orphique avec celle des dieux eux-mêmes, qui descendent tous aux enfers pour ressusciter. A partir de là s'ouvrent deux voies : l'une permet d'écrire une histoire orphique, donc religieuse, de la poésie de Baudelaire au surréalisme, que ses dimensions n'ont pas permis d'insérer dans le présent volume, l'autre est d'ordre philosophique, et s'interroge sur la portée du cycle de la nuit et du jour dans le destin de l'esprit. Elle aboutit à une histoire de la raison comme arme mystique par excellence, toujours s'arrachant au savoir arrêté, et rouvrant un champ de ténèbres à l'esprit. En ce siècle de la remise en question des croyances, peut-on désembourber l'exégèse, arrêtée depuis la Profession de foi du vicaire savoyard entre l'impossibilité de séparer le sacré de l'histoire terrestre, et l'absurdité de faire trôner des dieux dans le ciel ? Entre le matérialisme et l'orthodoxie, y a-t-il un chemin qui dise le drame de l'amour et de l'offrande, le sens du sacrifice humain et de la renaissance de l'homme à partir de sa cendre ?

  • Par l'universalité d'un modèle de République qui a converti l'Europe à la démocratie, sinon à la laïcité, la France a prouvé aux peuples qu'une nation sans liberté de la pensée n'est qu'une geôle, et qu'une liberté de la raison sans nation pour l'incarner n'est qu'un songe. Mais le moment n'est-il pas venu de transcender la conquête des droits civiques, dont les principes de 1789 demeureront, de toute façon, les porte-voix à l'échelle planétaire ? L'heure n'a-t-elle pas sonné de se demander comment un État philosophique doit féconder la création dans tous les ordres ? Si le poids temporel de la France n'est plus à l'échelle des cinq continents, quelle sera la portée de sa vocation intellectuelle, celle qui tient son autorité de l'universalité de la pensée ? Le messianisme français de la raison sera-t-il capable d'inspirer la réflexion théorique dans les sciences expérimentales, de revivifier la sociologie, de conduire à une vraie science des mythologies religieuses, d'armer la sagesse politique, de redonner un souffle élévatoire à la compréhension de l'histoire, de nourrir l'élan des Lettres et des Arts ? Les Révolutions véritables sont des régénératrices de l'intelligence. Mais elles enfantent leurs Sancho et leurs Quichotte. Elles se développent donc sur deux versants : celui des États bureaucratiques, qui font prospérer leurs curies, et celui de l'esprit, qui fait naître les éveilleurs et les vigies. J'ai tenté de m'inspirer d'une République qui a fait de la France une émancipatrice des cerveaux. Il faut croire au destin d'un État pensant et d'un peuple de la raison ; il faut croire en l'avenir d'un pays dont les écrivains, les poètes, les philosophes pèsent la condition humaine sur les balances de l'universel.

  • La grande poésie veut donner un sens au monde, donc à l'Histoire, où l'aventure humaine se déploie à l'échelle de la terre. Mais comment lui en donner un, dès lors que le Dieu dé Bossuet ne tient plus « tous les fils de l'univers dans sa main » ? Alors l'épopée bute sur l'assassinat ; et le poète ne sait plus comment répondre à l'essence meurtrière de l'Histoire. Il essaie donc des cosmogonies de substitution au coeur desquelles, toujours, un cadavre vient étouffer sa voix. Cette errance du poète moderne, ces pages voudraient l'illustrer à propos de Chateaubriand, exemplaire témoin. Mais à travers le nomadisme cosmogonique, en quelque sorte, de la parole poétique, c'est le problème de l'« engagement » qui se dévoile enfin, non plus seulement du point de vue des exigences propres à l'Histoire, mais de celles particulières à la grande création littéraire. Car un mythe poétique semble révéler ici son profond empire, celui d'Orphée. N'est-ce pas une manière de descente à l'Hadès du poète que cette recherche des ruines et des tombes, des cités évanouies et des déserts, ostensibles sépulcres où l'homme se complaît à son propre effacement ? Mais l'Eurydice que ce poète va chercher aux enfers pourrait bien n'être que le cadavre de l'Histoire elle-même. Quelle loi du sang, au coeur de l'Histoire, empêche donc cette Eurydice-là de ressusciter ? « Poésie, connaissance orphique de la terre », dit Mallarmé. Si la haute poésie est donc aussi une résurrection, comment peut-elle s'accomplir lorsque le poète est épique, c'est-à-dire lorsque le meurtre lui saute à la face ? La réponse à cette question est peut-être dans une comparaison de la poésie de Chateaubriand avec celle, non moins épique, mais toute résurrectionnelle, de Saint-John Perse. Enfin, si la mort et la résurrection d'un dieu parlent au plus secret de la poésie, peut-être un lien pourrait-il se faire voir entre la poésie et le sacré, et nos civilisations elles-mêmes commencer de s'éclairer sur les pentes opposées qui descendent à la nuit ou remontent du tombeau.

  • Est-il encore possible de soutenir que Dieu existe hors du coeur de l'homme qui forge à travers lui son élévation et son destin ? Il faudrait alors proclamer du moins que les musulmans, les juifs et les chrétiens adorent le même Dieu sans le savoir, car sur la planète devenue plus petite, les divers monothéismes s'affrontent, nous plaçant devant un véritable polythéisme de fait. Mais que deviendraient alors les religions polythéistes ? Interrogeant les quatre plus grands apologistes français du christianisme à l'aide de la méthode critique mise au point dans l'Écrivain et son langage, l'auteur cherche à cerner le Dieu humain qui parle au coeur de ces grandes voix. Il constate d'abord que le système du monde (ou cosmogonie) sur lequel s'appuie le christianisme, n'est pas du tout le même chez nos quatre apologistes, et que leur théologie diffère davantage de l'un à l'autre que s'ils appartenaient à des religions différentes. Bossuet veut un Dieu roi du Ciel et de la terre, jetant avec superbe « juifs et gentils au tombeau » ; Pascal veut un Dieu du vertige et du vide, Dieu étranger à la physique et aux sciences, et qui ne permet pas de lire l'histoire des rois, des empires, des capitaines ; Chateaubriand veut voir mourir les civilisations pour nourrir un christianisme désespéré par la fuite du temps. Claudel, enfin, veut égaler la strophe poétique au cycle de l'éternité, et faire du coeur humain l'horloge de l'univers. Il faut donc chercher le sacré dans ce que ces voix ont de commun, non dans ce que leurs théologies diverses ont d'inconciliable. Et c'est un cycle de la mort et de la résurrection ; une descente à l'abîme et une remontée à la lumière. Chez Bossuet, un verbe régnant se penche éternellement sur le gouffre de la colère divine et s'en arrache par la pompe et la gloire de la parole de prédication : il y faut un Dieu qui soit assis comme un roi sur son trône, et qui manie la foudre. Chez Pascal, une pensée logicienne s'enferme rigoureusement dans les évidences euclidiennes, et en formule les tautologies avec trois siècles d'avance sur les logiciens modernes, afin d'assurer le cycle de la chute dans l'infiniment petit et la remontée à l'infiniment grand de sa voix. Chez Chateaubriand, le système des « harmonies de la nature » se plaque comme une pièce rapportée sur le cycle de la descente dans l'oubli et d'un avènement du règne de la mémoire. C'est que ce poète manque de la théologie nécessaire à sa voix. Chez Claudel le cycle de la mort et de la naissance s'exprime par une véritable reconstruction cosmogonique de l'univers où l'Art Poétique dit la théologie. Le poète enfante délibérément le système du monde nécessaire à son chant. Tous ces cycles d'une descente à l'Hadès et d'une remontée au jour réconcilient la démarche orphique avec celle des dieux eux-mêmes, qui descendent tous aux enfers pour ressusciter. A partir de là s'ouvrent deux voies : l'une permet d'écrire une histoire orphique, donc religieuse, de la poésie de Baudelaire au surréalisme, que ses dimensions n'ont pas permis d'insérer dans le présent volume, l'autre est d'ordre philosophique, et s'interroge sur la portée du cycle de la nuit et du jour dans le destin de l'esprit. Elle aboutit à une histoire de la raison comme arme mystique par excellence, toujours s'arrachant au savoir arrêté, et rouvrant un champ de ténèbres à l'esprit. En ce siècle de la remise en question des croyances, peut-on désembourber l'exégèse, arrêtée depuis la Profession de foi du vicaire savoyard entre l'impossibilité de séparer le sacré de l'histoire terrestre, et l'absurdité de faire trôner des dieux dans le ciel ? Entre le matérialisme et l'orthodoxie, y a-t-il un chemin qui dise le drame de l'amour et de l'offrande, le sens du sacrifice humain et de la renaissance de l'homme à partir de sa cendre ?

  • Depuis que la connaissance scientifique, de causaliste qu'elle était encore au début du siècle, est devenue structuraliste, la réflexion sur les fondements psychologiques, de la certitude - donc sur les fondements mêmes de la notion de « vérité » - cherche à reprendre sa place dans une métaphysique iconoclaste. Est-il possible d'esquisser une psychanalyse de la notion d'intelligibilité ? Quels sont les mécanismes inconscients et impératifs du « convaincant » dans tout savoir prédéfini comme objectif ? Pourquoi jugeons-nous intelligible le constant ? Voici une réflexion sur le vocabulaire mythique porteur de « l'intelligibilité » dans la physique classique, la génétique, l'ethnologie de C. Lévi-Strauss, l'économie politique d'Althusser, la linguistique. Il s'agissait d'éveiller l'attention sur la structure tautologique du savoir et sur l'arène de son piétinement rentable. La philosophie devenait une « maïeutique du vide ». une redécouverte du non-sens absolu de la course de la matière dans le vide. Cependant, l'étude du langage de Lacan conduit à mettre en évidence la structure cyclique de la conscience de soi, toujours prise au piège de sa propre image dans ces miroirs que sont nos « corps mentaux ». Les mathématiques elles-mêmes en forgent. L'étude de la conscience imageante propre à la politique, aux sciences, à la métaphysique, à la mystique permet d'esquisser une problématique générale du savoir sur les chemins du temps. La philosophie, en son audace propre, demeure l'ascèse de la descente dans le non savoir (nescience). Seuls le poète ou le dieu remontent vers la lumière... Il ne s'agissait donc ici, par une spéléologie de la compréhensibilité, que de démasquer l'idole fondamentale qu'est « l'arbre de la connaissance » en sa copie baptismale et magique de la constance. Peut-être le moment est-il venu de placer, par de modestes moyens, l'humanisme comme la théologie en face d'une critique radicale de leur re-présentation, afin que, par-delà l'univers pléthorique de la prévisibilité, resurgissent la vocation, la tension et le tragique de la transcendance.

  • Depuis que la connaissance scientifique, de causaliste qu'elle était encore au début du siècle, est devenue structuraliste, la réflexion sur les fondements psychologiques, de la certitude - donc sur les fondements mêmes de la notion de « vérité » - cherche à reprendre sa place dans une métaphysique iconoclaste. Est-il possible d'esquisser une psychanalyse de la notion d'intelligibilité ? Quels sont les mécanismes inconscients et impératifs du « convaincant » dans tout savoir prédéfini comme objectif ? Pourquoi jugeons-nous intelligible le constant ? Voici une réflexion sur le vocabulaire mythique porteur de « l'intelligibilité » dans la physique classique, la génétique, l'ethnologie de C. Lévi-Strauss, l'économie politique d'Althusser, la linguistique. Il s'agissait d'éveiller l'attention sur la structure tautologique du savoir et sur l'arène de son piétinement rentable. La philosophie devenait une « maïeutique du vide ». une redécouverte du non-sens absolu de la course de la matière dans le vide. Cependant, l'étude du langage de Lacan conduit à mettre en évidence la structure cyclique de la conscience de soi, toujours prise au piège de sa propre image dans ces miroirs que sont nos « corps mentaux ». Les mathématiques elles-mêmes en forgent. L'étude de la conscience imageante propre à la politique, aux sciences, à la métaphysique, à la mystique permet d'esquisser une problématique générale du savoir sur les chemins du temps. La philosophie, en son audace propre, demeure l'ascèse de la descente dans le non savoir (nescience). Seuls le poète ou le dieu remontent vers la lumière... Il ne s'agissait donc ici, par une spéléologie de la compréhensibilité, que de démasquer l'idole fondamentale qu'est « l'arbre de la connaissance » en sa copie baptismale et magique de la constance. Peut-être le moment est-il venu de placer, par de modestes moyens, l'humanisme comme la théologie en face d'une critique radicale de leur re-présentation, afin que, par-delà l'univers pléthorique de la prévisibilité, resurgissent la vocation, la tension et le tragique de la transcendance.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Par l'universalité d'un modèle de République qui a converti l'Europe à la démocratie, sinon à la laïcité, la France a prouvé aux peuples qu'une nation sans liberté de la pensée n'est qu'une geôle, et qu'une liberté de la raison sans nation pour l'incarner n'est qu'un songe. Mais le moment n'est-il pas venu de transcender la conquête des droits civiques, dont les principes de 1789 demeureront, de toute façon, les porte-voix à l'échelle planétaire ? L'heure n'a-t-elle pas sonné de se demander comment un État philosophique doit féconder la création dans tous les ordres ? Si le poids temporel de la France n'est plus à l'échelle des cinq continents, quelle sera la portée de sa vocation intellectuelle, celle qui tient son autorité de l'universalité de la pensée ? Le messianisme français de la raison sera-t-il capable d'inspirer la réflexion théorique dans les sciences expérimentales, de revivifier la sociologie, de conduire à une vraie science des mythologies religieuses, d'armer la sagesse politique, de redonner un souffle élévatoire à la compréhension de l'histoire, de nourrir l'élan des Lettres et des Arts ? Les Révolutions véritables sont des régénératrices de l'intelligence. Mais elles enfantent leurs Sancho et leurs Quichotte. Elles se développent donc sur deux versants : celui des États bureaucratiques, qui font prospérer leurs curies, et celui de l'esprit, qui fait naître les éveilleurs et les vigies. J'ai tenté de m'inspirer d'une République qui a fait de la France une émancipatrice des cerveaux. Il faut croire au destin d'un État pensant et d'un peuple de la raison ; il faut croire en l'avenir d'un pays dont les écrivains, les poètes, les philosophes pèsent la condition humaine sur les balances de l'universel.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • « C'est au printemps 1982 que les responsables du Monde Dimanche (le supplément de fin de semaine du Monde) m'ont demandé de les aider à coordonner la réalisation d'un projet qui paraissait a priori difficile à mettre en place : offrir aux lecteurs du journal douze "leçons de philosophie", rédigées par des philosophes français contemporains et destinées à s'échelonner sur les douze dimanches de l'été suivant, de juillet à septembre. « Que ce projet ait pu finalement être mené à bien et qu'il ait rencontré la faveur du public, le lecteur en a la preuve dans le fait qu'après avoir été réunies en brochure dans la série Dossiers et documents du Monde, brochure rapidement épuisée, ces douze leçons font aujourd'hui l'objet d'une réédition sous forme de livre. « L'ordre des thèmes retenus reflète plus ou moins l'esprit du programme de philosophie de ce qu'on appelle en France la classe Terminale, cette classe étrange et ambiguë située à la charnière de l'enseignement secondaire et de l'enseignement supérieur. Ce programme, comme on sait, va de la conscience vers la société, du psychologique vers le collectif, du pulsionnel vers l'institutionnel ; en un mot, du "subjectif" vers "l'objectif". De même, notre table des matières, reflet de l'ordre chronologique de publication des textes, exprime un mouvement du soi vers l'autre ou des réalités individuelles vers les phénomènes collectifs. »

  • « C'est au printemps 1982 que les responsables du Monde Dimanche (le supplément de fin de semaine du Monde) m'ont demandé de les aider à coordonner la réalisation d'un projet qui paraissait a priori difficile à mettre en place : offrir aux lecteurs du journal douze "leçons de philosophie", rédigées par des philosophes français contemporains et destinées à s'échelonner sur les douze dimanches de l'été suivant, de juillet à septembre. « Que ce projet ait pu finalement être mené à bien et qu'il ait rencontré la faveur du public, le lecteur en a la preuve dans le fait qu'après avoir été réunies en brochure dans la série Dossiers et documents du Monde, brochure rapidement épuisée, ces douze leçons font aujourd'hui l'objet d'une réédition sous forme de livre. « L'ordre des thèmes retenus reflète plus ou moins l'esprit du programme de philosophie de ce qu'on appelle en France la classe Terminale, cette classe étrange et ambiguë située à la charnière de l'enseignement secondaire et de l'enseignement supérieur. Ce programme, comme on sait, va de la conscience vers la société, du psychologique vers le collectif, du pulsionnel vers l'institutionnel ; en un mot, du "subjectif" vers "l'objectif". De même, notre table des matières, reflet de l'ordre chronologique de publication des textes, exprime un mouvement du soi vers l'autre ou des réalités individuelles vers les phénomènes collectifs. »

  • La caverne se compose de trois parties : l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis, symboles d'une initiation progressive à la critique radicale de la notion de cause intelligible. Tout l'ouvrage déploie la question de savoir si les célèbres Yahous, imaginés par Swift, sont dotés d'une lueur de raison. L'Enfer étudie l'empire et le destin du calcul, texture et mesure des "causes". Descartes, Don Quichotte, saint Ignace et quelques autres témoignent d'une histoire cachée du sacrifice rituel. Celui-ci apparaît au coeur de l'évolution de la physique, de Thalès à Einstein. La notion d'idole est réintroduite dans la métaphysique. Le Purgatoire est placé sous la protection d'Homère et de Dante. Le destin de la raison naturelle des Yahous est soumis à une forte purge intellectuelle. Le narrateur, voguant d'île en île, visite tour à tour Scylla, l'île des Innocents, l'île des Disputeurs, des Lotophages, de Médamothi et d'Hélios Hypérion. La métaphysique "cyclopéenne" est observée et moquée en son oeil rond. Les personnages qui animent en secret la logique classique se démasquent. L'histoire des mathématiques, tantôt jansénistes, tantôt pélagiennes, est mêlée aux problèmes de la théologie et de l'exégèse sacrée. Une certaine lecture symbolique de l'Odyssée sert de référent constant à une "divine comédie" de la métaphysique occidentale. On découvre, ce dont on se doutait, que la théologie est malade de sa philosophie. Le Paradis raconte comment les philosophes, transportés au paradis de la pensée, où les choses sont enfin des choses et les preuves des preuves, s'initient à l'ironie socratique. Par une exégèse de la mort de Socrate, et par une analyse des actes et des feux de l'esprit, les rapports de la philosophie grecque au christianisme sont soumis à un questionnement nouveau et testimonial. L'ensemble de l'ouvrage développe, dans ses conséquences philosophiques, une anthropologie critique des idoles. La mise en question radicale de l'intelligibilité de la notion de cause, amorcée par Science et Nescience, débouche sur la nuit obscure de la philosophie et sur l'écoute, en elle, d'une vive flamme de la raison.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • L'auteur, connu comme essayiste et critique, élabore depuis 1960, une oeuvre proprement philosophique : "De l'idolâtrie" en est une sorte de prélude, où il s'agit d'une critique radicale du savoir contemporain, visé sous l'angle de son intelligibilité. Suivront : Science et Nescience, à paraître dans « La bibliothèque des idées », et un Descartes qui, sur les ruines de ce qu'il faut bien appeler le quichottisme de la physique cartésienne, s'interroge sur la possibilité de formuler un cogito pour notre siècle. S'adressant à des étudiants imaginaires, Manuel de Diéguez s'efforce d'analyser l'affrontement permanent de l'individu et de l'État. Comment circonscrire et percer à jour les « images » qui régissent les comportements politiques des classes sociales ? C'est ce que tente d'élucider l'essai sur l'idolâtrie. Manuel de Diéguez analyse la structure dominante et le mépris spécifique de la nouvelle classe dirigeante, ou caste d'État. Il esquisse la réforme de l'université, et le rôle que pourraient y jouer les clercs. Par-delà les circonstances qui ont donné le ton d'un appel à ces analyses, la question est de savoir si notre époque marque la fin de l'ère idéologique des révolutions. Un nouveau type de révolution redonnera-t-il des droits réels à des citoyens réels ? Peut-être. Mais à condition que la mission du clerc parvienne à renverser entièrement l'image même que l'État se fait de sa propre personne.

  • L'auteur, connu comme essayiste et critique, élabore depuis 1960, une oeuvre proprement philosophique : "De l'idolâtrie" en est une sorte de prélude, où il s'agit d'une critique radicale du savoir contemporain, visé sous l'angle de son intelligibilité. Suivront : Science et Nescience, à paraître dans « La bibliothèque des idées », et un Descartes qui, sur les ruines de ce qu'il faut bien appeler le quichottisme de la physique cartésienne, s'interroge sur la possibilité de formuler un cogito pour notre siècle. S'adressant à des étudiants imaginaires, Manuel de Diéguez s'efforce d'analyser l'affrontement permanent de l'individu et de l'État. Comment circonscrire et percer à jour les « images » qui régissent les comportements politiques des classes sociales ? C'est ce que tente d'élucider l'essai sur l'idolâtrie. Manuel de Diéguez analyse la structure dominante et le mépris spécifique de la nouvelle classe dirigeante, ou caste d'État. Il esquisse la réforme de l'université, et le rôle que pourraient y jouer les clercs. Par-delà les circonstances qui ont donné le ton d'un appel à ces analyses, la question est de savoir si notre époque marque la fin de l'ère idéologique des révolutions. Un nouveau type de révolution redonnera-t-il des droits réels à des citoyens réels ? Peut-être. Mais à condition que la mission du clerc parvienne à renverser entièrement l'image même que l'État se fait de sa propre personne.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • L'âge théologique de l'humanité s'achève ; mais les grands systèmes métaphysiques ont rejoint les dieux morts. Le dialogue de Jésus, le premier démythologue de la matière, avec Socrate, le premier psychanalyste de la maison peut enfin commencer. Quels traités d'alliance sournois existe-t-il entre la religion et la politique, l'esprit d'orthodoxie et la théorie scientifique, nos métaphores et nos connaissances, nos croyances et la beauté ? Les Évangiles ressortissent-ils à la littérature fantastique ? Comment notre cerveau forge-t-il le fabuleux ? Peut-on radiographier l'entendement humain ? Toute signification de l'histoire est-elle onirique ? Quelle est la puissance des songes dans la vie des nations ? Qu'enseigne l'histoire des biographies rationnelles de Jésus depuis le XVIIIe siècle ? Que nous apprend l'évolution des méthodes de l'exégèse ? Qu'en est-il des relations du sacrifice de Jésus avec l'État. Comment adapter l'anachronisme de la croix au calvaire atomique ? Que peut valoir de nos jours une espérance fondée sur le meurtre de l'autel ? Qu'en est-il du destin ascensionnel de l'homme et de son dialogue avec l'au-delà du Golgotha qu'il est à lui-même ? Qu'en est-il de la guerre de succession entre Jésus le parricide et son père, des pactes de la folie avec le surnaturel, des ressources, demain, de l'imaginaire, du Connais-toi ? Où en est la critique de nos idoles mentales ? Peut-on explorer l'inconscient de la logique ? Peut-on esquisser un avenir pour l'intelligence ? Où en est le combat contre l'illusion ? La lucidité peut-elle se réconcilier avec le feu spirituel ? Telles sont les principales questions que pose Manuel de Diéguez dans cette réflexion polyphonique, fruit de quinze ans de recherches sur la face cachée de la raison.

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