Albin Michel (réédition numérique FeniXX)

  • « Entre le retour du fanatisme religieux et la molle dictature des bureaucraties d'État, la raison critique aurait-elle capitulé ? Le citoyen-Dieu, bercé par les flonflons du bicentenaire de la Révolution, laissera-t-il célébrer son propre culte jusqu'au sacrifice final ? Des soubresauts de l'Islam à l'Évangile mondial des droits de l'Homme, l'urgente nécessité de revenir sur l'autonomie dont bénéficie le théologique se fait sentir. Pouvons-nous continuer de vivre à l'abri de la pseudo-frontière séparant la raison du fabuleux ? Parce qu'il croit à la survie de la raison, Manuel de Diéguez souhaite en finir avec le "théologique pur", cher à Carl Schmitt, pour s'engager, courageusement, dans une analyse critique des distinctions artificielles établies par les historiens entre le religieux et le politique. Il pose ainsi les fondements de ce qui pourrait être une authentique "science des religions". Depuis Voltaire, la raison n'en finit pas de tourner autour du sacré. Elle ne parvient pourtant pas à formuler les principes d'une pensée rendant compte de ces structures mythiques et de l'espèce d'hommes qui les ont forgées. Manuel de Diéguez s'efforce de prendre la mesure du génie politique, de l'élévation morale et de la folie féconde des Moïse, Mahomet, Paul et autres Bouddha, dont les songes ont discipliné le genre humain et guidé les premiers pas des nations. Il s'attache à spectrographier la stratégie des symboles qui donne sa logique interne aux constructions théologiques. Il montre combien notre rationalisme officiel, et ses "théories scientifiques", se trouve pénétré par les mythologies. La force de ce texte iconoclaste, blasphématoire même, réside dans la brûlure glacée de sa lucidité. Puissions-nous enfin, avec Manuel de Diéguez, devenir lucides à l'égard de nos premiers pédagogues. » Thierry Pfister

  • Par l'universalité d'un modèle de République qui a converti l'Europe à la démocratie, sinon à la laïcité, la France a prouvé aux peuples qu'une nation sans liberté de la pensée n'est qu'une geôle, et qu'une liberté de la raison sans nation pour l'incarner n'est qu'un songe. Mais le moment n'est-il pas venu de transcender la conquête des droits civiques, dont les principes de 1789 demeureront, de toute façon, les porte-voix à l'échelle planétaire ? L'heure n'a-t-elle pas sonné de se demander comment un État philosophique doit féconder la création dans tous les ordres ? Si le poids temporel de la France n'est plus à l'échelle des cinq continents, quelle sera la portée de sa vocation intellectuelle, celle qui tient son autorité de l'universalité de la pensée ? Le messianisme français de la raison sera-t-il capable d'inspirer la réflexion théorique dans les sciences expérimentales, de revivifier la sociologie, de conduire à une vraie science des mythologies religieuses, d'armer la sagesse politique, de redonner un souffle élévatoire à la compréhension de l'histoire, de nourrir l'élan des Lettres et des Arts ? Les Révolutions véritables sont des régénératrices de l'intelligence. Mais elles enfantent leurs Sancho et leurs Quichotte. Elles se développent donc sur deux versants : celui des États bureaucratiques, qui font prospérer leurs curies, et celui de l'esprit, qui fait naître les éveilleurs et les vigies. J'ai tenté de m'inspirer d'une République qui a fait de la France une émancipatrice des cerveaux. Il faut croire au destin d'un État pensant et d'un peuple de la raison ; il faut croire en l'avenir d'un pays dont les écrivains, les poètes, les philosophes pèsent la condition humaine sur les balances de l'universel.

  • Par l'universalité d'un modèle de République qui a converti l'Europe à la démocratie, sinon à la laïcité, la France a prouvé aux peuples qu'une nation sans liberté de la pensée n'est qu'une geôle, et qu'une liberté de la raison sans nation pour l'incarner n'est qu'un songe. Mais le moment n'est-il pas venu de transcender la conquête des droits civiques, dont les principes de 1789 demeureront, de toute façon, les porte-voix à l'échelle planétaire ? L'heure n'a-t-elle pas sonné de se demander comment un État philosophique doit féconder la création dans tous les ordres ? Si le poids temporel de la France n'est plus à l'échelle des cinq continents, quelle sera la portée de sa vocation intellectuelle, celle qui tient son autorité de l'universalité de la pensée ? Le messianisme français de la raison sera-t-il capable d'inspirer la réflexion théorique dans les sciences expérimentales, de revivifier la sociologie, de conduire à une vraie science des mythologies religieuses, d'armer la sagesse politique, de redonner un souffle élévatoire à la compréhension de l'histoire, de nourrir l'élan des Lettres et des Arts ? Les Révolutions véritables sont des régénératrices de l'intelligence. Mais elles enfantent leurs Sancho et leurs Quichotte. Elles se développent donc sur deux versants : celui des États bureaucratiques, qui font prospérer leurs curies, et celui de l'esprit, qui fait naître les éveilleurs et les vigies. J'ai tenté de m'inspirer d'une République qui a fait de la France une émancipatrice des cerveaux. Il faut croire au destin d'un État pensant et d'un peuple de la raison ; il faut croire en l'avenir d'un pays dont les écrivains, les poètes, les philosophes pèsent la condition humaine sur les balances de l'universel.

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