Gallimard (réédition numérique FeniXX)

  • Depuis que la connaissance scientifique, de causaliste qu'elle était encore au début du siècle, est devenue structuraliste, la réflexion sur les fondements psychologiques, de la certitude - donc sur les fondements mêmes de la notion de « vérité » - cherche à reprendre sa place dans une métaphysique iconoclaste. Est-il possible d'esquisser une psychanalyse de la notion d'intelligibilité ? Quels sont les mécanismes inconscients et impératifs du « convaincant » dans tout savoir prédéfini comme objectif ? Pourquoi jugeons-nous intelligible le constant ? Voici une réflexion sur le vocabulaire mythique porteur de « l'intelligibilité » dans la physique classique, la génétique, l'ethnologie de C. Lévi-Strauss, l'économie politique d'Althusser, la linguistique. Il s'agissait d'éveiller l'attention sur la structure tautologique du savoir et sur l'arène de son piétinement rentable. La philosophie devenait une « maïeutique du vide ». une redécouverte du non-sens absolu de la course de la matière dans le vide. Cependant, l'étude du langage de Lacan conduit à mettre en évidence la structure cyclique de la conscience de soi, toujours prise au piège de sa propre image dans ces miroirs que sont nos « corps mentaux ». Les mathématiques elles-mêmes en forgent. L'étude de la conscience imageante propre à la politique, aux sciences, à la métaphysique, à la mystique permet d'esquisser une problématique générale du savoir sur les chemins du temps. La philosophie, en son audace propre, demeure l'ascèse de la descente dans le non savoir (nescience). Seuls le poète ou le dieu remontent vers la lumière... Il ne s'agissait donc ici, par une spéléologie de la compréhensibilité, que de démasquer l'idole fondamentale qu'est « l'arbre de la connaissance » en sa copie baptismale et magique de la constance. Peut-être le moment est-il venu de placer, par de modestes moyens, l'humanisme comme la théologie en face d'une critique radicale de leur re-présentation, afin que, par-delà l'univers pléthorique de la prévisibilité, resurgissent la vocation, la tension et le tragique de la transcendance.

  • L'auteur, connu comme essayiste et critique, élabore depuis 1960, une oeuvre proprement philosophique : "De l'idolâtrie" en est une sorte de prélude, où il s'agit d'une critique radicale du savoir contemporain, visé sous l'angle de son intelligibilité. Suivront : Science et Nescience, à paraître dans « La bibliothèque des idées », et un Descartes qui, sur les ruines de ce qu'il faut bien appeler le quichottisme de la physique cartésienne, s'interroge sur la possibilité de formuler un cogito pour notre siècle. S'adressant à des étudiants imaginaires, Manuel de Diéguez s'efforce d'analyser l'affrontement permanent de l'individu et de l'État. Comment circonscrire et percer à jour les « images » qui régissent les comportements politiques des classes sociales ? C'est ce que tente d'élucider l'essai sur l'idolâtrie. Manuel de Diéguez analyse la structure dominante et le mépris spécifique de la nouvelle classe dirigeante, ou caste d'État. Il esquisse la réforme de l'université, et le rôle que pourraient y jouer les clercs. Par-delà les circonstances qui ont donné le ton d'un appel à ces analyses, la question est de savoir si notre époque marque la fin de l'ère idéologique des révolutions. Un nouveau type de révolution redonnera-t-il des droits réels à des citoyens réels ? Peut-être. Mais à condition que la mission du clerc parvienne à renverser entièrement l'image même que l'État se fait de sa propre personne.

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