• La vie princière

    Marc Pautrel

    «Parler avec toi, être à côté de toi, me semble une expérience surhumaine, et pour ainsi dire divine.»

  • "J'avais vu juste, elle n'a personne dans sa vie actuellement. De son côté, elle sait que je suis séparé. Elle a été mariée, a divorcé, n'a pas d'enfants. Elle sort peu, mais elle aime aller au restaurant. Parler sans fin en mangeant est également un de mes grands plaisirs."

  • "Il regarde la grande roue tourner et donner un sens à l'eau, il a la bizarre sensation qu'il est lui-même devenu à la fois la roue et l'eau, comme le fruit d'une inéluctable union, il est en même temps l'artisan et l'outil. Parce que ses questions sont immenses et que toujours il voudra découvrir le lieu où vont se cacher les morts, ses découvertes elles aussi sont devenues immenses."

  • "Chardin sait que la révolution se prépare, à Paris et dans le reste du pays, tout va basculer, c'est inévitable, les encyclopédistes vont triompher, le futur est en marche, la guerre du Vrai contre le Faux ne fait que commencer. Ses piètres collègues nouvellement acclamés, les peintres historiques, exposent partout dans les salons leurs grandes toiles néoclassiques, didactiques et poussives? Soit : il leur oppose ses études de têtes au pastel, le portrait de jeunes enfants, un par un, heureux et très sûrs d'eux, pas du tout inquiets, ou également, maintenant, son propre portrait, l'étude de tête de Monsieur Jean-Siméon Chardin réalisée par lui-même."

  • Polaire

    Marc Pautrel

    'Le temps est splendide, encore estival, les grands arbres, les pelouses, tout est d'un vert éclatant, vif, lumineux, euphorisant. Je marche, je la cherche autour du bâtiment, je ne la vois pas. Je croise des patients qui ont un air vraiment bizarre, qui errent seuls et me regardent avec hébétude, curiosité, agressivité peut-être. Certains sont silencieux, d'autres marmonnent tout bas, ils tournent en rond, ils marchent sans but, ils me semblent terriblement malheureux, nos regards se croisent, ils devinent que je ne suis pas des leurs. Une ou deux fois j'ai peur en les voyant qui avancent lentement dans ma direction. Aucune trace d'elle.'

  • L'homme pacifique

    Marc Pautrel

    C'est un homme trop doué pour son espace de vie, né au pied d'un immense château fort au coeur d'une petite ville, et qui subit sans plainte année après année les mauvais coups du sort. Mais il ne cède pas à la colère, il refuse cette guerre que lui font les fantômes. Avec sa femme, il part habiter aux portes de la ville : il construit face à la forêt et s'entoure de secrets.
    Il marche dans la ville, il parle à tous ceux qu'il rencontre, il regarde, il écoute, il parle encore, il entretient sa mémoire, il garde le souvenir des lieux et de leurs habitants, il les connaît tous et il n'oublie jamais rien. Il se cache dans la forêt et envie ces milliers d'arbres qui soutiennent le ciel.

  • Orphéline

    Marc Pautrel

    "Elle veut cacher ses larmes mais elle n'y parvient pas. Quand il lui dit qu'il n'aura pas le temps, que son travail l'absorbe trop et qu'il faudra remettre, qu'il ne pourra pas l'inviter à dîner, ce rendez-vous qu'ils s'étaient promis en riant, quand elle réalise qu'il est comme tous les autres, qu'il ne s'intéresse pas à elle, elle sent que les larmes apparaissent, c'est impossible de les retenir, rien à faire. Elle prend un air fermé puis d'un coup elle sourit."

  • « C'était une pluie de vie, celle qui arrose les habitants ici, y compris les jours de ciel bleu, une pluie portant une lumière continue. »

  • Un voyage humain

    Marc Pautrel

    «Un jour, elle qui n'écrit presque jamais, elle m'envoie une lettre. Je suis bloqué dans la capitale, je ne reviendrai dans sa ville que dans deux semaines, le trajet est long, et cher, nous nous sommes séparés trois mois avant, puis nous nous sommes réconciliés, mais c'est peut-être fragile, je ne sais pas. Elle me reproche de toujours dire cette phrase : "Je ne sais pas." Mais le monde de l'avenir nous est inconnu, nous ne savons presque rien sur la suite.»

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