Langue française

  • La bataille de Rocroi, racontée au lendemain même de l'événement avait, pour les contemporains, l'importance que prit, en 1914, la bataille de la Marne. Cette matinée du mardi 19 mai 1643 - car la bataille n'a duré que quelques heures - n'apparaît pas seulement comme une brillante victoire mais comme un fait lourd de sens et d'une portée considérable. Rocroi marque en effet la fin de la prépondérance espagnole en Europe et le déclin irrémédiable de l'orgueilleux empire de Philippe II qui, cinquante ans plus tôt, dominait le continent et affirmait sa volonté d'y rétablir l'unité de la foi. Dans le même temps, Rocroi montre que la France, restaurée par la dynastie des Bourbons, va désormais s'imposer comme la nation dominante et exemplaire : Rocroi ouvre le Grand Siècle, impose la victoire d'une nouvelle conception de l'État, laïque et national, inaugure les Temps modernes. En retraçant cinquante ans d'histoire espagnole et cinquante ans d'histoire de France, avant de conter par le menu la resplendissante matinée de Rocroi, Marc Blancpain montre que cette matinée fut bien, pour la France, la victoire de l'aurore.

  • Écrire l'histoire de la frontière du Nord, de la mer à la Meuse, et du partage de Verdun à 1945, est un projet qui, depuis longtemps, habitait l'auteur. Né et grandi - comme tous les siens d'autrefois et de jadis - dans cette trouée de l'Oise qui, des légions de César aux troupes de Hitler, fut foulée par tous les envahisseurs, il a éprouvé, en l'écrivant, l'impression de raconter sa propre histoire, élargie aux proportions de celle de l'Occident européen. Frontière ? À partir du duché des Francs, matrice de notre pays, les rois vont forcer, pendant des siècles, de repousser vers le nord, pour se protéger et pour s'étendre, un domaine fragile et menacé. Frontières ? Pendant des siècles, pas de frontières nationales en Europe ; le mot même de frontière n'apparaîtra jamais avant les traités des limites de la fin du XVIIIe siècle ; on ne connaissait que des marches séparantes âprement disputées d'ailleurs. Quant aux frontières naturelles, ce ne furent que chimères forgées sur l'enclume des Commentaires de César ; Paris et la France n'ont été défendus, au long des siècles, que par des villes, véritables sentinelles du royaume. Sans cesse remise en question, notre frontière septentrionale est restée, à peu près aujourd'hui, ce qu'elle était à la fin de l'Ancien Régime ! Fruit d'une longue et tragique histoire, cette frontière n'a été déterminée ni par le terrain, ni par les moeurs des populations, ni par leurs langues ; elle n'est que l'expression d'un équilibre européen, établi au XIXe siècle au terme des conflits qui, pendant plus de mille ans, ont ensanglanté l'Europe.

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