• Pourquoi le roman ? En posant cette question au seuil de son livre, Marthe Robert installe d'emblée son lecteur au coeur d'un des problèmes les plus mystérieux de toute la littérature. Quelle est la force obscure qui pousse les hommes à raconter des histoires ? Aucune des définitions données jusqu'à présent pour expliquer un genre à la fois si universel et si disparate n'étant satisfaisante, Marthe Robert prend pour point de départ le texte célèbre de Freud sur " le roman familial des névrosés " pour démontrer - avec des arguments purement littéraires - que tout roman a pour origine le même besoin de bousculer l'ordre des choses, de changer la vie, qui entraîne le petit enfant à se rêver des parents imaginaires meilleurs, plus forts et plus beaux que sa famille réelle.

    Du conte de fées et du feuilleton populaire aux plus hautes créations littéraires, le héros romanesque est toujours soit l'Enfant trouvé, qui refait le monde à sa guise, soit le Bâtard, qui cherche à imposer sa volonté au monde. Ou plutôt, l'Enfant trouvé et le Bâtard sont indissolublement liés dans toute figure romanesque, car ils reflètent les deux exigences contradictoires mais simultanées du romancier, l'exigence " romantique " et l'exigence " réaliste ", la nostalgie du Paradis perdu et l'ambition conquérante. Selon que l'une ou l'autre de ces exigences se montre la plus forte, on a soit les romanciers de " l'autre côté ", les Cervantès et les Defoe, soit les romanciers de " tranches de vie ", les Balzac et les Flaubert, mais tous, quels qu'ils soient, secrètement écartelés entre le refus scandalisé du monde et le désir d'un bouleversement réparateur.

    Ce résumé très grossier ne saurait rendre l'admirable complexité des analyses de Marthe Robert. C'est tout le paysage romanesque qui change insensiblement sous nos yeux, une nouvelle histoire du roman qui s'écrit, une nouvelle méditation sur l'éternel rêve humain qui se poursuit sans faiblir dans ces pages.

  •     Franz Kafka est situé au carrefour de plusieurs cultures, de plusieurs histoires, de plusieurs langues : né à Prague, Juif de Bohème, alors partie de l'Empire d'Autriche et où se développe le nationalisme tchèque. il ne s'exprime ni en tchèque, ni en yiddish, mais en allemand. Deux choix sont exclus pour lui : celui de l'assimilation totale (à I'Autriche ? A la culture allemande ? A la Bohème ?) et celui d'un retour au judaisme ancestral qui n'est même plus celui de son père. De cette situation et de ce déchirement naît l'art moderne le plus audacieux et le plus classique, le seul peut-être en qui modernité et rigueur aient su réellement s'allier.
       Travaillant uniquement à partir des écrits de Kafka. Marthe Robert s'est attachée, dans cet essai capital, à préciser la position de Kafka à Prague : ses opinions déclarées, sa façon de vivre, ce qui en transparaît dans les textes, notamment le Journal et la correspondance. Elle procède à I'étude intrinsèque des oeuvres, dont elle possède une connaissance intime. Les thèmes, la structure des récits, la situation linguistique ambiguë de Kafka, son recours à une langue neutre, « sans qualités », dénudée, sont analysés en détail. Le livre de Marthe Robert permet ainsi de mieux comprendre l'altitude de Kafka envers le sionisme, le yiddish, la religion juive et l'antisémitisme.
       Sur une oeuvre clé de notre temps, une étude fondamentale.

  • "La Traversée littéraire comprend des textes-articles, conférences, entretiens... dispersés depuis quelque trente ans dans des journaux et des revues dont certains ont disparu. Devenus en partie introuvables, ces textes traitent de sujets divers, où reviennent néanmoins souvent les auteurs auxquels j'ai consacré une grande part de ma vie : Kafka, Flaubert, Freud, pour ne citer que les principaux. Pour la plupart, ces textes sont liés à mes recherches du moment, d'autres, en revanche, ont davantage affaire avec l'actualité littéraire. Chaque auteur est envisagé chaque fois sous un angle différent. La figure des écrivains le plus souvent évoqués ici n'est pas si simple, ni si unie qu'on puisse prétendre la dessiner d'un trait. C'est seulement en l'éclairant de tous côtés, avec tout ce qu'on sait sur la vie de l'homme et sur son oeuvre, que j'ai pu espérer la recomposer avec ses contradictions, ses ombres, ses ambiguïtés."M. R.

  • La cas Flaubert passé au tamis de la psychanalyse. Ou le « roman familial » d'un écrivain hors du commun. Texte majestueux et lecture érudite. Marthe Robert nous révèle l'insaisissable Flaubert.

  • La cas Flaubert passé au tamis de la psychanalyse. Ou le « roman familial » d'un écrivain hors du commun. Texte majestueux et lecture érudite. Marthe Robert nous révèle l'insaisissable Flaubert.

  • Sur le papier

    Marthe Robert

    • Grasset
    • 1 Mars 1967

    On n'a pas oublié comment, dans L'Ancien et le Nouveau, Marthe Robert, exégète attentive de Cervantes et de Kafka, tirait du parallèle entre Don Quichotte et Le Château une philosophie nouvelle de la création littéraire.

    Sur le papier, recueil d'essais, permet à Marthe Robert de préciser sa pensée et de la ramifier dans des directions imprévues. Cervantes et Kafka restent les points d'appui d'une recherche vouée à mettre en lumière les rapports de l'écrivain avec son oeuvre.

    Deux études sur les Frères Grimm et sur le conte de fées enchanteront ces lecteurs qui, de plus en plus nombreux, soupçonnent que la para-littérature supposée enfantine cache en réalité des vues profondes sur l'homme. Les épreuves dont le jeune garçon du conte doit tour à tour triompher ne sont que les symboles d'une libération psychologique : s'il continue à exercer à travers les siècles un pouvoir fascinant, c'est parce qu'il rompt avec ses attachements infantiles et réussit là où oedipe a échoué.

    Enfin, Marthe Robert, dont on connaît les beaux travaux sur Freud, démontre quelle erreur c'est de se représenter le fondateur de la psychanalyse comme un " philosophe ", comme un maître de " valeurs ". Elle souligne son humilité, son refus de collaborer avec les secteurs optimistes de la pensée, son " héroïque trivialité ". Pareille mise au point semblera particulièrement bienvenue au moment où trop d'épigones qui se parent du titre usurpé de disciples tirent à hue et à dia la doctrine de l'illustre Professeur. En cette matière comme dans les autres, le livre de Marthe Robert témoigne en faveur de ce qu'elle met au plus haut : une intelligence émue mariée à une pensée droite.

  • Livre de lectures

    Marthe Robert

    • Grasset
    • 11 Janvier 1977

    Comme je n'en finis pas de m'interroger sur la littérature et surtout sur les rapports exacts des choses écrites avec la vie, je me propose de consigner ici, dans une sorte de Journal non daté, les remarques et questions qui me viennent à l'esprit en relation avec ce que je lis, sans tenir compte du genre des textes ni même de leur qualité. Dans ce recueil que j'intitule {Livre de lectures}, par antiphrase, cela va de soi, car on n'y trouvera pas de ces modèles fournis par les anthologies, et encore moins les certitudes sur quoi se fondent les manuels, je n'envisage nullement de citer oeuvres et auteurs pour en faire la critique, fût-ce au sens scientifique et technique que le mot prend désormais pour nous, mais bien plutôt de relever au jour le jour ce que le fait littéraire a de flou, de fuyant et d'incompréhensible au fond sous ses airs rassurants de phénomène classé. Je veux en somme demander aux livres qui me sont tombés un jour entre les mains ce qu'il en est de la littérature en général, ce qui justifie son extraordinaire pouvoir social et de quel fonds mal exploré elle tire toujours sa satisfaction.

  • La vérité littéraire

    Marthe Robert

    • Grasset
    • 23 Septembre 1981

    "Il y a dans bien des productions de l'esprit des poisons subtils et violents, contre lesquels nous n'avons pas d'autre antidote qu'une pensée incessamment en éveil. Il faut donc juger, tout en sachant que jusqu'à nouvel ordre nous le faisons {sans} connaissance de cause, en n'émettant jamais que des opinions qui, pour nécessaires et respectables qu'elles soient, sont encore loin de prendre force de loi. Il faut juger dans la pleine conscience de ne rendre la plupart du temps que des verdicts approximatifs, hâtifs, légers, quand ils ne sont pas dictés directement par l'idéologie du moment ; mais aussi dans l'espoir qu'à force de tourner et de retourner des questions jusque-là non posées, nous finirons peut-être par percer un peu mieux les rapports secrets de la littérature avec nos diables et nos bons dieux." De Cervantès à Flaubert, de Thomas Mann à Sade, de Sartre à Henry James, Marthe Robert a une culture universelle, une culture véritable, celle qui permet de parler de la chose écrite, d'en discerner la valeur au-delà des modes. Elle nous entraîne dans des champs divers, ceux de la psychanalyse, de la philosophie, de la littérature pour nous amener à nous interroger sur la responsabilité de l'écrivain, le paradoxe du roman, les mots et le réel, les mots et les rêves. Elle pose la question des questions : en quoi consiste ce qu'on peut appeler la vérité littéraire ?

  • Le puits de Babel

    Marthe Robert

    • Grasset
    • 21 Janvier 1987

    Depuis longtemps, Marthe Robert sait que la lecture et l'écriture ne sont que les deux visages d'une unique passion. Et, depuis toujours, son oeuvre s'enracine dans celle des créateurs qu'elle a traduits, explorés, et dont l'imaginaire se confond désormais avec le sien. Nietzsche, Kleist, Flaubert ou Kafka sont ainsi devenus ses complices, les héros du roman intérieur qu'elle ne cesse de nous offrir dans ses essais et dans ses {Livres de lectures}. Elle les retrouve donc ici, au fil des heures ou des jours. Elle chemine en leur compagnie, les révélant à eux-mêmes et à une époque, la nôtre, dont ils sont le plus sublime aveu. Ensemble, ils creusent ce {Puits de Babel}, énorme excavation dans le sol de nos certitudes et de nos représentations. Freud ou Marx, au siècle dernier, donnèrent les premiers coups de pioche : mais qui, aujourd'hui, poursuit leur besogne ? Et qui, au final, peut jurer qu'au fond du langage on trouvera autre chose que des mots ?

  • "La littérature en son sens le plus profond n'existe pas en dehors de l'intense circulation d'images, d'émotions et d'idées qui crée autour des oeuvres et de leurs auteurs une atmosphère spéciale d'admiration et de ferveur. Qu'on l'admette ou non aujourd'hui, elle suppose toujours pour qui l'aime une foi parfaitement déraisonnable, un enthousiasme quasi religieux qui pousse l'esprit le plus rassis non seulement à révérer les écrivains pour le don qu'ils ont de révéler et de signifier la vie, mais, contre tout bon sens, à croire dévotement à des types et à des êtres fictifs, qu'ils paraissent plausibles ou qu'ils se donnent eux-mêmes pour fantasmagoriques. Avec ses prophètes, ses saints, ses martyrs et quelquefois ses démons, la littérature vit de la croyance de ses adeptes les plus passionnés en ces "ailleurs" qu'elle a l'art de susciter. Et quoiqu'elle n'ait pas de dogmes à proprement parler - le culte lui suffit -, elle a ceci de commun avec la théologie qu'elle ne s'explique jamais sur les fondements de son autorité." Etrangère à toutes les modes éphémères, Marthe Robert pose à la littérature la véritable question de la fascination qu'elle suscite, de l'extraordinaire pouvoir qu'elle exerce toujours sur son lecteur.

    Pourquoi, comment et jusqu'à quel point subissons-nous la tyrannie de l'imprimé ?

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