• L'amour courtois - selon l'expression proposée par Gaston Paris - constitue-t-il un code amoureux que viendraient illustrer poètes et romanciers ou bien plutôt ne serait-il pas, essentiellement, un jeu poétique, une activité qui engage des relations fortes entre les membres d'un groupe ? C'est la question que pose cette étude d'un cercle de poètes arrageois de la deuxième partie du XIIIe siècle : le puy d'Arras. Trouvères d'occasion ou professionnels, ces bourgeois débattaient en vers et en musique sur des «cas» amoureux : les jeux-partis. Cette forme, qu'ils héritaient des troubadours, leur avait paru propice à la circulation de la parole poétique dans leur communauté. Hommes d'argent et de commerce, clercs, princes de passage, tous pratiquaient, à l'occasion d'assemblées annuelles, une lyrique collective, à la fois érotique et réflexive. Discuter d'amour était aussi bien se montrer habile que subtil connaisseur en amour, c'est-à-dire experts des situations amoureuses types forgées par la lyrique. Compétition serrée, polémique parfois violente, échange ironique, les enjeux pour chacun étaient divers : amicaux, sociaux, poétiques... De ces exercices communs souvent brillants émergent des individualités lyriques : Guillaume le Vinier, Adam de la Halle surtout, qui mettra en scène dans une oeuvre aux multiples facettes le choix impossible entre la communauté et la singularité, la solidarité du compagnonnage et le désir de rompre, l'amour de la femme et l'amour des études.

  • C'est que du bonheur ", s'exclame-t-on désormais communément à tout propos !

    Mais qu'est-ce que le bonheur ? Un désir, une aspiration ? Une disposition d'esprit, une aptitude que chacun posséderait à des degrés différents, l'humanité se divisant entre optimistes et pessimistes ?

    Notre époque, pourtant lourde d'angoisses en l'avenir, semble en effet obsédée par le bonheur. Elle paraît faire de la capacité à être heureux une injonction, un ordre politiquement correct : multiplication de guides et de manuels, créations de clubs et de think tank (" Fabrique Spinoza ", " ligue de l'optimisme "), mise en place de travaux de recherche sur le thème (chaire de sciences du bonheur, Nobel d'économie décerné à Angus Deaton pour ses travaux sur bonheur et croissance).

    Ce dictionnaire est donc né d'un étonnement sur la place paradoxale prise par une notion fuyante dès que l'on tente de la fixer historiquement et psychologiquement. Il se veut donc critique. Croisant des points de vue multiples à travers 230 entrées et 92 auteurs, de la philosophie à la littérature, des arts à la sociologie, de l'économie à la psychologie et à la psychanalyse, des neurosciences à l'histoire, etc., il est à la fois instrument de connaissances et invitation à réfléchir sur le contemporain.

    L'enjeu de ce dictionnaire réside surtout dans la volonté de questionner les nouveaux clichés sur le bonheur.

  • Le conflit ouest-africain qui a tourné depuis 1989 entre quatre pays semble bien une "guerre nomade" échappant aux Etats déliquescents comme aux forces interventionnistes. Ce livre montre bien cette circulation qui du Libéria à la Sierra Leone, puis à la Guinée et la Côte d'Ivoire obéit à des logiques propres : amplification de la violence par l'errance des groupes armés et la guérilla, foyers d'insurrection, piégeage des organisations humanitaires. Et si l'Afrique - par la guerre - refusait de force l'Etat ?

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