• Entre Michelangelo Antonioni et David Lynch, Gaspar Noé, Arnaud Desplechin et quelques autres réalisateurs, il existe un lien qui n'est pas celui d'une filiation artistique. Chacun éprouvant à sa manière une curiosité pour ce qui reste des grandes traditions dans le monde d'aujourd'hui. Vue par Angelina Jolie, la Seconde Guerre mondiale est une synthèse de tous les fratricides, où succombe l'idée du sacré. Un renouveau de la métaphysique s'annonce pourtant dans les films de certains de ces réalisateurs, à travers leur vision critique de la violence humaine. Et jusqu'au terrorisme contemporain, qui hante l'imagination de cinéastes moins connus.

  • Le Rimbaud « voyant » envisageait la venue des « autres, horribles travailleurs » qui lui succèderaient sur « les horizons » où lui-même n'était pas certain d'arriver « à l'inconnu ». Maeterlinck et Claudel s'imposent comme les plus grands de ces travailleurs, notamment dans leurs oeuvres théâtrales, hantées par les écrits poétiques de leur indépassable modèle. Ces oeuvres dramatisent en effet les énigmes de la parole de Rimbaud, que résument « la grâce croisée de violence » ou bien, dans une autre illumination, le rapport des « pierres précieuses » et de « Barbe-Bleue » : autant d'expressions du mystère de
    l'harmonie, qui a partie liée avec la violence humaine.

  • Les textes rassemblés dans ce recueil, des poèmes si l'on veut, illustrent un thème que rabâchent aujourd'hui les médias : celui des catastrophes naturelles et des mutations dont notre civilisation serait responsable. Les visions rapportées dans ces textes sont moins des rêves subis que des désirs conscients, vaguement inquiétants, provoqués par les réalités les plus immédiates ou par les images dont se couvre notre monde.

  • "Les Apocalypses secrètes" évaluent le rapport de la parole poétique et du mythe de la parole divine, en étudiant le récit biblique de l'Apocalypse. La question de l'harmonie entre la forme littéraire et celle du groupe humain, longtemps liée à l'idée du sacré, figure dans la réflexion des écrivains mentionnés dans le titre de ce livre.

  • Le "pouvoir magique" dont Rimbaud se targue dans Une saison en enfer se vérifie par ses effets dans l'oeuvre autobiographique d'un poète moderne, aussi éveillé que méconnu. Arion Dume, dans ses "carnets" de voyage, n'imite pas vraiment Rimbaud, dont l'empreinte est pourtant sensible dans ces Carnets. Mais les événements du hasard, notés par Arion au jour le jour, semblent transposer les moments clefs du destin d'Arthur. Arion incarne ainsi le "travailleur" qui pourrait succéder au Rimbaud "voyant" et poursuivre son oeuvre.

  • Les manifestations des défunts sont un thème qui ne fait pas sourire, quand il est abordé par de prestigieux poètes ou penseurs. Or la parole écrite, quelles que soient ses formes, pas seulement livresques, peut elle-même jouer un rôle initiateur dans la perception de ce phénomène. L'illusion des frontières entre la vie et la mort, le rêve et la réalité, est l'objet de ces quatre récits, à mi-chemin du témoignage personnel et des notes de lecture.

  • On ne lit plus aujourd'hui les nombreux essais où Maeterlinck, avec plus de netteté que dans son théâtre, exprime son credo métaphysique. Cet ouvrage est conçu pour réhabiliter sa pensée, en particulier sur la mort, qui selon lui ne fait que prolonger la vie. Les textes du poète belge cités dans cet ouvrage permettent encore d'apprécier sa dépendance méconnue à l'égard de Rimbaud.

  • L'anthologie proposée dans cet ouvrage complète l'étude récemment parue Maeterlinck : "Naître par la mort" (Orizons, 2017). Elle concerne les nombreux essais où Maeterlinck a exprimé sa surprenante vision de notre place dans l'univers. Il questionne le mystère qui nous entoure, avec un art dont les qualités poétiques ajoutent à son pouvoir de conviction.

  • La culture judéo-chrétienne, et plus précisément celle dont l'Ancien Testament est le fanal, reçoit depuis longtemps des coups, portés par les hommes qui en rejettent l'influence. Cet ouvrage rassemble divers exemples de ce phénomène, plus inquiétant dans les travaux de certains chercheurs que dans la culture de masse. Enquête fragmentée, soigneusement équilibrée, sur les failles de l'éthique contemporaine, avec son obsession de l'égalitarisme, favorisé par le gommage de la différence du bien et du mal.

  • Le sens du sacré, chez Ernst Jünger, s'est d'abord nourri de l'expérience de la guerre, ressentie comme une manifestation de violence que le sacré, dans ses formes connues, semble conjurer. D'où le désir, toujours plus affirmé chez Jünger, d'une nouvelle transcendance. Mieux que dans ses pensées philosophiques, ces problèmes se poétisent dans ses grands romans, où revivent les mythes dits premiers.

  • [Le] désir de "revivre" Rimbaud semble avoir été partagé par Henri Bosco, qui reconnaissait la grandeur de Ramuz. Le premier roman de Bosco comporte plusieurs références à des oeuvres fort connues de Rimbaud. Même si elles ne sont pas toujours conscientes, ces réminiscences, dans les poèmes et surtout les romans de Ramuz et de Bosco, sont autant de questions posées au mystère du poète et de l'homme Rimbaud, un mystère que rend peut-être moins obscur le regard de ces deux successeurs.

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