• Nous parlons tous latin sans le savoir. Les mots que nous prononçons chaque jour, ceux que nous entendons, voire même que nous utilisons dans notre correspondance électronique proviennent pour l'essentiel du trésor constitué il y a plus de deux millénaires par nos ancêtres les Romains, puis enrichi et préservé d'âge en âge jusqu'aux Temps modernes.
    Le latin est la langue sans laquelle la nôtre n'existerait pas (sine qua nostra non). Elle constitue le fondement de notre identité. Elle a formé nos idées; elle a servi à l'expression de nos sentiments; elle a façonné l'esprit de nos institutions. C'est le latin et nulle autre langue qui, véritablement, raconte notre histoire.
    Cette langue, qui plonge ses racines dans la nuit des temps, continue à vivre, à se développer, à inspirer nombre de créations verbales contemporaines («?un styliste?» de mode?; un réseau virtuel, etc.)
    Le latin c'est aussi la langue du futur.
    Nicola Gardini en fait une démonstration savante et lumineuse, à l'aide de dix mots dont il rappelle l'étymologie et dont il retrace l'évolution sémantique à travers les oeuvres des grands classiques latins et dans les langues romanes jusqu'à nos jours:  ars,  signum,  modus,stilus,  volvo,  memoria,  virtus,claritas,  spiritus,  rete. Ouvrez les yeux: vous les reconnaîtrez sans peine partout autour de vous.

  • Au-delà des considérations coutumières sur la valeur formatrice des Humanités, Nicola Gardini s'adresse ici directement aux jeunes gens qui découvrent le latin, et aux moins jeunes qui en gardent la nostalgie.
    En une vingtaine de brefs chapitres, il retrace l'histoire de cette langue sans laquelle la nôtre ne serait pas?; il fait comprendre les grandes étapes de son évolution d'Ennius à saint Augustin?; il  montre la puissance et l'étendue de son rayonnement jusqu'au seuil du monde contemporain. Son chaleureux discours est illustré par un large choix de textes, présentés dans leur version originale, puis traduits et commentés. La langue qu'il nous apprend ainsi à goûter se fait entendre par la voix de ses plus glorieux témoins.
    Son plaidoyer est aussi un cri d'alarme.
    Sans verser dans l'utopie passéiste, il montre pourquoi il est urgent de redonner au latin une place raisonnable dans notre enseignement, sous peine de nous laisser submerger bientôt par le «?pidgin?» de la communication et des médias, ou par le bavardage des blogs et des textos?; bref, de ne plus avoir sous les yeux qu'un paysage culturel rétréci et défiguré car des pans entiers de nos enseignements littéraires sont comme adossés à la langue de Virgile et de Cicéron.
    Le latin, rappelait naguère Paul Valéry, c'est «?la langue à laquelle nous devons ce qu'il y a de plus solide et de plus durable dans les monuments de la nôtre?». Nicola Gardini nous rappelle l'importance de ce qui est ici en jeu. Il est grand temps d'écouter son message.

  • Pourquoi Ovide? Parce, plus encore que Virgile, c'est l'une des sources les plus fécondes de la littérature et de l'art occidental. Montaigne nous dit que c'est avec lui qu'il prit, dans sa plus tendre enfance, «le goût des livres». Les poètes de la Pléiade, ceux de l'Âge baroque puisèrent à pleines mains dans son oeuvre mais déjà le Moyen Âge avait connu un long «aetas ovidania». On suit sans peine son rayonnement de son oeuvre jusqu'à l'époque moderne.
    Ovide, c'est aussi le destin foudroyé d'un écrivain fêté par la haute société romaine et brusquement exilé par Auguste pour finir misérablement ses jours aux confins du monde civilisé.
    Cette oeuvre et cette vie également fascinantes, Nicola Gardini tente d'en percer le secret.
    Quel est la «source cachée», le principe unificateur qui révèle le «moi profond» du poète? Ne fut-il pas le premier à percevoir dans la nature les lois du changement, la mutation constante des formes, des êtres et des sentiments? Cette audace était-elle compatible avec la fixité de l'ordre impérial? Le plus grand poète de l'Empire ne fut-il pas aussi un  dangereux esprit

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