• Nietzsche

    Paul Valadier

    En affirmant que la vie est exploitation et injustice, Nietzsche ne justifie-t-il-pas des systèmes sociaux d'oppression et d'inégalités.

    Comment fonder sur de tels postulats une conception de la justice, du droit et de l'ordre social qui ait quelque cohérence ou ne soit pas la justification de pratiques foncièrement inacceptables ?

  • On en convient aujourd'hui : face au mensonge totalitaire, face à la violence d'Etat, la conscience (incarnée par les "dissidents") est vraiment, au principe de tout sens de la dignité humaine ; elle est cette petite chose de rien qui oblige à proclamer des vérités aussi élémentaires que "ceci est blanc, ceci est noir" (Adam Michnik).
    Mais qu'en est-il dans nos sociétés démocratiques, socialement très déstructurées : l'appel à la conscience n'est-il pas vain, voire ridicule ? Qu'en est-il après les critiques de la conscience par la philosophie et les sciences humaines : la conscience n'est-elle pas inévitablement celle de la "belle âme" impuissante, n'a-t-elle pas, avec la découverte de l'inconscient, perdu une bonne part de sa crédibilité ? Pour quiconque a encore une exigence morale, ne vaut-il mieux alors se fier à la majesté et à la solidité de la Loi et des lois, qui au moins représentent des références fiables ?
    Tout éloge de la conscience, pour ne pas être naïf, doit tenir compte de ces critiques et mesurer les conditions et les limites de son action. Paul Valadier fait ce parcours des objections avec rigueur. Mais, au terme, il peut écrire que "la conscience est et doit rester une référence fondamentale" : elle seule peut éviter le suivisme si redoutable, poser des actes de résistance, donner vitalité aux démocraties, sauvegarder la dignité des individus.

  • Pour beaucoup, la condition chrétienne est devenue indéchiffrable. Qui comprend encore ce qui peut distinguer un chrétien de tout homme bien né, soucieux de servir son prochain, de respecter les lois, de faire preuve de la tolérance la plus large, en un mot de vivre selon le bien ? L'être-chrétien semble comme dissous dans une culture et une éthique marquées par des références communes, à tel point que les différences s'estompent : tous semblables, tous enracinés sur un même tronc' Il se pourrait bien que ce tronc s'avère chrétien, mais plus d'un entend bien garder de fortes distances par rapport à cette origine.
    Ce livre tente de montrer que l'éthique chrétienne se caractérise par la liberté des ' enfants de Dieu ', vivant de l' ' Esprit ' du Christ. Les chrétiens sont ' du monde ', et Paul Valadier plaide vigoureusement pour qu'ils s'intéressent en tous domaines à la vie de la cité, pour qu'ils ne ' fuient ' pas le monde des hommes ni ne les méprisent (c'est une vieille tentation, très présente encore aujourd'hui chez les gens religieux, y compris non chrétiens). Mais avec la même liberté ils sachent pratiquer le recul, la distance, et parfois le refus, tant à l'égard des lois religieuses que des conformismes mondains.

  • Crise des valeurs, "perte" des valeurs,"retour"de la morale. Sommes-nous irrémédiablement livrés au relativisme moral, au repli communautaire dans une société éclatée, à la fin de l'universel, ou bien, pour éviter le pire, doit-on prêter l'oreille aux appels à une restauration autoritaire de l'ordre ?
    Examinant la pertinence du concept de valeur et son apparition dans l'histoire de la philosophie, notamment au prix d'un certain effacement de l'idée ancienne du Bien, mesurant les chances qu'offre cette notion moderne et ses limites dans un monde où chaque communauté revendique la particularité de sa culture, Paul Valadier, jésuite, professeur de philosophie morale à Paris (centre Sèvres) et à Lyon (Université catholique), apporte une importante contribution au débat qui agite notre temps. Evoquer les valeurs dans la réflexion morale, c'est souligner l'engagement d'une liberté, mais aussi courir le risque de laisser penser à la toute-puissance d'un individu atomisé et source unique de la vie éthique.
    S'il n'est guère possible de se passer du concept de valeur pour penser la décision morale, Paul Valadier ne se prive pas pour autant d'en faire une analyse critique. Bien comprise, la morale des valeurs porte en elle la réconciliation par le haut de la morale du Bien et de celle marquée par le désir.

  • Il faut lire Jacques Maritain, soutient avec passion Paul Valadier. Avec le choc des totalitarismes, la faiblesse voire la démission des démocraties et la proclamation toujours plus forte des droits de l'homme, les débats d'idées politiques ont été vifs au XXe siècle; Maritain en fut partie prenante. Mais étrangement, le philosophe chrétien est resté dans l'oubli. C'est pourtant l'un des rares à réfléchir à l'avenir de la cité en partant de l'inspiration évangélique, pour promouvoir une démocratie vivante. D'une plume acérée, Paul Valadier répare cette injustice et réhabilite la pensée de l'auteur d'Humanisme intégral. En ces temps incertains de cynisme et de crise du politique, Maritain peut offrir encore des pistes et des valeurs pour notre vivre ensemble.

  • La cause est entendue : Dieu et César doivent être séparés. La phrase du Christ sur la séparation des pouvoirs fait aujourd'hui loi. Et pourtant, à y bien regarder, la sortie de la religion et la dépression du politique dans nos vieilles démocraties ne vont-ils pas de pair ? Si la prétention et la violence religieuses doivent être combattues, encore ne faut-il pas être aveugle sur la force positive du lien qui unit religion et politique, en particulier christianisme et politique. De cette idée peu avouable par les temps actuels, Paul Valadier démontre avec rigueur la cohérence et la nécessité à travers une relecture d'une part de la tradition philosophique, en particulier de la philosophie politique moderne, d'autre part de la théologie politique, avec les impasses intellectuelles qui, à partir de saint Augustin, ont freiné l'avènement de la ' nouveauté chrétienne '. Cependant, dans les temps récents, on a trop oublié ou méprisé les dynamismes de celle-ci. La ' bonne formule ' du rapport entre religion et politique ne saurait se réduire au slogan de la laïcité française : ' Chacun chez soi '. Il faudrait plutôt parier que les religions sont capables de mobiliser leurs énergies symboliques pour donner à entreprendre ensemble et à espérer en un avenir collectif à construire. Elles ne sont pas nécessairement un pouvoir rival ou ' complémentaire ' : à leur juste place, elles peuvent créer du lien social et porter un avenir que les démocraties oublient facilement au profit des sollicitations immédiates.

  • OEuvre monumentale, parue de 1932 à 1995, voici donc Le Dictionnaire de Spiritualité enfin publié intégralement de A jusqu'à Z, avec un index particulièrement utile. A beaucoup de points de vue, c'était un défi. Le pari a été tenu. On peut même dire que les fruits dépassent le projet primitif, car très vite les perspectives du début ont été amplifiées et précisées. Dans les années 30, lancer l'idée et assurer la réalisation d'un tel dictionnaire pouvait paraître, face au bloc solide du dogme catholique, une entreprise marginale concernant les techniques de prière, les états mystiques et les divers phénomènes qui parfois les accompagnent... A cette époque, la réflexion chrétienne, encadrée et limitée par une théologie dogmatique, en grande partie déductive et obligatoire, avait besoin d'un nouveau souffle. Voici que la spiritualité, fondée en même temps sur l'expérience et sur la liberté qui président à l'invention des divers chemins conduisant à Dieu, renouvelait toutes les questions... Cette révolution tranquille s'est faite lentement, sans bruit, sans excès. A sa place, avec d'autres éléments similaires, elle a préparé l'éclosion irrésistible de Vatican II ; et aujourd'hui, patiemment, elle aide à bien comprendre l'originalité et le dynamisme de ce concile... Des milliers de collaborateurs, provenant du monde entier et de tous les horizons, ont contribué à faire de ce Dictionnaire ce qu'il est : particulièrement utile à tous ceux qui veulent mieux connaître les auteurs spirituels de divers pays, suivre l'évolution des mentalités, des institutions, des grandes notions fondamentales... et plein d'intérêt pour tous les curieux. Ainsi s'est-il répandu à travers le monde entier et dans tous les milieux.

  • OEuvre monumentale, parue de 1932 à 1995, voici donc Le Dictionnaire de Spiritualité enfin publié intégralement de A jusqu'à Z, avec un index particulièrement utile. A beaucoup de points de vue, c'était un défi. Le pari a été tenu. On peut même dire que les fruits dépassent le projet primitif, car très vite les perspectives du début ont été amplifiées et précisées. Dans les années 30, lancer l'idée et assurer la réalisation d'un tel dictionnaire pouvait paraître, face au bloc solide du dogme catholique, une entreprise marginale concernant les techniques de prière, les états mystiques et les divers phénomènes qui parfois les accompagnent... A cette époque, la réflexion chrétienne, encadrée et limitée par une théologie dogmatique, en grande partie déductive et obligatoire, avait besoin d'un nouveau souffle. Voici que la spiritualité, fondée en même temps sur l'expérience et sur la liberté qui président à l'invention des divers chemins conduisant à Dieu, renouvelait toutes les questions... Cette révolution tranquille s'est faite lentement, sans bruit, sans excès. A sa place, avec d'autres éléments similaires, elle a préparé l'éclosion irrésistible de Vatican II ; et aujourd'hui, patiemment, elle aide à bien comprendre l'originalité et le dynamisme de ce concile... Des milliers de collaborateurs, provenant du monde entier et de tous les horizons, ont contribué à faire de ce Dictionnaire ce qu'il est : particulièrement utile à tous ceux qui veulent mieux connaître les auteurs spirituels de divers pays, suivre l'évolution des mentalités, des institutions, des grandes notions fondamentales... et plein d'intérêt pour tous les curieux. Ainsi s'est-il répandu à travers le monde entier et dans tous les milieux.

  • Nos sociétés manquent de repères éthiques pour les grandes décisions qui concernent leur présent et leur avenir. Il s'ensuit de grands désordres pratiques : corruption politique et économique, désarroi des individus, laissés sans normes pour orienter leur vie. Sous l'absence de références communes s'installe sournoisement un nouvel ordre moral, mais de type libertaire. Il se manifeste à travers des décisions récentes du législateur en matière de m'urs, mais nombre de théoriciens se chargent aussi de lui donner des assises et des justifications intellectuelles. Ainsi, la référence à la dignité de la personne, qui fait l'unanimité chez nos contemporains, est devenue la référence légitimante du nouvel ordre moral libertaire. Pourtant, tout se passe comme si cette référence se retournait contre le respect des hommes concrets. C'est le cas quand tel moraliste déclare qu'il est des hommes, appartenant à l'espèce humaine donc, qui ne sont pas des personnes, et des animaux qui, quoique n'appartenant pas à l'espèce humaine, en sont... Ne faudrait-il pas dès lors abandonner une telle référence à cause de ses ambiguïtés ? Cet examen s'impose si l'on ne veut pas tout à fait désespérer de l'homme ni s'abandonner aux désordres de l'ordre libertaire. Car le véritable humanisme ne tient pas dans la défense naïve d'une supériorité illusoire de l'espèce, mais, à l'inverse, dans un sens avisé de sa faiblesse. Et si l'homme trouvait sa dignité dans son indignité même, sa valeur dans la possibilité très réelle où il est de se renier, sa grandeur dans sa fragilité ?

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