• Il y a peu, on a découvert avec un malaise certain que la « beauté » pouvait être le fait trivial d'un corps étranger : d'une prothèse de sein siliconée, par exemple.
    L'introduction d'un « corps étranger » dans l'organe familier a introduit du même coup une série de questions et de doutes dans nos représentations :
    Quels sont les gestes psychiques ? perceptions, évaluations ? par lesquels on décrète qu'il y a un corps étranger et que c'est un intrus ? Et l'hôte qu'est notre corps n'est-il pas lui-même un étranger, autonome, avec lequel on tente sans cesse de se familiariser ? Enfin, le « corps étranger » ne fait-il pas écho à une question sociétale majeure ?
    Tenter de répondre appelle une (re)définition préalable d'un moi-corps, individuel et social, et de nos modèles de pensée.

  • Chez Sa Majesté le Bébé, tout va bien : la toute-puissance fait coïncider « je veux » et c'est. Je veux le sein - il est là. Ensuite, les ennuis commencent : « Je veux » et... rien. Mais la toute-puissance originaire continue sa vie dans la pensée et, plus tard, chacun continue de croire au pouvoir de sa propre pensée.
    Parfois Sa Majesté le Bébé devient un maître, un tyran, un représentant de Dieu, ou simplement un homme d´État. Je veux le sein, et ses substituts sont là - le pouvoir, l´argent, l´amour -, et aussi la chose même.
    Comprendre comment le collectif, complice de ses tout-puissants, peut en venir à affronter alors une impuissance mortelle, n´est-ce pas voir en quoi l´individu devrait admettre en lui-même une impuissance vitale ?

  • Penser/rêver n°14 L'Inadaptation des enfants et de quelques autres COLLECTIF 16 Octobre 2008 [Octobre 3]Rayon : Toutes les revues Collection : Revue Penser/Rêver Editeur :
    Broché / 150*215 240 pages Prix : 20 euros ISBN13 : 978-2-87929-637-1 De l'enfant agité de trois ans, futur délinquant dépistable, aux banlieues chaudes, banlieues dites " à risques ", où le mot " risque " incarne l'inadaptation de manière péjorative, l'époque semble à l'heure de Procuste, et découpe, ici ou là. La visée est que ça s'adapte, que ça entre dans une mesure généralisée, agréable pour partie au sens commun et pour partie à une conception fonctionnelle, réductrice de l'individu et de la collectivité, conception non pensée comme telle et qui ouvre la voie à l'idéologie cognitiviste.
    Il y a au moins deux propositions freudiennes concernant le but de la cure analytique : la capacité d'aimer et de travailler, et la transformation de la misère psychique en malheur banal - plus modeste, la seconde laisse entendre, à l'inverse de la première, que l'inadaptation possède un caractère constitutif et qu'une certaine inadaptation, une certaine perturbation fait partie de la vie - la psychanalyse n'est pas promesse de tranquillité. On l'oublie facilement dans les périodes de l'efficacité à tout prix, du pragmatisme et de la vie sans rêves : l'adaptation produit le malaise dans la culture, elle simplifie le monde en le rendant orthopédique.
    C'est à une ...rééducation de la question que ce numéro souhaite convier le lecteur. Il ne s'agit pas ici d'aller sur l'autre rive et de proposer l'inadaptation comme norme. Mais il reste à lever le manteau idéologique jeté sur le terme d'inadaptation, à envisager la manière dont il infiltre les pratiques quotidiennes, et à préciser les enjeux individuels et collectifs qu'il recouvre.
    Auteurs au sommaire: Laurence Kahn, Yannick François, Philippe Meirieu, André Ouzoulias, Jocelyne Malosto, Gilberte gensel, Mario Magrini, Stéphane Audoin-Rouzeau, Antonio Alberto Semi, Françoise Neau, David Collin, Alain Boureau, Adam Philips, Pierre Bergounioux, Jean-Philippe Dubois, Michel Neyraut, Miguel de Azambuja, Jean Imbeault.
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  • Lettres « à ma mère », ou lettres « à sa mère » quand le recueil est le travail d'un biographe, ou encore « à leurs mères » si c'est une compilation : le courrier publié des anciens enfants à leur mère est abondant, et semble vouloir récuser l'idée de séparation. Ainsi Vincent Van Gogh écrit-il à une « maman de près de soixante-dix ans », avec une intimité non codée : « Le chagrin que nous éprouvons et éprouverons toujours d'une séparation et d'une perte est, me semble-t-il, instinctif ; sans lui nous ne pourrions nous résigner aux séparations, il nous aidera probablement plus tard à nous reconnaître l'un l'autre [...] ».
    C'est peut-être ce qui fait le ciment de ces lettres et les oppose à la fameuse lettre à son père de Franz Kafka : la « Lettre au père » a quelque chose de définitif, tous les anciens fils ? et filles ? de père peuvent y retrouver un père. En regard, quoi ? La perte et un doute terrible de ne savoir comment en dire le regret à la destinataire. S'il ne manque précisément pas de lettres à la mère sans complaisance ni concession, serait-ce qu'aucune n'a l'universalité de celle au père ?
    L'amour sans limite que nous avons eu pour nos mères, en reste-t-il quelque chose quand les années et la haine, éventuellement, quand l'oubli, la déception, la lassitude et la souffrance, les jours anciens, la griffe ou la paix du deuil, quand le lointain et le trop immédiat s'en sont emparés ? On souhaiterait que ce numéro considère, sans trop de précautions, ce que sont nos mamans devenues...

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