Littérature générale

  • Ils sont sur les mers. Ils sont sur les routes. Ils sont en nous, mais hors de tout. Ce sont des devenants. Des sous-vivants, des sur-vivants. Ils migrent d'État en État dans le flux du temps, dans le monde fuyant, dans les no man's land où l'on ne vit plus qu'en dérivant... en dévivant. Je leur fais de la place dans la parole comme ils s'en font dans le cri, les pleurs, les silences de mort. Je libère de l'espace pour que le dernier souffle de notre humanité s'exprime dans le sens de l'air, où l'on va et vient puis se pose, repose, sans terre à soi mais aux quatre vents, qui nous emportent d'être en être, de mue en mue, dans les grandes marées de l'espoir sans bornes. Le poème ? La bouée à la mer que tout homme attend pour gagner le large où son rêve le mène.

  • Huées

    Pierre Ouellet

    Le nouveau recueil de Pierre Ouellet, Huées, forme un retable avec deux autres recueils : Buées et Ruées. Huées y représente la partie centrale, lautel sacrificiel qui en constitue le cur immolé, arraché. Les hululements quil fait entendre, plus hauts que les hurlements de ses victimes, sont le souffle resté sur terre des vies emportées qui ne parlent plus que par la bouche de leur colère, de leur désir, de leur amour et de leur haine. Le poème, comme la prière, accentue le bruit de leur respiration daprès la mort, le son que rend lhaleine à nouveau fraîche que la mémoire des survivants garde tel un secret de la vie achevée.

  • Je n'ajoute pas un art poétique à des centaines d'autres, souvent interchangeables. Je ne parle ni d'art ni de poétique... mais d'ars, façon qu'on a d'être vivant, et de poesia, façon de créer ce vivant là, ce survivant, ce renaissant, ce recréant. Nous sommes des créants, non pas des mécréants comme on le croit, qui n'ont foi en rien, pas même dans la parole qu'on leur donne. Nous sommes des créants en Dieu sait quoi, mais des créants quand même, qui ont le poème pour seule prière, la parole comme acte de foi, le chant comme sacrement... Des créants magnifiques, qui ont perdu toute confiance en eux, en l'Homme, mais pas dans les mots et les phrases qui en tiennent lieu dans la parole, leur « acte de naissance » à autre chose qu'eux-mêmes : le don de l'air, de l'autre souffle.

  • Ruees

    Pierre Ouellet

    "Ruées" termine le triptyque entamé en 2012 avec "Buées" et "Huées" (L'Hexagone et Le Noroît) - ces trois livres représentant autant de volets d'un même retable. "Ruées", le tout dernier, vient offrir un point d'orgue aux deux autres. Ainsi, après l'histoire d'un inamour, ou d'un hainamour, et la cristallisation de son effet en l'embauche d'un tueur à gages - nommé Dieu - pour achever l'être aimé, le présent recueil propose le son d'après la mort : la relation déchirante et déchirée à l'absence de l'autre désormais mort.

  • La littérature est devenue le lieu d'une véritable Critique de la raison esthétique, où la conception dite moderne de la subjectivité, cartésienne et lockienne, est constamment battue en brèche, dans le cadre de ce qu'on peut appeler une « philosophie sensible » où c'est l'imagerie verbale qui joue le rôle de l'argument des philosophes.C'est l'histoire intime de ces métamorphoses du sujet dans ses manières de voir et de sentir qu'une poétique du regard cherche à décrire et à raconter. D'abord en dégageant les conditions de mise en discours du sujet percevant et énonçant, tel qu'il se déploie dans l'espace et le temps, dans la poièsis et l'aisthèsis, dans la figurativité de la langue et le schématisme de l'imagination, dans l'énonciation de la quantité et de la qualité et dans l'expérience des valeurs et des tensions. Puis en analysant les différentes configurations « esthésiques » auxquelles cette subjectivité perceptive et énonciative a donné lieu au cours des temps, en particulier dans les dernières décennies, à travers les formes de la description, l'expression poétique du mouvement, l'hétéroception ou la représentation de l'autre, l'image kinesthésique, l'acte de lecture, le récit exemplaire et l'inscription historique de la connaissance littéraire.Si la première partie du livre traite du cadre général dans lequel la vie perceptive et énonciative du sujet peut être étudiée, la deuxième partie explore de manière concrète, à partir de textes littéraires qui vont de Nerval à Eco en passant par Flaubert, Artaud et Saint-Denys Garneau, les modes d'inscription de la subjectivité dans des configurations sensibles particulières, où se manifestent de nouvelles façons de voir et de dire qui sont éminemment révélatrices des mutations éthiques et esthétiques que connaissent nos sociétés et notre histoire, de moins en moins assurées de leurs assises.

  • Talisman

    Pierre Ouellet

    « Je sors de mon histoire : j'entre dans la légende, qui n'est à personne, à qui je l'enlèverais. Je la redonne au monde : la rétrocède à qui elle appartient de tout temps... au ciel et à la terre entre lesquels elle n'a cessé de se déplacer comme l'arbre croît, le loup hurle à la lune, le peyotl et le pétun partent en fumée dans le grand calumet de paix que l'âme abrite au creux de l'être le plus secret. » Comme le poète l'indique dans sa présentation, la symbolique autochtone agit ici comme source première de création dans une oeuvre depuis longtemps attentive aux possibles identités de l'être.

  • La littérature des dernières décennies, après les engagements politiques qui ont été les siens au cours du XXe siècle, a donné lieu à un scepticisme plus ou moins radical, pouvant confiner au cynisme et au nihilisme. Ce qui a entraîné deux attitudes fondamentales de la part des écrivains : d'abord le repli sur soi, où la vie intime prend le relais de l'engagement social, au profit d'une activité autofictionnelle qui gravite dans la sphère du privé, puis l'usage documentariste ou archivistique de la littérature, suivant lequel la fiction se met au service des faits, non plus des idéologies ou des utopies, en témoignant des problèmes sociaux à travers des cas particuliers, qu'on documente de façon empirique, à la manière du journalisme, de l'historiographie ou des sciences humaines.

    Le présent ouvrage vise à caractériser le type d'« efficacité symbolique » propre à la littérature actuelle, entre le repli esthétique dans l'oeuvre et le rejet éthique de l'oeuvre. L'hypothèse de fond est que la littérature ne relève pas d'une simple action sociale ni d'un pur activisme politique et encore moins d'un acte privé, isolé, autotélique ou autosuffisant, mais d'une force et d'une forme symboliques essentielles au fonctionnement de nos sociétés, comme peuvent l'être les mythes et les rites dans les cultures dites « traditionnelles ». C'est le phénomène même de la littérature, bien plus que telle ou telle oeuvre plus ou moins « impliquée » dans son temps, qui doit être interrogé en profondeur, dans sa nature, ses enjeux et sa portée, pour qu'on puisse mieux comprendre le rôle « fondateur » qui est le sien à l'époque de la post-historicité et de la post-humanité, où l'on revient sur la définition même de l'Homme et de l'Histoire comme sur celle de l'Art ou de l'Acte littéraire en tant qu'Ars au sens originaire de « manière d'être ou de vivre ».

  • Les lieux nous engendrent autant que nos père et mère. Ils donnent naissance à nos façons d'être et de parler, de vivre, d'aimer, même de mourir. Trois Grands Enfants explorent dans ses recoins les plus secrets la forêt montmorencienne, dans l'arrière-pays de Beauport, leur « port d'attache », dont ils se détachent petit à petit pour épouser le grand large que les bois incarnent avec leurs défis et leurs dangers. Ils y découvrent qu'ils ne sont pas encore nés : ils s'accoucheront dans la douleur et dans la joie, sortant peu à peu de leur longue incubation grâce à la puissance de la Poésie, langue première des bêtes et des plantes qui composent le peuple des forêts, cette grand partition de la vie à l'état brut qu'ils interprètent jusqu'à la dissonance et au charivari. Entre fable et poème, mémoire et essai, Port de terre met en oeuvre toutes les ressources du langage pour raviver le grand big bang qui nous ré-enfante à chaque instant.

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