P.O.L

  • Tricks

    Renaud Camus

    Ceci n'est pas un livre pornographique. Ni exploitation commerciale du sexe, ni tentative de titillation du lecteur : ratages et demi-fiascos, contingences et ridicules sont relatés au même titre que les plaisirs les plus heureusement partagés. Nulle prouesse. Ceci n'est pas un livre érotique. L'art du narrateur, si art il y a, ne consiste pas en un effort pour rendre plus poétique le récit, plus culturel, plus relevé ni, partant, plus acceptable socialement. Pas d'esthétisme. Ceci n'est pas un livre scientifique, certes, pas même un document sociologique. Les épisodes rapportés ne doivent leur agencement qu'au hasard, ou aux déterminations les plus subjectives. Ce livre essaie de dire la sexualité, en l'occurrence l'homosexualité comme si ce combat-là était déjà gagné, et résolus les problèmes que pose un tel projet : tranquillement.

  • Aguets ; journal 1988

    Renaud Camus

    «Cette fois nous n'avons plus le prétexte de Rome, de l'Italie, du voyage, du spectacle du monde : el viajo que narro es... autour de ma chambre, comme dit Carlos Argentino Daneri, l'admirable et ridicule poète, "Second Prix National de Littérature", que Borges met cruellement en scène dans son Aleph. Et les "aguets" dont il est ici question sont bien souvent déçus, fatalement. Peuvent-ils offrir autre chose, dès lors, qu'une "décevante" lecture? Pertinente inquiétude, certes, si je puis me permettre. "Tandis que, d'un autre côté...", comme dit cette fois Laforgue, qu'en serait-il, je vous prie, d'une lecture qui ne serait pas "décevante" ? La littérature ? nous n'y prétendons pas tout à fait, "mais tout de même" ? la littérature ne commence-t-elle pas à la phrase qui ne fait pas absolument son travail, qui ne dit pas exactement ce qu'on s'attendrait à ce qu'elle dît, qui ne donne pas ce qu'on a payé pour qu'elle nous fasse entendre? Et le comble de la forme "journal", d'autre part, son essence, sa fin, son fin des fins, ne serait-ce pas de montrer un homme qui tiendrait avec une si maniaque assiduité son journal qu'il ne pourrait plus avoir d'autre activité journalière que celle-là, puisqu'elle lui prendrait tout son temps? J'écris que j'écris Aguets, voilà quoi. Si notre scribe avait une existence palpitante, au contraire, s'il faisait tous les matins la révolution, l'après-midi la guerre, le soir l'amour et la nuit la critique de la Raison pure, non sans déjeuner entre temps avec Gorbatchev, goûter avec le prétendant au trône de Moldavie pour finalement dîner avec Arielle Dombasle, ou Marie-France Garaud, voire Bertrand Poirot-Delpech, ou l'inverse, je ne sais plus, il se ferait la part trop belle, à mon avis, et ce ne serait plus de jeu, vraiment. Ici rien de tel, rassurez-vous. Rien dans les mains, rien dans les poches (encore que...). Lisez Aguets, je ne saurais trop vous le conseiller : on s'y tient les côtes de bout en bout. C'est un bloc de pur glamour. Et l'on reste pantois de voir l'univers entier avec ses plages, ses bars, ses basiliques, ses cuisines, ses critiques littéraires, ses tragédies et ses beaux promenoirs, tenir à l'aise dans une si mince plaquette.»

  • Lire est de même se retirer du monde, peu ou prou, sapprocher de la fontaine, traiter de pair à compagnon avec la nuit. "Je ny suis pas", dit l'homme qui lit : je suis sorti de moi par lil, le souffle et la virgule, ce corps nest celui de personne, respectez-le comme tel, vous avez raison davoir peur. Toute phrase est une clef des champs. Mais les champs sont à leur tour autant dincipit, les bois des guillemets, dans cette ferme abandonnée nous aurions bien tort de ne pas reconnaître une victime, encore une, de la concordance implacable des temps. Je parle dune source : cest une source qui parle.

  • Vie du chien horla

    Renaud Camus

    «On fit pour lui un trou sous la façade au midi, un peu à l'écart des autres chiens : c'est ainsi qu'il avait vécu. Sa tombe se trouve exactement sous la fenêtre de son maître, celle d'où vient la lumière à la table de travail, toute la journée. Et quand le maître, pour mieux observer la campagne, fait quelques pas jusqu'à cette embrasure, la pensée du Horla monte vers lui, de la dépouille enterrée là, dix ou quinze mètres plus bas. Elle se mélange dans son regard au paysage, à ces plateaux et ces collines, ces bois, qu'ils ont tellement courus ensemble, l'homme et le chien.»

  • «L'une de mes aïeules, s'il faut en croire telle rustique parabole de la tradition familiale, reprochait à son époux de reprendre, à table, du pain pour finir son fromage, puis du fromage pour finir son pain ; et, j'en ai peur, ainsi de suite. Vigiles mène à son terme, septembre 1987, la relation quotidienne de ce séjour à la Villa Médicis dont avait rendu compte, jusqu'à la fin de 1986, et non sans un maniaque scrupule d'exhaustivité, déjà, le précédent Journal Romain ; puis cette tâche accomplie, le présent volume en profite pour suivre à son tour l'année vers sa clôture. Après quoi, c'est à craindre, il n'y a plus vraiment de raison de s'arrêter... La graphomanie s'affiche ici pour ce qu'elle est, entreprise échevelée d'écriture de la vie. Et le "journal", lorsqu'il prend ces proportions déraisonnables, se désigne sans l'avoir voulu comme le genre et le lieu par excellence de cet échange entre tous délectable, des heures avec les mots, des ciels avec les points et les virgules, des plaisirs avec les guillemets, des mélancolies même avec les paragraphes. La fenêtre, la montre, la phrase : unique syntaxe d'être. Le diariste éperdu ponctue directement la matière même des jours. Qu'il y ait une allégresse à cette perversion comme à toutes, c'est bien la moindre des choses ; elles coûtent assez cher! S'écrire tout entier, c'est jouir au plus près d'une fusion, fébrilement fabriquée sous l'instance indifférente de la langue, entre l'individu, fût-il isolé comme personne, et tout ce que ses yeux, ses attentes, ses nerfs, ses colères, ses désirs, ses passions, son absence même et ses insomnies, sont capables d'offrir à sa littérale dispersion : tableaux, adagios, actualités, jardins, Siciles et voluptés ; autres récits, autres prunelles, autres vigiles. Vous avez déjà lu ce livre ; c'était pendant que je l'écrivais. Vous vous y retrouverez certainement, quoiqu'il y soit peu question de vous : car il n'est pas possible que votre regard, par dessus mon épaule, n'ait pas laissé de trace entre les lignes.»

  • Le département de l'Hérault n'est pas ce que l'on croit. En fait il en est peu, parmi les départements français, qui ressemblent moins à leur image. On pense à lui, on voit des plaines viticoles et des plages. Pour la plus grande part, cependant, il ressemble plus à la Lozère qu'à la Côte-d'Azur. Entre Cap-d'Agde et Saint-Jean-de-Buèges, entre Lunel et Saint-Pons-de-Thomières, il ne ressemble même pas à lui-même. Et ce malentendu accroît sa solitude. Or, s'il est un des conservatoires de plusieurs civilisations à leur meilleur, et le laboratoire d'une ou deux autres - pas forcément très engageantes -, la solitude possède en lui nombre de ses hauts lieux. Mais elle est peut-être une civilisation, elle aussi ?

  • Est-ce que tu me souviens? est un livre tout à fait autonome, et ce n'est pas un «hyperlivre». Néanmoins c'est une partie de l'immense hyperlivre Vaisseaux brûlés (http://perso.wanadoo.fr/renaud.camus), lui-même extension en arborescence de P. A. (petite annonce), P.O.L, 1997.
    Outre P. A. soi-même, qui offre à Vaisseaux brûlés la structure centrale de ses 999 paragraphes, sont déjà parus sur papier, tirés du même ensemble en extension permanente, Ne lisez pas ce livre! (P.O.L 2000), arborescence du paragraphe 1 de P. A. (1. Ne lisez pas ce livre! Ne lisez pas ce livre!*), et Killalusimeno (P.O.L 2001), arborescence du paragraphe 2 (2. Oh! Laissez-le dormir, je vous en prie! Laissez-le reposer parmi les arcanes silencieux et profonds, profonds comme quarante univers, quarante mille, quarante millions, de tout l'écrit qui n'est pas lu ** (536) ! Ne l'en arrachez pas pour rien!).

  • Notes sur les manières du temps est un recueil de fragments de taille variée et de caractère autobiographique, romanesque et fortement digressif ; tous ont pour prétexte, néanmoins, la question des manières (ou de leur défaut) dans la vie sociale aujourd'hui. Il ne s'agit nullement d'une anthologie plus ou moins modernisée des préceptes classiques du savoir-vivre, encore moins d'un tableau de la «mondanité» au sens étroit, mais plutôt d'une série d'épisodes ou de saynètes touchant au plus quotidien de l'existence en commun : manières des garages, des cafés, des restaurants, des hôtels, des cinémas, des théâtres, des chauffeurs de taxi, des agents de police, des douaniers, des journalistes, des employés de banque ; rites du bonjour, du pardon, de l'invitation à dîner, du petit-déjeuner, de la drague, de la correspondance, de la galanterie ; syntaxe de l'escalier, de la porte, de la banquette, du sentier de montagne. Le thème central des manières est orchestré par une réflexion fragmentaire et récurrente sur la nature et la culture, la sincérité et la politesse, la franchise et la distance, la subjectivité et la profondeur, la simplicité et le décorum, et sur leurs antinomies réelles ou prétendues : déjà exploitée par Renaud Camus dans Buena Vista Park et dans toute son oeuvre, la «bathmologie», science à demi sérieuse des degrés, des niveaux de langage et de comportement, devient ici un véritable instrument d'investigation. Mais les figures qu'elle révèle sont soumises à variations par les voyages, ceux d'une écriture baladeuse, qui ne tient pas en place, et ceux d'un écrivain promeneur, de l'Espagne à l'Italie, de la Yougoslavie à la Grèce, du métro parisien à un vallon perdu de Naxos. Le tout s'ordonnant autour d'une conviction discrète mais obstinée : la nécessité «politique» d'une nouvelle urbanité.

  • Renaud Camus est né à Chamalières, il y a passé une partie de son enfance. Cette élégie est l'occasion d'un retour vers ce pays natal, d'une interrogation non pas tant sur les origines que sur ce mouvement qui nous pousse toujours à aller vers elles, à les interroger et à interroger notre identité. Renaud Camus convoque, comme dans chacun de ses livres, infiniment plus que ce qu'il s'est proposé de chanter. Détours par les oeuvres, l'Histoire, les paysages et les lumières, détours innombrables grâce auxquels se déploie sa prose.

  • Renaud Camus part pour la Lozère, afin d'écrire une sorte de guide de ce département qu'il aime, et qui bat tous les records à l'envers. Il est toujours le moins. Et plutôt qu'une succession de lieux remarquables, il est pur espace, non lieu. On n'y va pas pour y voir ceci ou cela, on y va pour y éprouver, on y va pour y être. Et comme tout plus être commence nécessairement par l'expérience d'un moins être, voire d'un non être, la Lozère, ce nulle part, territoire par essence de la géographie négative, est l'occasion ou jamais d'être positivement Personne, à l'instar d'Ulysse, le voyageur. Sur les ruines de Peyre, en effet, il n'est pas jusqu'au nom qui ne lâche : il ne tient pas plus à vous que vous ne tenez à lui, et n'importe quel autre, pourvu qu'il vous plaise un moment et ne soit à personne, lui non plus, fera l'affaire aussi bien jusqu'à la prochaine fois. Ces histoires de nom, c'est toujours un roman, par en dessous. Rien n'empêche qu'un roman, cela dit, soit très scrupuleusement un guide, avec son index des noms, même.

  • Comme à laccoutumée, ce nouveau tome du Journal de Renaud Camus nous fait partager de nouveaux émois, de nouvelles colères, dautres lumières et dautres visages, des corps et des gestes, des musiques et des silences. Dautres, les mêmes pourtant, sans cesse changés et repris. Circule ici, comme toujours et comme jamais cette 'avidité dêtre qui fait les heures toujours trop courtes, les jours trop rapides, les semaines trop peu nombreuses, le monde trop vaste pour la curiosité que jai de lui. [...] Cest une course avec la mort, et elle la gagnera fatalement. Mais cest une course qui loblige à courir un peu, elle aussi, au lieu dattendre paisiblement que dennui je tombe entre ses bras.'

  • Etc ; abécédaire

    Renaud Camus

    Etc. Abécédaire d'une "oeuvre" en grande partie imaginaire, fantasmée, dérobée, d'un désir d'oeuvre, plutôt. Carte infiniment extensible, en son principe, et qui pourrait finir, n'y prendrait-on garde, augmenterait-on l'échelle, par devenir si vaste qu'elle recouvrirait entièrement le pays dont elle se prétend la carte - jusqu'à pouvoir se substituer à lui, qui sait (plus précise, même, en de certaines parties, que cette contrée élusive inachevée).

  • Les Journaux de Renaud Camus participent-ils d´une entreprise échevelée d´écriture de la vie et, de fait, la vie passe dans ces pages... Ils sont, en tout cas, le lieu du délectable échange des heures avec les mots, des ciels avec les points et les virgules, des plaisirs avec les guillemets, des mélancolies mêmes avec les paragraphes. Sans doute, s´écrire ainsi tout entier, c´est jouir au plus près d´une fusion, fébrilement fabriquée sous l´instance complice de la langue, entre l´individu et tout ce que ses yeux, ses attentes, ses nerfs, ses colères, ses désirs, ses passions sont capables d´offrir à sa vigilance : tableaux, adagios, actualités, jardins, Bosnies et voluptés.

  • Du sens

    Renaud Camus

    La question qu'ouvre ce livre ramène nécessairement à l'inépuisable dialogue entre Cratyle et Hermogène, chez Platon. Cratyle s'attachant au sens des mots, tel qu'il a été d'après lui défini une fois pour toutes (ainsi dirait-on toujours, aujourd'hui, que 'formidable' ne devra jamais dire qu''effrayant', 'redoutable', ou que 'scabreux' doit définitivement signifier, comme à son origine, 'escarpé', 'abrupt', 'raboteux'). Hermogène, lui, plaide pour la convention, le contrat, l'évolution, le glissement de sens à partir du moment où un accord général se fait. Globalement on peut dire qu'Hermogène a raison, de plus en plus raison, et que Cratyle a tort, de plus en plus grand tort. L'ennui est que Cratyle n'a pas tout à fait tort, d'une part, et que son tort, qui pis est, se révèle souvent plus séduisant, plus riche, plus littéraire que la raison d'Hermogène ? de sorte qu'on n'échappe guère à la tension maintenue, entre les positions de l'un et de l'autre ; ni n'arrive-t-on seulement à le souhaiter vraiment. Indéfiniment vibrante, la corde tendue par leur échange définit un grand arc où n'a pas de mal à se loger une discussion détaillée, point par point, ligne à ligne, de ce qui fut en son temps 'l'affaire Renaud Camus'.

  • Ce livre est la deuxième livraison sur papier du site Vaisseaux brûlés (perso.wanadoo.fr/renaud camus). Il se présente sous un faux nom. Son vrai titre est («Pallaksch, Pallaksch»). Mais ce titre était déjà pris, par un recueil de nouvelles de Liliane Giraudon, paru aux mêmes éditions P.O.L.
    «Pallaksch, Pallaksch» est le dernier vers du poème de Paul Celan, Tübingen, Janvier. Ce sont les mots que prononçait Hölderlin dans sa tour, à Tübingen, quand il voulait signifier à la fois oui et non. Dans le même temps il refusait qu´on l´appelle Hölderlin et demandait qu´on le nomme Killalusimeno. Lors de leur dernière entrevue, le jeudi saint de 1970, Heidegger proposa à Celan, pour l´été, un voyage en commun «sur les sites hölderliniens du haut Danube». Mais Celan se jeta dans la Seine, le 20 ou le 21 avril, du haut du pont Mirabeau.
    Un Roman, si l´on veut. On y croise aussi Ungern von Sternberg, Héraclite l´Obscur, «je», W., Warhol et le chien Horla.

  • «Son éditeur souhaiterait un titre pour ce livre, que je ne puis éternellement appeler Notes sur l'art, la langue et la situation culturelle, tandis que Mélanges d'esthétique et de morale risquerait bien de n'obtenir, non plus, qu'un assentiment mitigé, de la part de MM. les Représentants. Diable, grave question. J'en discute avec mon irremplaçable "Grand ami Hubert", ou Flatters, qui prend toujours pour moi toutes décisions importantes, en ces domaines. Que dirait-il de Contre le siècle? Rien de trop bon, justement. Il ne faut pas être contre, à l'en croire. Les pensées contre sont des pensées mortes. Et d'ailleurs je ne serais pas si hostile au siècle, d'après lui, que je veux bien le prétendre. - Quoi, tous ces malotrus, au niveau du vécu, et les paysages massacrés? - Oui, mais tu n'as rien contre l'art contemporain, par exemple? J'admire au passage le par exemple, et suis bien obligé de répondre que "non". Exit Contre le siècle, donc. - Et quelle serait ton opinion, alors, sur Esthétique de la solitude? - Esthétique de la solitude? Mais c'est un pléonasme!»

  • Roman roi

    Renaud Camus

    Un oubli immérité recouvre Roman II, roi de Caronie de 1927 à 1930, puis de 1933 à 1948. Cet oubli ne fait que refléter, d'ailleurs, la curieuse opération à laquelle se livrent les autorités actuelles de la République populaire de Caronie, et qui consiste, en somme, à substituer une histoire à une autre. Loin de nous de prétendre que celle qui est enseignée de nos jours dans les écoles du pays, et qu'exposent à l'étranger les nombreux volumes diffusés par les soins du présent régime, soit imaginaire. Non. Les grèves, les mouvements ouvriers, les formations de syndicats, les luttes prolétariennes dont cette Histoire désormais officielle fait état ont sans doute existé. Mais sans doute aussi n'ont-ils pas eu l'importance qu'on leur donne maintenant. Du moins les contemporains, abusés à leur manière, peut-être, mais en sens inverse, ne les ont-ils guère remarqués. Ils vivaient une autre Histoire où s'agitaient d'autres personnages, qui nous sont aujourd'hui restitués. Mais Roman Roi n'est pas seulement un document historique. C'est aussi un drame d'amour et d'aventures sur fond de guerre et de conspirations, le portrait, sensible et profondément humain, tracé par un de ses proches, d'un homme à la personnalité complexe et attachante, et une évocation chatoyante des figures hautes en couleurs qui jouèrent un rôle dans sa vie ou dans son règne, des «dames d'Arkel», ses aïeules, à son ami le marquis Hito, le jeune ambassadeur du Japon, de «l'Archange», Gabriel Nomarek, fondateur de l'Arc noir, au maréchal Warohlmeck sans oublier, bien sûr, la fascinante lady Diana Landsor, qui sera la dernière reine de Caronie.

  • Par délicatesses on doit entendre ici, bien entendu, subtilités, et de préférence agréables : finesses, élégances, raffinements. Mais on ne peut pas ne pas entendre aussi, et peut-être surtout, délicates questions, points sensibles, occasions de débats, peut-être même de disputes. En ce sens, c´est l´auteur d´un tel livre qui risque fort, le publiant, de se mettre en délicatesse avec ses contemporains...

  • éloge du paraître

    Renaud Camus

    'Le paraître est du côté de la civilisation. C´est le moins qu´il puisse faire, puisque c´est lui qui l´a créée. L´homme est sorti de la barbarie le jour où il a commencé à se soucier du regard de l´autre sur lui, et de l´opinion qu´on pouvait entretenir à son sujet, en face. L´homme est sorti de la barbarie le jour où il s´est vu dans un miroir, ou dans le cours, Narcisse, d´une onde claire. L´homme est sorti de la barbarie le jour où il est sorti de l´être : il voulait voir un peu de quoi l´être avait l´air, vu de l´extérieur.
    Nous appellerons paraître cette légère couche de paranoïa qui a inventé la ville et même la cité, la civilité, la convention, l´art, la morale, la littérature et le geste inutile.
    Jeune, c´est par vanité qu´on se regarde dans les miroirs ; plus tard c´est par prudence, ensuite par politesse, et finalement par modestie.'

  • K. 310 ; journal 2000

    Renaud Camus

    «Il faut bien le savoir, on ne peut pas mener contre la presse une guerre médiatique. S'y essaie-t-on, on se trouve à peu près dans la situation d'une armée qui n'aurait d'autres munitions que celles que l'ennemi lui envoie pour donner l'illusion qu'il y a une vraie guerre, à la loyale. Il serait trop peu dire que l'adversaire a le choix des armes : il en dispose seul. Il dispose seul du choix du terrain, il dispose seul du choix du moment. Il dispose entièrement de vous. Vous n'êtes qu'une marionnette entre ses mains, qu'il revêt du costume ou de l'uniforme de son choix, et qu'il agite un peu de temps en temps, pour donner au public l'illusion que son pouvoir n'est pas absolu.
    Tout livre doit hurler à son lecteur : ne compte pour me connaître que sur toi. Ne me juge qu'avec tes propres yeux, et ton propre esprit. Cherche-moi par toi-même et cherche par toi-même les livres qui me suivront, comme ceux qui m'ont précédé. Ne m'oublie pas. N'oublie pas que je ne vis que par toi, et que tout est fait pour nous séparer. Ne compte pas sur le journalisme pour te parler de moi. À mon sujet, ne fais confiance ni à son silence, ni à sa parole. Souviens-toi que nous sommes en guerre, lui et moi. Souviens-toi que nous sommes en guerre. Souviens-toi qu'il occupe entièrement le pays. Ne m'oublie pas. N'oublie pas mes frères. Souviens-toi que nous serons de plus en plus difficiles à trouver, selon toute vraisemblance - de moins en moins visibles, de plus en plus entourés de silence. Souviens-toi que nous prenons le maquis, eux et moi, et que nous retournons à la nuit, dont nous ne sommes sortis qu'un moment, deux ou trois siècles.» K. 31O est le journal de Renaud Camus pour l'année 2000, celle de l'"affaire Camus" qui fit couler tant d'encre. Au milieu de cette campagne violente, l'andante cantabile de la sonate Köchel 310 de Mozart était la seule musique dont son oreille s'accommodât.

  • Commande publique

    Renaud Camus

    L'intervention d'artistes, peintres, sculpteurs, vidéastes et plasticiens divers dans chacune des stations du métro de Toulouse est une des «commandes publiques» les plus importantes, cohérentes, conséquentes et même exhaustives dont ville du monde ait été le théâtre en les dernières décennies. Dans ce livre qui est lui-même une commande publique, Renaud Camus s'interroge sur les possibilités et les conditions de pertinence artistique et sociale de pareille entreprise dans une société telle que la nôtre.

  • Roman furieux

    Renaud Camus

    Si Roman Roi était en quelque sorte La Chute, Roman Furieux serait Après la chute. Le Roman qu'on a vu régner tant bien que mal, parmi les intrigues, les drames, les passions et les crimes, sur ce royaume obscur et menacé, la Caronie, voici qu'il a maintenant perdu son trône (1948). Il pourrait perdre bien autre chose, l'amour, une certaine idée de soi, la foi, l'espérance et la tête ; et devenir ainsi, comme le Roland de l'Arioste, proprement fou furieux. S'éloignant toujours plus de sa patrie, de la femme qu'il aime, de son rôle, de son destin et de lui-même, il n'a plus pour histoire qu'une errance de tous les exils. Du moins le mène-t-elle, à travers les lieux les plus beaux, Athènes, Ravello, Florence, Paris, l'Auvergne, les côtes de Cornouailles ou celles de Galice, les hautes solitudes de la Castille romane ou les jardins du Portugal. Il ne peut se retrouver, ou se perdre définitivement avec elles, que dans la métropole des illusions, Hollywood. Ce ne sera que l'avant-dernière étape.

  • Lesquère, un château en Gascogne. De l´autre côté de la rivière et de la vallée, un autre château, qui depuis toujours regarde le premier. Dans ce paysage apparemment tranquille est projeté le jeune Vincent, après qu´il a fait la connaissance, à Toulouse, une nuit, à la Prairie des Filtres, du comte Adam Wloszczowiecki, châtelain désargenté, rugbyman modèle et agriculteur accablé. Mais c´est avec toute une étrange famille que le garçon inaugure une étrange liaison. Eux prétendent le révéler à lui-même. Il a la passion de la lumière, telle qu´elle varie sans cesse, sur la campagne. N´y aurait-il pas là de quoi faire un artiste? Ou bien si c´est compter sans l´ombre, et sans les hommes de l´ombre? À l´instar des plus classiques récits, cette manière de roman de formation voit se contempler, souvent sans qu´ils se reconnaissent, les pères et les fils, le levant et le couchant, l´évidence et le secret, le passé et le présent, la plus vieille Europe et le continent noir, tout ce qui tombe avec ce qui pourrait, peut-être, s´élever on ne sait comment vers l´inconnu.

  • Il n´y a pas de problème de l´emploi. Il y a un problème de revenus, d´une part, et il y a un problème de temps : un problème de revenus qui manquent, et que l´on ne saurait où trouver ; un problème de temps qui est en excès, au contraire, et dont on ne saurait que faire. Un problème de recherche d´argent, un problème d´usage du temps. L´un est économique, l´autre est ontologique. Tous les deux sont métaphysiques. Le problème économique se présente comme une quête, le problème ontologique se présente comme une épreuve. Où chercher? doit-on se dire ici. Que faire? est-on forcé de se demander là. Il faut changer d´époque. Il faut changer de mots. Ce qu´il faut, c´est mettre le problème cul par-dessus tête.

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