• Si on veut connaître un lieu, il faut commencer par connaître les histoires qui le hantent. Noah Richler, pendant trois ans, a sillonné le Canada à la rencontre de ses écrivains. Il leur a fait parler des paysages, des idées, des débats qui caractérisent ce pays fortuné mais incertain.

    Mon pays, c'est un roman est un livre audacieux, qui embrasse large. Noah Richler y révèle la richesse et la diversité d'un pays où s'affrontent des récits discordants, récits qui sont souvent beaucoup plus révélateurs que l'histoire officielle. Il en arrive à la conclusion que la littérature canadienne a connu trois âges : l'ère de l'invention, l'ère de la cartographie, l'ère du débat. Il montre comment la forme romanesque a imposé son hégémonie sur les récits des Premières Nations, comment elle s'est déployée avec chaque nouvel arrivant, comment les histoires que nos meilleurs auteurs ont couchées sur papier ont forcément une dimension politique. Au cours de ses pérégrinations, il a croisé pas une, mais plusieurs « sociétés distinctes » (il consacre des chapitres particulièrement intéressants au Grand Nord, à Terre-Neuve et au Québec), et il a pu observer la place prépondérante que tient la ville à notre époque.

    Ce livre est une fabuleuse invitation au voyage, pas seulement à travers les paysages du Canada, mais surtout à travers les histoires qui s'y racontent. C'est également un vibrant hommage à ses auteurs, et, surtout, à la littérature même.

  • En après-midi, James Pratt, directeur de l'organisation du NPD, m'appelait.
    - J'ai reçu un message du chef disant que vous aimeriez vous présenter dans nos rangs.
    C'était la première fois que j'entendais sa voix, et je pouvais y sentir son large sourire. J'ai répondu par l'affirmative et lui ai dit que Sarah n'était d'abord pas enthousiaste à l'idée, mais qu'elle m'avait donné son aval à 8 h 30 le matin même. Puis j'ai parlé de ma crainte que la notoriété que je pouvais avoir comme auteur soit affectée par le fait d'être ouvertement partisan, et que je ne voulais surtout pas apporter des problèmes au parti.
    - Il y a eu des épisodes douteux dans ma vie, ai-je alors avoué. J'ai écrit là-dessus et, à bien y penser, je suis sûr que ça pourrait tourner à mon avantage. J'ai eu des problèmes de drogue, à un moment donné, mais je suis aussi la preuve vivante qu'il faut une politique tolérante.
    - C'est bon de connaître les côtés négatifs, a répondu M. Pratt en m'expliquant que la majeure partie de son boulot consistait à examiner le passé des candidats. Personne n'a de passé sans taches..., a-t-il poursuivi. Briguer une charge publique n'est pas se présenter devant un tribunal. Ça n'a rien à voir avec le bien et le mal, avec ce qui est juste ou non. C'est de la politique, et nos adversaires vont sans cesse nous jeter tout ce qu'ils peuvent au visage : il faut s'y préparer. Ils peuvent dire des choses très venimeuses.

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