• L'intervention de l'OTAN en Yougoslavie a signifié un renforcement de l'hégémonie américaine, même si elle le fut à la demande de l'Europe. Débordant les Nations unies, cette action a prouvé l'incapacité des européens à organiser eux-mêmes leur politique ( et leur défense). Les conséquences en sont dramatiques surtout pour le Sud. La recherche d'alternatives semble passer par la construction d'un monde multipolaire.

  • La mondialisation est une dimension permanente du développement des sociétés. Cependant, alors que dans ses formes anciennes elle permettait d'accélérer l'histoire et renforçait les chances de rattrapage des retards, dans ses formes modernes associées à l'expansion capitaliste, elle produit systématiquement l'inégalité. Les projets sociétaires de l'après-guerre avaient contraint le capitalisme à se soumettre aux impératifs des compromis sociaux majeurs dont les Etats tiraient leur légitimité, et, pour cela, avaient institué des mécanismes de contrôle de la mondialisation. Dans la crise actuelle, le capitalisme tente de retourner à son utopie permanente : celle de la soumission de la vie sociale à la logique exclusive du marché et à la mondialisation débridée. Toutes les régions de la planète sont confrontées à ce même problème, mais dans des conditions différentes à l'extrême. L'ouvrage met l'accent sur cette diversité des défis et sur les réponses qui leur sont apportées dans les différentes régions considérées (l'Europe, la Russie, la Chine, le tiers monde). Inappropriées jusqu'ici, ces réponses mettent en péril la construction européenne, la reconstruction des pays de l'Est et l'insertion active du tiers monde dans le système mondial. Sera-t-il possible de sortir de ces impasses et d'imaginer des projets sociétaires nouveaux, capables d'associer la mondialisation approfondie des temps modernes au renouveau des aspirations à la libération et au progrès humain ? L'auteur suggère des pistes d'une réflexion théorique qui pourrait aider à avancer dans cette direction.

  • La mondialisation "libérale" reproduira en l'approfondissant la polarisation et appellera, de ce fait, les peuples des périphéries à des mouvements de rejet [...] qui ne peuvent être que massifs et violents. Or la pensée politique occidentale ne se préoccupe que d'un seul problème: comment gérer l'intolérable? Dans ce cadre l'ordre économique (un grand désordre en fait) produit par le marché mondial doit être complété par un ordre militaire qui assure la répression efficace des révoltes du Sud. (extrait)

  • Marx s'était proposé de traiter de l'économie capitaliste mondiale dans un volume VI du Capital, qui n'a jamais vu le jour. De ce fait, les marxismes historiques, largement confinés dans l'exégèse des écrits de Marx, ont éliminé de leur programme la réflexion, pourtant indispensable, sur la mondialisation de la loi de la valeur. Samir Amin tente dans cet ouvrage de combler cette lacune et propose une analyse de la transformation de la loi de la valeur en loi de la valeur mondialisée. Il dégage ainsi les fondements théoriques de la polarisation produite par l'expansion mondialisée de la domination du capital. Cette édition est augmentée d'un texte théorique concernant la relation entre valeur et prix, deux concepts que Marx distingue alors que l'économie bourgeoise les confond. Cette relation avait été analysée par Marx dans les conditions du capitalisme de l'époque. Avec l'évolution de celui-ci, devenant capitalisme des monopoles (aujourd'hui des monopoles généralisés), la relation subît elle-même des transformations majeures. L'analyse du « surplus », un concept nouveau nécessaire pour restituer toute sa place à la rente des monopoles, comme celle de la hiérarchisation des salaires, détachée de toute référence aux coûts de formation, permettent de conceptualiser ces transformations et de mesurer leurs effets sur la reproduction du système économique et social contemporain. Le marxisme vivant rompt avec la tradition qui le réduit à l'exégèse des textes de Marx.

  • Critique de l'air du temps

    Samir Amin

    • Nena
    • 7 Juillet 1905

    Ouvrage des Nouvelles Editions Numériques Africaines en coédition avec NENA
    Dans les grands moments de leur histoire, les peuples formulent des projets toujours en avance sur les exigences immédiates de leur époque. La révolution française fait déjà la critique du capitalisme, alors qu'elle n'ouvre en fait que la voie de son développement. Les révolutions russe et chinoise, au-delà du rattrapage du retard de leurs sociétés, s'assignent l'objectif de construire une société nouvelle, sans classes. Les reculs fatals qui suivent, imposés par les conditions objectives du temps, ne doivent pas faire oublier que l'humanité n'avance qu'à travers ces grands moments. Il y a cent cinquante ans Le Manifeste communiste entrevoyait la nécessité de dépasser le capitalisme, alors encore dans sa pleine jeunesse. Aujourd'hui, la maturité des contradictions produites par ce système - l'aliénation marchande, la destruction de la nature, la prodigieuse polarisation de la richesse mondiale - a mis à l'ordre du jour le dépérissement de la loi de la valeur. C'est pourquoi l'affirmation du marché comme régulateur exclusif de la gestion sociale - l'utopie vulgaire du capitalisme qui inspire l'air du temps - doit être sans lendemain. Au-delà des réponses postmodernes timides au défi, qui légitiment la soumission aux exigences du moment immédiat, Samir Amin propose ici une lecture moderne du Manifeste.

  • Classe et nation

    Samir Amin

    • Nena
    • 7 Juillet 1905

    Ouvrage des Nouvelles Editions Numériques Africaines en coédition avec NENA
    our ceux qui ne voient dans le matérialisme historique qu'un simple déterminisme économique linéaire, réduit à l'analyse des modes de production, il n'est d'autre réalité sociale que les classes. A la lumière de la crise contemporaine où s'opposent le centre (Etats-Unis, Europe, Japon) et la périphérie (le tiers monde), Samir Amin montre l'insuffisance de cette interprétation. En réalité, la méthode marxiste est fondée sur une double dialectique des lois productives et des rapports de production d'une part, de ces rapports de production et de la superstructure d'autre part. Si la lutte des classes reste le moteur de l'histoire, elle s'inscrit dans un cadre étatique-national qui en oriente la portée, les modalités et les issues. Après avoir dégagé, dans Le développement inégal, une théorie de l'accumulation et traité des rapports entre les lois économiques du capitalisme et la lutte des classes dans La loi de la valeur et le matérialisme historique, Samir Amin étudie ici les rapports entre les classes et les nations dans le monde actuel à la lumière d'une interprétation globale de l'histoire universelle.

  • Ouvrage des Nouvelles Editions Numériques Africaines en coédition avec NENA
    La publication en français, aujourd'hui, d'un livre dont une bonne partie de la matière (la seconde partie) fait référence à des débats au sein du mouvement communiste égyptien qui remontent aux années 1950 pourrait paraître n'intéresser que les historiens de l'Égypte et/ou du communisme. Mais non. Ce livre n'a pas été conçu dans l'esprit d'ouvrir des documents d'archives, même si on considère importants ceux qui ont été réunis ici. Il interpelle l'acteur politique militant d'aujourd'hui en Égypte et ailleurs dans le monde entier; tous ceux qui par le monde (en l'occurrence lecteurs francophones) s'intéressent à l'avenir de ce pays. L'Égypte est depuis 2011 fréquemment à la « Une » des informations internationales. Mais il s'agit le plus souvent de désinformation. Le retour sur ces débats anciens ne concerne pas seulement les archivistes et les historiens. Il questionne les forces sociales, politiques et idéologiques en mouvement à l'heure actuelle en Égypte, depuis 2011. Les mêmes questions qui avaient été posées il y a 70 ans émergent à nouveau. Des réponses analogues à celles qui leur avaient été données dans le passé réapparaissent en filigrane. Ainsi, ni Moubarak ni Morsi n'ont été éliminés par l'armée. Ils ont été abattus par la colère populaire : des manifestations rassemblant quinze millions de citoyens contre Moubarak, trente contre Morsi... Ces réflexions permettront au lecteur d'être mieux armé pour aborder la lecture de l'histoire concrète de l'Egypte contemporaine.

  • Ouvrage des Nouvelles Editions Numériques Africaines en coédition avec NENA
    Dans cette autobiographie intellectuelle, Samir Amin retrace les étapes de La formation et de l'évolution de ses thèses axées sur l'accumulation capitaliste à l'échelle mondiale, de la polarisation qui lui est inhérente et des défis véritables qu'elle représente. Ce développement s'inscrit dans le mouvement de l'après-guerre 1945-1990. Explicitant le rapport entre ses analyses théoriques et ses interprétations des conditions politiques de l'époque, l'auteur propose une lecture de ce demi-siècle articulant le déploiement puis l'érosion des projets de la libération nationale du Tiers-Monde, du soviétisme et de l'État-providence de l'Occident, dont il a été un critique précoce des idéologies. L'auteur tire ses conclusions politiques du demi-siècle de l'après-guerre, désormais clos, et suggère les linéaments d'un renouveau nécessaire de l'internationalisme des peuples.

  • Peut-on sortir des contraintes imposées par le système économique mondial ? Le tenter ne conduit-il pas nécessairement à la terne stagnation du « socialisme des casernes » ? Quelle est la marge de manouvre dont dispose un quelconque État du tiers monde ? Est-il condamné à la dépendance ? L'auteur du Développement inégal, du Matérialisme et la loi de la valeur, de Classe et nation dans l'histoire et la crise contemporaine et de L'avenir du maoïsme défend dans ce nouveau livre la thèse d'un « décrochage » non seulement possible mais nécessaire de la logique centre/périphérie. La déconnexion - concept stratégique proposé en complément de celui de développement autocentré national et populaire - s'impose avec force aux peuples du tiers monde qui veulent éviter les réajustements dramatiques provoqués par la crise, telle la famine ou la guerre. Mais elle concerne tout autant les États du Nord, en redéfinissant les règles du jeu planétaire. L'auteur voit d'ailleurs dans les mouvements « Verts » européens comme dans le regain du fait religieux dans le monde entier les signes de la nécessaire réadaptation des stratégies et des tactiques politiques ouvrant pour un autre développement.
    Approche globale et renouvelée des grandes mutations du système mondial contemporain, ce livre offre aussi au lecteur une présentation claire et synthétique des concepts-clé de l'ouvre de Samir Amin, devenus objet de débats et de controverses dans le monde entier.

  • Peut-on sortir des contraintes imposées par le système économique mondial ? Le tenter ne conduit-il pas nécessairement à la terne stagnation du « socialisme des casernes » ? Quelle est la marge de manouvre dont dispose un quelconque État du tiers monde ? Est-il condamné à la dépendance ? L'auteur du Développement inégal, du Matérialisme et la loi de la valeur, de Classe et nation dans l'histoire et la crise contemporaine et de L'avenir du maoïsme défend dans ce nouveau livre la thèse d'un « décrochage » non seulement possible mais nécessaire de la logique centre/périphérie. La déconnexion - concept stratégique proposé en complément de celui de développement autocentré national et populaire - s'impose avec force aux peuples du tiers monde qui veulent éviter les réajustements dramatiques provoqués par la crise, telle la famine ou la guerre. Mais elle concerne tout autant les États du Nord, en redéfinissant les règles du jeu planétaire. L'auteur voit d'ailleurs dans les mouvements « Verts » européens comme dans le regain du fait religieux dans le monde entier les signes de la nécessaire réadaptation des stratégies et des tactiques politiques ouvrant pour un autre développement. Approche globale et renouvelée des grandes mutations du système mondial contemporain, ce livre offre aussi au lecteur une présentation claire et synthétique des concepts-clé de l'ouvre de Samir Amin, devenus objet de débats et de controverses dans le monde entier.

  • Les années cinquante soixante avaient été marquées par l'espoir d'un développement généralisé dans l'ensemble du Tiers Monde. Le « Projet de Bandoung » - dominant de 1955 à 1975 - avait inspiré des stratégies économiques qui, par-delà leurs diversités, s'assignaient l'objectif de renforcer l'indépendance politique par un développement économique conçu dans la perspective d'une interdépendance mondialisée progressivement moins inégale. Les désillusions des années quatre-vingt marquent-elles la « fin de l'idéologie du développement »? La dérive progressive qui conduit à une dizaine d'années du combat pour un « nouvel ordre économique international » à la soumission aux politiques de recolonisation, la vulnérabilité particulière de l'Afrique dans une conjoncture défavorable, la crise de l'État-nation ne démontrent-elles pas que le projet national bourgeois reste impossible, s'il a jamais été souhaitable? Mais que faire? Se réfugier dans l'idéologie passéiste des nationalismes culturalistes pour tenter de construire une société affranchie d'un seul coup de la mondialisation marchande ? Ou agir dans le sens de la construction d'un monde polycentrique fondé sur l'ajustement réciproque aux exigences d'une démocratisation sociale. En tout état de cause, la soumission des relations extérieures à la priorité d'un développement populaire intériorisé reste fondamentale.

  • Au cours des dernières années la mondialisation des affaires politiques et économiques s'est accélérée à un point tel que le système global en acquiert de nouvelles dimensions qualitatives. Acceptée sans réserves par les pouvoirs et les idéologies dominantes, cette mondialisation est porteuse de conflits tels, qu'elle ne débouche que sur l'Empire du chaos. Crise du socialisme, recul des perspectives de développements régionaux significatifs dans les Suds, effondrement de l'espoir d'une construction européenne ouverte sur le progrès social mondial, triomphe du préjugé atlantiste, médiocrité des visions des pouvoirs, absurdité des réponses populaires. L'humanité paie cher l'universalisme tronqué proposé par le capitalisme et sa critique insuffisante par les gauches historiques. Un livre à contre-courant des idées reçues, une théorie critique du système mondial, les linéaments d'une alternative progressiste nécessaire.

  • Irak et Syrie 1960-1980

    Samir Amin

    • Nena
    • 7 Juillet 1905

    Le monde arabe oriental a opéré une mutation au cours des années 50 et 60. A défaut d'une intégration unitaire et d'une transformation socialiste de la société, l'impression prévalait que les systèmes baasistes nouveaux de Syrie et d'Irak allaient permettre la réalisation des projets de développement nationaux, affermissant l'indépendance des Etats, fut-ce dans l'interdépendance à deux. L'analyse de la stratégie mise en ouvre pendant les vingt dernières années montre l'échec de ce projet. Le développement du capitalisme agraire et l'industrialisation de substitution, inscrits dans la logique de la division internationale du travail, ont accentué l'inégalité dans la distribution du revenu. La logique des intérêts de classe dominants appelle alors inéluctablement la transnationalisation. La « voie non capitaliste » et l'option en faveur des « industries industrialisantes » se sont révélées le plus sûr chemin vers un nouveau stade du capitalisme périphérique dépendant.

  • Le capitalisme est un système mondial.
    Ses victimes ne peuvent donc faire face efficacement à ses défis qu'à la condition de s'organiser également à cette échelle. « L'internationalisme des peuples » a néanmoins toujours été confronté à des difficultés sérieuses produites par le développement inégal associé au déploiement mondialisé du capital.
    On se propose ici d'identifier l'origine et la nature des obstacles qui entravent aujourd'hui la construction d'une convergence dans la diversité des luttes des classes et des peuples dominés, opprimés et exploités par le capital.

  • Le capitalisme réellement existant est historique.
    Et son histoire est celle de la conquête du monde par les centres où il s'est constitué en Europe, engendrant des enfants à son image aux Etats Unis, au Canada, en Australie, imité par le Japon. Mais là s'est arrêtée la formation des centres du système mondial. Tous les autres pays d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et des Caraïbes ont été soumis à l'expansion conquérante de ces centres. Cette réalité centrale impose qu'on conçoive tout autre forme d'un monde meilleur comme abolissant l'héritage, toujours présent, de cette conquête historique. La voie « occidentale » ne peut être généralisée à l'échelle de la planète. Cette voie, fondée sur la propriété privée du sol agraire, n'a été possible que grâce à l'émigration massive des paysans expropriés vers le nouveau monde. Elle est interdite aux peuples du Sud aujourd'hui. De surcroît le partage inégal de l'accès aux ressources de la planète interdit le « rattrapage par imitation ». Des voies nouvelles sont à inventer tant par les peuples du Sud que par ceux du Nord, non pour des raisons prétendues « culturelles » comme on l'avance trop de nos jours, mais parce que la voie capitaliste a fait son temps, est désormais obsolète.

  • Le virus libéral

    Samir Amin

    • Nena
    • 6 Juillet 1905

    Vers la fin du XXe siècle un mal a frappé le monde. Tous n'en sont pas morts, mais tous en furent atteints. On a donné au virus qui était à l'origine de l'épidémie le nom de « virus libéral ». Celui-ci avait fait apparition vers le XVIe siècle à l'intérieur du triangle Paris-Londres-Amsterdam. Les symptômes par lesquels il se manifestait alors paraissaient anodins et les hommes (que le virus frappait de préférence aux femmes), non seulement s'y accoutumèrent et développèrent les anticorps qu'il fallait, mais surent même tirer parti du tonus renforcé qu'il provoquait. Mais le virus traversa l'Atlantique et trouva dans la secte de ceux qui le colportèrent un terrain favorable, démuni d'anticorps et de ce fait donnait à la maladie qu'il provoquait des formes extrêmes. Les crises de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle, dont fort heureusement nous sommes définitivement sortis maintenant, s'articulaient toutes sur les confusions et les impasses que provoquait cette schizophrénie. La Raison - la vraie, pas l'américaine - avait fini par l'emporter. Tous les peuples survécurent, Européens, Asiatiques, Africains, Américains et même Texans, qui ont beaucoup changé depuis et sont devenus des êtres humains semblables aux autres.
    J'ai choisi cette fin heureuse, non par optimisme indécrottable, mais parce que dans l'autre hypothèse il n'y aurait plus eu personne pour écrire l'histoire. Fukuyama aurait eu raison : le libéralisme annonçait bien la fin de l'histoire. Toute l'humanité avait donc périt dans l'holocauste. Les derniers survivants, des Texans, s'étaient organisés en bande errante puis immolés à leur tour, sur l'ordre du chef de leur secte, qu'ils avaient cru être un personnage charismatique. Il s'appelait Bush lui aussi.
    J'imagine qu'on écrira l'histoire de notre époque à peu près dans ces termes. C'est en tout cas dans ceux-ci que je proposerai ici l'analyse de ses crises.

  • S'inscrivant dans les débats de « l'histoire globale », l'auteur fait ressortir le contraste qui oppose les systèmes de relations entre les différentes régions de l'Eurasie et de l'Afrique anciennes au système de la mondialisation capitaliste moderne. Les systèmes trans-régionaux anciens associaient des sociétés tributaires, fondées sur la soumission de l'économie aux exigences de la reproduction du pouvoir (le pouvoir étant alors la source de la richesse).
    Le capitalisme opère une inversion de ces rapports, permettant à la richesse économique de devenir la source du pouvoir. Les systèmes anciens permettaient le rattrapage, tandis que le capitalisme reproduit et approfondit la polarisation à l'échelle mondiale. La longue transition au capitalisme se lit alors non pas comme une expansion quantitative continue du commerce mondial, mais comme la transformation graduelle et diversifiée des rapports sociaux dans les sociétés concernées.
    L'apogée du système, avec le triomphe au XIXie siècle en Europe et aux Etats Unis du double libéralisme économique et politique, de courte durée, est suivie par le long déclin du système, à partir du XXe siècle, marqué par le réveil de l'intervention active des sociétés d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine.
    « J'ai toujours appris des choses importantes en lisant Samir Amin. Ce livre ne fait pas exception. Il est riche d'interprétations originales. Une lecture obligatoire pour tous ceux qui s'intéressent à l'Histoire Globale. » (Immanuel Wallerstein)

  • Les thèses que je développerai dans les pages qui suivent ne se donnent pas pour objectif principal une explication de ces faits qui démentent les promesses sans fondements du libéralisme. Allant plus loin elles invitent à ouvrir le débat sur l'avenir du système capitaliste mondial.
    Les faits en question sont-ils seulement des phénomènes « provisoires » comme le prétendent les inconditionnels du capitalisme qui devrait s'ouvrir - au-delà des affres d'une transition difficile - sur une nouvelle période d'expansion et de prospérité?
    Ou bien (et c'est ma thèse) ils sont des indices de sénilité de ce système, dont le dépassement est de ce fait un impératif pour la survie de la civilisation humaine.

  • Les analyses proposées dans cet ouvrage s'articulent sur ma définition centrale du capitalisme des monopoles généralisés.
    Ce concept permet de restituer leur signification à tous les faits saillants nouveaux qui caractérisent le capitalisme contemporain, pour toutes les régions du monde (centres et périphéries). Il donne cohérence à un tableau qui, sans cela, paraîtrait n'être dessiné que par le hasard et le chaos. Le qualificatif de « généralisé » précise le sens de cette transformation qualitative : les monopoles sont désormais dans une position qui les a rendu capables de réduire toutes les « activités » économiques au statut de sous-traitants. Ce concept de capitalisme des monopoles généralisés permet de situer la portée des transformations majeures concernant la configuration des structures de classe et les modes de gestion de la vie politique.
    L'implosion du système européen, l'émergence de pays du Sud et la paupérisation accélérée sont analysés dans ce cadre global du capitalisme contemporain.

  • Pour un monde multipolaire

    Samir Amin

    • Nena
    • 6 Juillet 1905

    Le choix du titre de cet ouvrage est par lui-même indicatif de la position politique de son auteur : oui, je souhaite la construction d'un monde multipolaire, ce qui implique évidemment la déroute du projet hégémoniste de Washington, qui s'est défini lui-même par « le contrôle militaire de la planète ».
    Je prétends donc, sans détour ni réserve, que ce projet est à la fois démesuré et de ce fait nécessairement criminel, qu'il engage le monde dans des guerres sans fin, mettant par là même un terme à tout espoir de progrès démocratique et social, dans les pays du Sud en particulier, mais également - même si cela est à un degré moins sévère en apparence - dans ceux du Nord.

  • La double crise systémique du capitalisme vieillissant des oligopoles et de l'hégémonie des Etats-Unis, surmontée en apparence pendant les deux décennies de la mondialisation libérale, est désormais, avec l'effondrement de son pan financier - le talon d'Achille du système - , au centre des conflits sociaux et internationaux. Face au défi, les ploutocraties de la triade (Etats-Unis, Europe, Japon) s'emploient à « sortir de la crise (du capitalisme) », et à restaurer leur pouvoir intégral menacé, comme l'illustrent les décisions du récent G20, et entendent imposer leur domination aux peuples du Sud par l'intensification de leurs interventions militaires, annoncées par l'Otan, réunie dans la foulée.
    oEn contrepoint, les peuples parviendront ils à imposer leur alternative - « sortir du capitalisme en crise » ?
    Le double renouveau d'une pensée marxiste créatrice et de pratiques de solidarité internationale des classes travailleuses et des peuples opprimés conditionne le succès d'avancées désormais possibles dans cette perspective d'émancipation humaine.

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