• Une femme debout à sa fenêtre regarde la ville entrer dans la nuit, et son regard se perd peu à peu dans les reflets de la vitre. Dédoublée, elle s'invente des personnages qui la promènent dans les lieux-souvenirs de sa vie : la Seine devient le Río de la Plata et Paris, Montevideo. Se disant 'en proie aux transformations et sur le point de disparaître', elle a des visions, des révélations qui la font revenir sur les thèmes de ses précédents livres : l'exil, la langue, la peinture, l'oubli, l'amour.
    On se laisse emporter par ce voyage, entraîner au fil de ce fleuve de mots aux mille accents lyriques.

  • Ce recueil est une manière de récitatif en vers libre, fruit d'une expérience singulière et d'une belle sensibilité poétique, comme une façon de penser/lorsque l'attente a rejoint l'infini/et que l'été n'est plus. Cest à l'heure où les ombres s'accumulent que Silvia Baron Supervielle, plutôt que de dresser un bilan de sa vie, interroge ce que l'avenir lui propose : un autre Loin, un autre Seuil, un autre Vide, un autre Verbe. Elle en a tiré quatre chants qui témoignent de toutes les attentes d'un poète en proie à l'exil, à l'amour et à la séparation : partir, oser l'inconnu, inventer une langue. Et c'est, dit-elle, comme une façon de partir avant le départ/de renaître sans bouger. Porté par un souffle vif, une langue charnue, imagée, cette coulée verbale nous emmène loin et profond.

  • 'Antonio Haedo est un vieux monsieur maintenant. C'est pourquoi il est temps qu'il en témoigne, qu'il dise les choses telles qu'il les voit. Qu'il parle de ce qu'il porte comme un souffle. Il ne saurait pas le dire au juste ; ça tourne autour de l'Uruguay de sa jeunesse et spécialement de Fray Bentos où il passait ses étés avec sa famille. Étant dotée d'un port, la ville accueillait de larges bateaux sur la rive gauche du fleuve Uruguay qui sépare l'Uruguay de l'Argentine.
    Plus qu'un souvenir, c'est un sentiment qu'il éprouve ; il se précise lorsqu'il parcourt des photographies, relit des livres, voit des cours d'eau s'enfuir à travers la vitre d'un train. Il aperçoit alors d'autres paysages, des scènes, des visages. Antonio n'est pas certain de vouloir y revenir, mais le sentiment est près de lui, même quand il ne lui montre rien. Depuis longtemps, il attend un son, une lumière qui surgirait des photographies, des objets, des livres. Mais ce qu'il attend, il le sait, est déjà arrivé. Il est en vie grâce à ce sentiment qui l'habite, et l'exonère du temps. Lorsqu'il croit qu'il s'est dissipé, il le retrouve en effleurant des yeux le mystère des choses.'

  • Ce nouveau livre de Silvia Baron Supervielle est ´r la fois un prolongement de son dernier ouvrage et un départ vers d'autres territoires.
    Le passage d'une langue ´r une autre, l'Argentine, la figure maternelle et la religion sont quelques-uns des thcmes creusés et approfondis par l'auteur de livre en livre. Mais ici, la poétesse et essayiste s'astreint ´r une contrainte formelle trcs forte, celle du journal, et surtout : elle s'oblige ´r exclure de son champ d'écriture tout ce qui relcve du passé.
    Cette contrainte de l'écriture au présent est bien plus qu'un jeu intellectuel ou un exercice de style, car elle pousse Silvia Baron Supervielle ´r s'interroger sur le rôle que joue le passé dans notre quotidien donc dans notre présent et dans toutes nos constructions mentales. Bannir le passé de toutes ses réflexions, observations et émotions permet ´r l'auteur d'avancer dans une sorte d'urgence du 'maintenant' qui produit de trcs beaux moments d'écriture.
    Son travail littéraire, ses traductions, ses lectures de Gracq, Barthes, Borges (entre autres), ses voyages en Bretagne ou encore ses promenades dans Paris forment la grille de ce présent que l'auteur s'impose. La nature de Dieu, la volonté de se perdre pour vivre autrement, et les blessures de l'amour sont d'autres questions abordées dans un texte souvent méditatif, toujours cohérent, sensible et émouvant.
    Journal d'une saison sans mémoire est un texte riche et dense, d'une grande poésie. Silvia Baron Supervielle poursuit ici son uvre avec beaucoup de bonheur.

  • Quelques photos sauvées de l'oubli, disposées près de la table de travail de Silvia Baron Supervielle, sont le point de départ de ces lettres bouleversantes, adressées à une mère disparue très tôt. Ces missives tentent d'imaginer la vie trop brève de la mère de l'écrivain. Son physique, ses origines, son mariage sont évoqués, conjurés même par Silvia Baron Supervielle afin de mieux la comprendre, et de lui rendre justice. Car après le remarriage du père, l'évocation de sa mémoire est interrompue. La jeune Silvia quitte l'Argentine où, peut-être une douleur trop forte l'empêche de vivre pleinement pour devenir écrivain et poursuivre ce dialogue jamais suspendu avec sa mère. Les cent soixante lettres rassemblées ici sont l'aboutissement poétique et biographie de ce cheminement, comme une façon de racheter un silence imposé autour d'une blessure existentielle trop vive.

  • À partir de son expérience personnelle (la décision, prise dans sa jeunesse, de quitter son Argentine natale pour s'établir en France et y écrire une grande partie de son oeuvre en français), l'auteur nous engage dans une méditation sur le thème de la séparation et de l'éloignement. Nombreux sont les sujets abordés (la poésie, la traduction, le visible et l'invisible, le temps, la foi en Dieu, l'amitié et l'admiration que l'auteur porte à Jacqueline Risset), divers les angles et les points de vue, mais unique et vibrante la "voix" de l'auteur qui nous invite à partager le coeur de ses pensées et de ses réflexions. Un livre tout d'intelligence et de sensibilité.

  • « Je n'ai jamais imaginé que l'acte d'écrire pût s'accomplir à l'extérieur. Et ce fut le penchant que j'avais pour le repli qui me mit dans la voie de l'écriture. Sortir de soi, de chez soi, signifie se perdre. Écrire, à mes yeux, est un acte intime. Nul geste ne me rapproche davantage de moi-même. De ce à quoi je tiens le plus. Rien ne me fait me sentir moins seule, absente, écartée de tout : pas même l'acte d'aimer. » S.B.S.

  • Poursuivant le travail intérieur de La Ligne et l'Ombre, Silvia baron Supervielle propose ici une réflexion sur la naissance même de l'écriture et l'exigence impérieuse de la littérature. A partir de l'expérience de son exil, à partir de certains éléments autobiographiques réduits ici à leur épure, l'auteur analyse le geste de l'écriture, la création artistique, la désignation poétique, mais aussi les sentiments les plus violents, la passion, le désir, le deuil. Nourrie d'une culture profonde (les poèmes de sa langue natale et des poésies élisabéthaines qu'elle traduit, les fragments de mystiques, les livres de voyage, les essais d'architecture, les manuels de sagesse antique), elle va et vient entre sa mémoire, sa perception des éléments (l'eau, le vent, la terre), son besoin de suivre les inquiétudes de sa sensibilité.

  • "Jusqu'au jour, elle ne saurait pas dire pourquoi, où Stella leva son regard sur un homme, Loïc, qui tenait le café à côté de l'école. Depuis ce jour, lorsqu'elle achève ses cours et sort de l'école, elle entre dans le café pour boire un verre de blanc avant de repartir à vélo chez elle. Loïc Le Guen est grand et souple, il a des yeux clairs, des gestes lents et cléments. Il ne parle presque pas. Son silence, ses manières, ses yeux expriment quelque chose qui attire la jeune femme. Peu après, un soir, Loïc vit Stella entrer dans le café, qui se trouvait exceptionnellement vide, il vint à sa rencontre et ferma la porte à clef. Et, main dans la main, ils se dirigèrent vers l'escalier du fond."

  • À l'occasion du Salon du Livre de Paris 2014, découvrez les premiers chapitres de 15 romans argentins publiés aux Éditions Gallimard:

    Silvia Baron Supervielle (Le pont international, Lettres à des photographies);
    Laura Alcoba (Jardin blanc, Les passagers de l'Anna C., Le bleu des abeilles);
    Julio Cortázar (Marelle - édition interactive, Cronopes et Fameux, Les armes secrètes, Nous l'aimons tant, Glenda, Pages inespérées, Un Certain Lucas);
    Tomás Eloy Martínez (Purgatoire);
    Ricardo Piglia (Cible nocturne, Pour Ida Brown).

    Vous pouvez accéder directement à chaque extrait et aux biographies des auteurs par la table des matières ou lire les extraits à la suite.
    Tous ces livres numériques sont disponibles chez votre libraire.

  • Un amour malheureux amène l'éditeur et biologiste Manuel Marino à enquêter sur l'origine de l'homme et du sentiment, ainsi que sur l'histoire des chevaux. Dans ce récit, écrit par une voix double, lui et moi, on retrouve l'univers singulier de l'auteur, qui s'interroge sur l'amour et l'écriture, l'exil et le paysage du souvenir, la forme intermédiaire des êtres et des choses. «Je me tiens derrière l'épaule de Manuel, dans son ombre. Un faible écart entre lui et moi me permet d'écrire. C'est une marge entre moi et moi, lui et lui, l'oeil et ce qu'il voit, le temps et ses intervalles, qui dirige mon bras sur les papiers. Devant nous, dans le bureau où travaille Manuel, la fenêtre, qui exhibe un grand platane, nous renvoie des reflets: sur un vantail lui, sur l'autre moi.Partout autour de nous le regard d'un livre»

empty