• 'Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux.' Après son échec à la Navale, Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) envisage une carrière d'architecte. Inscrit aux Beaux-arts, il abandonn

  • "Mon âme a besoin de largeur et de hauteur. Et pourtant je mène une vie mesquine, à courir après les roubles et les kopecks. Il n'y a rien de plus minable que la vie bourgeoise avec ses petites pièces de monnaie, ses conversations absurdes et ses vertus inutiles et conventionnelles. Mon âme s'est flétrie parce que je travaille pour de l'argent et que l'argent est au centre de mes activités. Cette sensation insupportable et un zeste de bon sens me font considérer mon métier d'écrivain avec mépris : je n'ai aucune estime pour ce que j'écris, et ce que j'écris me révulse et m'ennuie."

    Petit-fils de serf et fils d'un boutiquier en faillite, Anton Tchekhov (1860-1904) commence à écrire pour gagner de quoi finir ses études de médecine, et continue à le faire parce que ses 'balivernes' lui rapportent plus que ses malades. Persuadé qu'il n'a rien à dire, il se tourne vers le théâtre, et laisse à ses personnages la charge d'assumer des propos qui ne sont pas les siens. Quand sa bonne étoile lui assure enfin des revenus suffisants et un succès qu'il croit immérité, Tchekhov, déjà très malade à moins de quarante ans, arrête presque d'écrire, persuadé qu'après sa mort tout le monde l'aura oublié. Ce livre est le récit de la vie, banale et fabuleuse, d'un homme qui haïssait le mensonge et la violence, leur préférant l'amour et la liberté la plus absolue.

  • "Rappelez-vous que lorsque vous quitterez cette terre, vous n'emporterez rien de ce que vous avez reçu - uniquement ce que vous avez donné." Francesco d'Assisi, en français François d'Assise (1181 ou 1182-1226), est le fils aîné d'une riche famille de drapiers. Après une jeunesse dissipée durant laquelle il fait le coup de poing contre la noblesse locale, connaît la prison, entonne des chansons provençales, commet le péché de chair, il finit par tout abandonner pour répondre à la voix entendue à Spolète, qui lui demande de "réparer son Église en ruine". Devenu mendiant, il fonde l'ordre franciscain, et applique à la lettre la règle qu'il s'est fixée : "Vivre dans l'obéissance, sans rien en propre et dans la chasteté." Considéré comme le précurseur du dialogue interreligieux, celui que François Cheng appelle le "Grand Vivant" est canonisé deux ans après sa mort par le pape Grégoire IX.

  • Ils refleurissent, les pommiers sauvages : deux romans en un seul, pour appréhender cette désastreuse deuxième moitié du XXe siècle qui s'achève et nous laisse un épuisant goût de vanité. Une histoire d'amour et un journal, celui d'une quête d'identité, édifiés autour d'une même question : comment survivre moralement dans la catastrophe, lorsque les convulsions de l'Histoire font de vous un assassin en puissance ? Des années de guerre à l'entrée des chars russes à Prague, « Ils refleurissent, les pommiers sauvages » dresse le portrait d'une Europe déchirée où, des deux côtés de ce qu'on nommait il n'y a pas si longtemps encore « le rideau de fer », sévissait et sévit le même « matérialisme vulgaire ». À l'heure où une partie de l'Europe se cherche et l'autre panse ses blessures, le roman de Virgil Tanase fait l'état des lieux et nous donne une chance de rebâtir le monde.

  • « C'est en effet en janvier de l'anno domini 1982 et sous le ciel bleu-tendre d'une ville semi-orientale, qu'un chef d'État en fin de carrière sent tout d'un coup le sang brûlant d'une fureur féroce lui envahir la bouche, le coeur, la poitrine, ses poings serrés, les hémisphères cérébraux et les oreilles qui sans bouger deviennent tout d'un coup plus rouges l'une que l'autre, prêtes à exploser sous la pression d'une indignation sincère, gonflées par un impérieux besoin de réagir. Aussi, pour soulager une douleur morale qui lui casse les dents, les pieds, les reins et le foie, sa majesté semi-orientale fait tout d'un coup un de ces gestes irréparables qui le plus souvent entraînent la mort avec l'intention de la donner. - Oh, geint dans sa barbe le souverain, surpris de constater que le style est un animal prêt à déchirer les entrailles des gens sans épargner ceux qui n'ont fait que des études négligeables, oh ! appelez-moi de toute urgence notre meilleur tueur car je viens de découvrir les vertus de la littérature et je ne saurais avoir de meilleur confident que lui pour lui faire part de ce que je ressens. »

  • « C'est en effet en janvier de l'anno domini 1982 et sous le ciel bleu-tendre d'une ville semi-orientale, qu'un chef d'État en fin de carrière sent tout d'un coup le sang brûlant d'une fureur féroce lui envahir la bouche, le coeur, la poitrine, ses poings serrés, les hémisphères cérébraux et les oreilles qui sans bouger deviennent tout d'un coup plus rouges l'une que l'autre, prêtes à exploser sous la pression d'une indignation sincère, gonflées par un impérieux besoin de réagir. Aussi, pour soulager une douleur morale qui lui casse les dents, les pieds, les reins et le foie, sa majesté semi-orientale fait tout d'un coup un de ces gestes irréparables qui le plus souvent entraînent la mort avec l'intention de la donner. - Oh, geint dans sa barbe le souverain, surpris de constater que le style est un animal prêt à déchirer les entrailles des gens sans épargner ceux qui n'ont fait que des études négligeables, oh ! appelez-moi de toute urgence notre meilleur tueur car je viens de découvrir les vertus de la littérature et je ne saurais avoir de meilleur confident que lui pour lui faire part de ce que je ressens. »

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • « Cette Roumanie qui depuis quelques mois nous éblouit et nous émeut, comment la percevoir ? Comment la comprendre ? Comment la sortir d'entre les idées toutes faites et les images sans épaisseur ? Comment, si ce n'est en essayant de donner un corps à ce pays, la chair d'un corps, la consistance d'un homme, la matérialité d'une histoire vécue. » Virgil Tanase a accepté de nous en parler. Son pays, ce sont des sensations, des histoires exemplaires, un certain goût des choses, un certain regard qui ne devient guère plus complaisant lorsqu'il se pose sur les réalités françaises d'aujourd'hui. Par-delà ses ballades d'enfant dans une ville en ruines jusqu'à la Révolution de décembre, en passant par l'histoire enfin racontée de sa disparition alors que les tueurs de Nicolas Ceaucescu en voulaient à sa vie, Virgil Tanase nous livre le récit vrai d'une Europe en pleine mutation qui est aussi la nôtre : « De l'Est à l'Occident, un parcours que des centaines de milliers de gens ont emprunté, que des centaines de millions d'autres ont rêvé. » En lisant ce témoignage bouleversant, nous comprenons un homme, et à travers lui un pays qui nous fascine, et à travers ce pays notre vie même « dans une époque qui cherche encore son nom mais dont les limites sont désormais connues : de la fin de la guerre à la Révolution roumaine du 22 décembre. » Ce livre, comme l'écrit Virgil Tanase, est notre album de famille d'un monde qui vient de disparaître.

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