Essai littéraire

  • «Ratures et repentirs» est un carnet de route jalonné des questions et réflexions que je rencontre dans mon travail. C'est aussi le témoignage d'un artiste tenant à garder la main au plus proche de son esprit. On y suit la ligne comme le mot, de déchirures en repentirs pour l'une, de ratures en reprises pour l'autre. L'une et l'autre sont affaire de métier. J'y ai toujours été un artisan laborieux reprenant son trait à en épuiser son bois. Chaque jour apporte un peu plus de cohérence et de fermeté à ce qui hier encore ne s'entrevoyait même pas. Au bout de la ligne et sous le mot apparaîtra peut être ce qui ne sera plus à dire, ce qui ne sera plus à peindre.
    M. Madore

  • Elle avait dit : « Il faut protéger les circuits du coeur et de l'intelligence qui nourrissent la folie du non-réel en nous. La littérature en dépend tout autant que le plaisir d'exister. » C'est ce à quoi Gérald Gaudet a toujours tenu en recevant les écrivains dans l'entretien.

    Lire, c'est comme aimer, nous y mettons du sens. Nous tenons à ce qu'il y en ait. Et c'est parce que l'oeuvre de Nicole Brossard donne ultimement des raisons de vivre, de vivre avec les livres, avec la pensée qui vient des livres, avec celle qui comme l'émotion vient des mots, qu'on sait cette oeuvre nécessaire - pour soi et pour les autres.

  • Dans un monde où tout est marchandise, la poésie n'a aucune valeur marchande. On ne peut que prendre acte de son absence dans une société qui bruit de tant de rumeurs. Pourtant, la poésie persiste, comme « une transaction secrète », selon le mot de Virginia Woolf. Aussi ne lira-on pas ici un plaidoyer dont on ne voit pas quelle pourrait être la raison d'être, ni un manifeste qui ne ferait qu'ajouter à la cacophonie ambiante, ni un art poétique - toujours vain, encore moins un traité savant. Tout au plus les réponses - partielles, partiales, subjectives, incertaines, passionnées - d'un lecteur de poèmes à six questions relatives à la pratique d'un art qui refuse paradoxalement de disparaître.

  • Je n'ajoute pas un art poétique à des centaines d'autres, souvent interchangeables. Je ne parle ni d'art ni de poétique... mais d'ars, façon qu'on a d'être vivant, et de poesia, façon de créer ce vivant là, ce survivant, ce renaissant, ce recréant. Nous sommes des créants, non pas des mécréants comme on le croit, qui n'ont foi en rien, pas même dans la parole qu'on leur donne. Nous sommes des créants en Dieu sait quoi, mais des créants quand même, qui ont le poème pour seule prière, la parole comme acte de foi, le chant comme sacrement... Des créants magnifiques, qui ont perdu toute confiance en eux, en l'Homme, mais pas dans les mots et les phrases qui en tiennent lieu dans la parole, leur « acte de naissance » à autre chose qu'eux-mêmes : le don de l'air, de l'autre souffle.

  • Carte du monde et carte du tendre, cette «Mappemonde», nécessairement lacunaire, répertorie quelques-unes des coordonnées mystérieuses où les méridiens et les parallèles de notre Terre entrecoupent les lignes d'univers de la fiction. Entre la réinvention du passé, les évidences du présent, et le bruissement des possibles, et en entremêlant mon histoire personnelle à une mythique littérature universelle, je vous convie à une réflexion sur la façon dont la littérature contribue à l'amplification de notre spectre temporel, et à la découverte de fréquences émotives étrangères, dont nous ne pouvons qu'espérer qu'elles nous acheminent de plus en plus près de nous-mêmes.

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