Essai littéraire

  • « C'est grâce aux récits que les Homo sapiens ont pu s'éparpiller sur toute la planète. [...] Le récit oral, c'est ce qui nous permet non seulement de communiquer les uns avec les autres, mais aussi de transmettre [...] du savoir, du savoir-faire, des émotions, des valeurs, des souvenirs, des descriptions historiques. La télésérie, c'est la forme, à l'heure actuelle, la plus aboutie de récit qui mêle toutes les notions et tous les savoirs. »

    - Martin Winckler, colloque Télé en séries, Université de Montréal, mai 2014.

    La série télévisée semble en effet être l'une des formes narratives qui raconte le mieux notre époque, en témoigne l'intérêt qu'elle suscite auprès d'un public hétérogène, dont font désormais partie les chercheurs universitaires anglophones comme francophones. La sérialité trouve une résonnance particulière dans la culture populaire : du roman-feuilleton qui enflamme les rues de Paris au xix e siècle aux séries télévisées contemporaines écoutées en rafale, les oeuvres sérielles évoluent, mais la fascination qu'elles génèrent demeure. Artéfact médiatique, produit d'une culture industrielle ou oeuvre d'art, la série télévisée actuelle se veut un objet pluriel, capable d'évoluer au gré des avancées technologiques.

    Cette publication généraliste s'adresse autant aux téléspectateurs passionnés qui souhaitent enrichir leur réflexion qu'aux chercheurs en quête de perspectives nouvelles. Traitant de séries contemporaines américaines, québécoises, autochtones, françaises ou britanniques, les chapitres de l'ouvrage proposent des analyses formelles, génériques, politiques, culturelles et philosophiques. Préfacé par Stéphane Garneau, Télé en séries contient des textes de spécialistes reconnus, dont un rapport d'enquête inédit de Danielle Aubry, mais aussi des contributions de chercheuses et de chercheurs provenant de domaines variés qui partagent une volonté de produire un discours savant sur des oeuvres riches, souvent à l'origine de discussions hebdomadaires autour de la machine à café.

  • À ce jour, la théorie littéraire a négligé la question raciale qui, pourtant, hante la littérature québécoise. Corrie Scott remédie à cette lacune en se penchant sur la représentation de la race dans des textes marquants, écrits entre 1839 et 2008, et sur son rôle dans la formation des discours littéraires et identitaires au Québec.

    Lord Durham, dans son rapport, et Lionel Groulx, dans L'appel de la race, se servent tous deux de la race pour expliquer la supériorité d'un groupe sur un autre, celui des anglophones ou des francophones, selon le cas. D'autres se tournent vers l'Autochtone ou le Noir. Pour Félix-Antoine Savard, dans Menaud, maître-draveur, et Yves Thériault, dans Ashini, l'Autochtone s'avère crucial dans la construction de l'identité québécoise, alors que Pierre Vallières, dans Nègres blancs d'Amérique, et Michèle Lalonde, dans Speak White, expriment leur propre dépossession à partir de celle des Noirs américains. Chez Dany Laferrière et Ying Chen, par contre, la race semble libérée de toute prise en charge sociale. Dans Comment faire l'amour avec un Nègre sans se fatiguer, en effet, Laferrière ne l'exploite pas pour promouvoir une cause ; dans Je suis un écrivain japonais, il s'en sert même d'une manière ludique, voire comique. C'est sa nature fictive qu'il met de l'avant, tout comme le fait Ying Chen dans Quatre mille marches.

  • Depuis 1990, des changements importants se sont opérés, dans les écrits des femmes, quant à la manière dont elles imaginent, pensent et représentent la filiation. Les écrivaines des deux décennies précédentes avaient cherché à rompre avec la société patriarcale et s'étaient surtout intéressées à la sororité et aux relations selon un axe horizontal. Leurs héritières ont plutôt investi l'axe vertical de la généalogie et se sont penchées sur leurs relations avec leurs pères, leurs mères et leurs enfants. Ce changement ne s'est pas fait sans mélancolie puisqu'elles ont rompu avec la notion de communauté, devenue suspecte, et se sont tournées vers ce que leurs prédécesseures avaient laissé de côté, soit la famille. Elles ont donc travaillé avec des restes et, qui plus est, avec les lacunes de leurs liens filiaux souvent appréhendés dans la distance et même l'absence. Mais cette mélancolie a été féconde.

  • Pierre Perrault est surtout connu pour ses films. Il en a réalisé près de vingt, dont Pour la suite du monde, en 1963, et Un pays sans bon sens, en 1970. Mais il a aussi écrit et réalisé des émissions radiophoniques et il a fait paraître un grand nombre de livres: des transcriptions commentées et illustrées de six de ses films, une pièce de théâtre, des récits, des essais et des recueils de poèmes. Quel que soit son mode d'expression, cependant, c'est le titre de poète qu'il a toujours revendiqué. L'archipel de Caïn est le premier livre à offrir un regard d'ensemble sur son travail littéraire. Daniel Laforest y questionne les déplacements incessants de Perrault à travers le territoire du Québec - entre la ville et la campagne, entre le familier et l'étranger, entre la parole et l'écoute, entre les images et les mots et, partant, entre le Québec et son devenir - afin de comprendre le rôle fondamental du langage, de la nation et de la culture chez un auteur qu'on s'est trop souvent contenté de lire à reculons. Le résultat s'avère fort surprenant. Professeur adjoint d'études françaises à l'Université d'Alberta, Daniel Laforest mène des recherches sur les transformations des milieux de vie depuis l'après-guerre (urbanité, banlieues, ruralité), et sur leurs représentations dans les littératures et les discours culturels au Québec et au Canada. Il s'intéresse également à l'histoire des traditions du réalisme dans la théorie, la littérature et les médias visuels. Il a publié des articles sur ces sujets en Europe et en Amérique du Nord. Il a aussi réuni et mis en forme des textes inédits de Pierre Perrault publiés sous le titre J'habite une ville (Hexagone, 2009). Il a été Fulbright Fellow à la University of California Santa Cruz de 2006 à 2008. Il est membre exécutif du Centre de littérature canadienne à l'Université d'Alberta.

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