Littérature argumentative

  • Femme de lettres suisse, reporter humaniste, photographe, Annemarie Schwarzenbach (1908-1942) appartient à une riche famille industrielle. Amie des enfants de Thomas Mann, qu'elle soutenait dans leur lutte contre le nazisme, puis de la romancière américaine Carson McCullers, qui lui dédie Reflets dans un oeil d'or, elle a parcouru le monde à la recherche d'elle-même, ce dont rendent compte ses oeuvres, notamment Refuge des cimes et La mort en Perse. Elle avait une aptitude personnelle à la souffrance qui a fourni un contrepoint aux douleurs universelles d'une époque marquée par la Grande Dépression, le fanatisme et le totalitarisme - forces destructrices qui agissent toujours aujourd'hui et contre lesquelles elle nous met en garde dans ses écrits.
    Cet essai est une invitation à découvrir l'actualité de ses propos et à mesurer combien sa vie et son oeuvre prennent tout leur sens en lien avec celles de ses plus inspirants contemporains. C'est tout à la fois
    une arti ste et un état du monde que Jacques Beaudry dévoile ici dans un face à face où le tutoiement ramène Annemarie Schwarzenbach parmi les vivants.

  • «En général, le langage et la parole ont pour enjeu de nouer des liens entre les hommes. Communiquer en résume la fonction vitale. Le langage est un médiateur puissant - le plus puissant sans doute - de la communication humaine. Cette conception n'est cependant que l'exigence d'une certaine expérience, certes la plus répandue, mais pas la seule.
    Le projet d'une sémiotique in-signe, une manière de " détruire " le langage, existe sous des formes variées, même si ce n'est pas sous celle d'un savoir institué. Des poètes, des " fous", se sont attaqués au langage pour le détruire, avant qu'ils ne le soient eux-mêmes par lui. De cette expérience nous gardons les traces d'un combat terrible et d'une défaite humiliante. Ils ne sont pas parvenus à détruire le langage, malgré une sagacité hors du commun face à lui. L'entreprise est apparue insensée car plusieurs y ont rencontré la mort. C'est dire que détruire n'est pas une de ces tâches dont on s'acquitte facilement : elle met en balance sa propre existence. Mais il y a au moins une autre expérience possible du langage, une expérience limite, celle de l'insensibilité, de l'insensé et de l'ignorance, qui reconduit le soi au bord de lui-même où il se dessaisit de ce qu'il vient de dire et met en question le pouvoir même d'énoncer. Le langage n'est, là, soumis à aucune exigence, n'étant porteur d'aucune médiation. Il n'est entremetteur de rien, ni échange réciproque ni arbitrage. La communication ne semble pas passer, la relation promise et espérée ne s'établit pas. On entre alors au coeur du langage, au plus profond de lui, là où il se refuse à lui-même. C'est cette expérience que nous allons privilégier dans l'étude de l'absurde.» (L.O.)

  • Diane Ross aurait pu filer doucement vers une retraite bien méritée, mais, au début de la soixantaine, un diagnostic de démence frontotemporale bouleverse le parcours de sa vie. Ce type d'aliénation constitue un groupe de maladies neurodégénératives caractérisées par des troubles du comportement et du langage associés à une détérioration intellectuelle. « Malgré ce diagnostic impitoyable, je crois que la bonne fortune s'est présentée quand on a découvert cette dégénérescence au tout début de son processus. Cela me laisse la chance de pouvoir sillonner un bout de mon histoire avec vous » (D. Ross).

    « Diane Ross est une grande dame. Il n'est pas rare que des personnes souhaitent témoigner de leur maladie. Il est rare que, surtout avec des atteintes cérébrales, elles réussissent à le faire avec autant de talent et de sensibilité. Diane Ross nous amène au coeur de l'expérience existentielle du "malade". Être malade, ce n'est pas seulement recevoir un diagnostic et subir un traitement, c'est aussi et surtout revoir le rapport qu'on entretient avec la vie, avec soi-même, sa famille, ses amis, son travail, les professionnels de la santé... » (docteur J. Aubut, extrait de la préface).

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