Littérature générale

  • Ce livre est un cri provoqué par des questions existentielles : comment faire face à la méchanceté ambiante, comment voir sa propre méchanceté sans sombrer dans le désespoir, comme tant d'écrivains qui n'ont pas résisté ? Par l'écriture, par l'ouverture à l'autre, par la compassion, il lui semble possible d'affronter la vie en croyant que, si elle reconnaît la présence du mal aussi bien en elle que dans le monde, elle pourra y répondre en se tenant debout parmi les vivants.

  • Ce recueil expose des figures et des moments de passages d'hiver à la fois physiques, intimes, politiques et artistiques. Un peu comme c'était déjà le cas avec Quelques éclats, les poèmes convoquent plusieurs voix distinctes qui reprennent et réinventent des histoires et des trames d'histoire disséminées à travers le temps et l'espace. Réalisé en collaboration avec l'artiste et écrivain belge Romain Renard (Chroniques de Melvile), le recueil raconte des impasses, des chutes, des épiphanies. Le bout de papier, la main ouverte, la lanterne - l'espoir qu'il faut pour s'abriter, la lumière pour les traversées.

  • En hommage à Louise Dupré, le recueil «Moi tombée. Moi levée» esquisse l'itinéraire de corps qui tombent et se relèvent, suivant le proverbe créole qui veut que toute femme a sept sauts dans l'existence, sept stations d'un long calvaire. D'où l'exigence et la transparence qui travaillent ce recueil. Danse des mots et des visages pour que fleurisse la vie dans ce «voyage abracadabrant», si fragile mais combien humain. Le pari ici demeure cette lumière qui éclaire toute chose, les mots et les êtres qui chutent dans le vertige du verbe tomber.

  • Le titre «Le plus petit espace» définit exactement l'expérience proposée par Louise Warren, qui conduit son esthétique du peu à ses conséquences radicales : courts poèmes, vers brefs, images précises et concentrées. Sur le blanc de la page, le poème crée furtivement son espace. La reprise de ces apparitions et de ces effacements, de ces montées et de ces descentes, produit une sensation d'infini. Comme si un long poème se déroulait dans le blanc et que seuls ses accents les plus intenses transparaissaient. La composition minutieuse de ces instants inclut les nombreuses formes de cette réduction : le point, le trait, l'éclair, la lettre, le mot, la rature, le pas, le nid, la main, etc.

  • Tout ce que Louise Warren touche devient écriture. Ici, l'essayiste déplace son atelier et se donne de nouveaux objets. À partir d'une résidence d'écriture à l'Abbaye Val-Notre-Dame, dans Lanaudière, elle entrelace les expériences du paysage, de l'architecture, de la vie intérieure et de la création. La forme fragmentaire répond parfaitement aux nombreux trajets proposés à la lecture, incluant des notations quotidiennes, des éléments autobiographiques, une interrogation de l'espace vécu, l'accompagnement d'oeuvres d'art, l'écriture de la poésie et une contribution personnelle au Nature Writing. Installée dans la «chambre de solitude», l'auteure interroge le monde des symboles et développe sa conception de l'«enveloppe invisible», qui prolonge ses réflexions récentes sur le processus créateur. À en allant toujours à l'essentiel.
    Quatre dessins de l'architecte Pierre Thibault ponctuent le livre.

  • «Le livre caché de Lisbonne» propose, à la suite d'une résidence d'écriture, dix-sept promenades dans une ville vécue comme un vaste atelier d'écriture, ponctuées par des citations d'écrivains, dont plusieurs portugais. Louise Warren, en prolongeant ses essais récents, y trouve une nouvelle formulation de son esthétique, une expérience intime, mais toujours ouverte à l'autre. Un regard très personnel se porte sur les «azulejos», sur l'architecture, sur le Tage, sur les ruines, entre autres. Les images représentant des espaces fermés, des fenêtres closes ou envahies par la végétation permettent d'imaginer ce livre caché qui, peu à peu, au rythme de la lumière et de la chaleur, se révèle à la lecture, laisse son empreinte dans l'imaginaire.

  • «Poèmes 1938-1984» se compose de quatre parties et rassemble plusieurs décennies d'un travail poétique acharné qui témoigne de l'infatigable vigueur d'une femme dévouée à sa muse. Ayant lutté sa vie entière pour réconcilier les exigences de la maternité et celles de sa vocation d'écrivaine, Elizabeth Smart évoque ce combat dans nombreux de ses poèmes, traçant ainsi le portrait d'une époque où les femmes ont du mal à se tailler une place dans les cercles d'écrivains, aux prises avec les barrières qu'on leur impose et les dilemmes quotidiens. Tout au long du recueil, elle fait cohabiter le trivial et l'universel et se livre à des moments de pure exaltation, s'émerveillant par exemple devant la furie de vivre des plantes, ou de désolation extrême, notamment en face des ravages de la guerre - événement qui l'a intimement et profondément marquée. Sans se soumettre à des formes rigides, les vers de ce recueil célèbrent également les maîtres qui les ont inspirés, s'adressant à eux, avec insolence parfois, afin de permettre à leur auteure d'exister en poésie.

  • Biographie de l'amoralité trace le parcours d'une sculptrice cloîtrée dans un atelier en compagnie de deux modèles. Animée par un désir d'absolu, elle puise dans des forces insoupçonnées pour façonner des statues qui parlent une langue d'éboulement. Au fil des poèmes, la performance devient une obsession. Pire, une condamnation à créer, coûte que coûte. À travers une incursion dans le monde de l'art, l'auteur propose une réflexion sur les conséquences d'une dévotion complète à la création. Ce livre joue avec les genres et se présente à la fois comme un traité de sculpture, une ode au hip-hop, un magazine de mode et un essai sur la morale.

  • Après la libération que permettait son premier recueil Les ailes closes, Catrine Godin nous revient avec une exhortation à être, à s'appartenir au plus proche, dans ce diptyque formé des Chairs étranges et de Bleu Soudain. Cet impératif, cest le souffle qui le porte et lactualise : d'abord, de façon presque imperceptible, et léger comme le vent, dans la première partie, où lon observe au ras du sol la flore qui sabandonne ; puis, dans le second livre, où le souffle en pleine expansion, libre et s'accélérant, suggère non seulement l'avancée sur la route en bordure dune forêt, mais également l'essoufflement joyeux et extatique de s'appartenir vivante. Voilà bien la nécessité du recueil construit comme un oxymore : conjuguer le grand cadeau de la pensée de Virginia Woolf qui veut que « chacun recèle en lui une forêt vierge » avec le souffle de Jack Kérouac.

  • Linsensée rayonne propose des poèmes dobservation de la lumière naissante vue comme une levée des sens, un franchissement de la parole à la percée du jour. Le livre se compose despaces oniriques qui relèvent de laurore, frange principale et à double tranchant de linsensée : dans ce temps du lever, ce qui se dresse apparaît en effet comme bruissement, mais aussi comme fatalité. Aussi sagit-il de gravir la frontière nocturne jusquà trouver la calme mais inquiétante lueur, où les choses sincarnent sous langle de la lumière.

  • "Voix indigènes" revisite les séances de conjugaison de lenfance pour faire ressurgir le chant de figures déterminantes. Tour à tour, un pronom et un temps verbal semparent de la récitation et invoquent le mystère dune rencontre. La langue se fait rituel

  • Une invitation lancée à des écrivains québécois est à l'origine de ce livre : traduire en français des poèmes publiés par des auteurs américains actifs au cours des trente ou quarante dernières années. Parce que les poètes choisis par les traducteurs ont

  • «Plus loin que mourir» convoque le besoin irrépressible de vivre malgré la blessure du monde qui accable. Ces textes poétiques se veulent un cri de ralliement, un appel de détresse à notre âme oublieuse, devenue amnésique à l'abominable du monde. Être dans un état d'affliction et sans concession afin de rallier la lucidité; poser un regard de compassion sur la douleur: après l'étonnement et la déroute, aller vers un dépassement.
    L'auteure écrit ses textes à partir des oeuvres artistiques d'Eva Hesse, d'Andres Serrano et d'Antonio Zoran Musi?. Le poème produit une charge émotive capable de transformer cette sombre vision et de la tirer vers la lumière.

  • J'ai beau noircir les pages et remplir
    les cahiers, j'ai conservé le sentiment
    de ne pas savoir écrire. La poésie n'est
    plus pour moi un jeu d'images,
    elle est devenue l'expression
    la plus complète de mon âme,
    de ce que je peux ressentir ou éprouver.
    Je vis une double vie, je traverse
    d'une rive à l'autre ; de la solitude
    d'un ermite presque misanthrope,
    je cours rejoindre l'humanité, dont je tente
    de corriger l'élan en m'adressant
    à la jeunesse. J'approche pourtant
    du moment où je ne serai plus
    qu'un vieil ermite creusant son âme.
    J'ai beau noircir les pages et les cahiers,
    il me reste beaucoup à comprendre
    et à étudier de mon humanité.

  • Pour répondre à la question posée par le titre, les poèmes de «J'ignore combien j'ai d'enfants» plongent dans le caveau des souvenirs de famille.

    Le temps, qui a transformé les anciens enfants, a vu se multiplier les personnalités éphémères, les affabulations, condamnations, rejets et autres silences. Pour mieux comprendre cette dérive, les poèmes interrogent la matière et le temps (deux des principaux objets d'étude de la science physique), alors qu'il leur devient impossible de ne pas entendre les échos d'un cosmos lointain qui abrite néanmoins l'actuelle présence des disparus, dont celle de la jumelle morte en bas âge, qui parle maintenant depuis le clan des multiples enfants à dénombrer.

    Dans l'irrésolution des mystères liés à toutes ces absences, le poème apparaît comme un moyen privilégié de maintenir en vie les morts, et de permettre notre conscience du monde, laquelle par ricochet confère son poids à notre monde.

  • Comment survivre à la disparition de la mère ? Comment combler l'espace entre le monde et soi, voire entre soi et soi tant la douleur dévaste tout ? S'accrocher au paysage, bien sûr - lieu où elle a passé, où son souvenir toujours refait surface. Et l'écrire, en former des images que l'on voudrait réparatrices. Mais toujours en vain puisque, malgré sa continuité, le monde jamais n'arrive à taire le silence de la mort.

  • Depuis des millénaires, nos rapports au monde et aux autres sont déterminés par les histoires que nous échangeons, celles que nous nous transmettons d'une génération à l'autre, celles que nous oublions, refoulons ou nions, celles qui se font à l'instant même.

    L'écriture travaille à rétablir les liens qui nous lient au vivant; à la fois, aux êtres et à la terre, au territoire. Ce faisant, il se produit des choses étonnantes, des clartés et des ouvertures qui nous tirent vers le monde et nous y incluent, qui nous mettent au monde - à condition d'être attentif.

  • Varia

    Guenette Daniel

    Le Noroît est heureux d'annoncer le retour de Daniel Guénette avec le recueil Varia. Ici, l'effet de la rime laisse entendre quelque chose comme un chant, évoque un certain embarras. Telles sont du moins les significations du mot « aria ». En détachant du V initial la suite du mot, on comprend que le lyrisme contient une part de soucis; c'est confirmer l'intuition baudelairienne voulant qu'à partir du mal, le poète se plaise ou complaise à fleurir des sentiments. Le mot « varia » suggère l'idée de choses diverses. Par antiphrase, le titre s'inscrit ici en faux contre la croyance voulant que ces choses aient peu de poids, et qu'il n'y ait, par conséquent, pas urgence à en traiter. Mais la poésie n'a que faire de tels délais.

  • Ce livre est placé sous le signe d'une obsession unique. Du plus profond d'un ordre, où la réalité primitive de l'enfance et un imaginaire à l'origine indéfinie se confondent, des images surgissent qui dessinent les paysages d'une géographie intérieure peuplée d'êtres et de formes hantantes. Aussi bien dire que la mémoire et l'oubli sont l'objet véritable et constant de ces textes. La forme du poème est ici en prose, comme si seule une certaine composition syntaxique pouvait rendre compte de ces paysages profonds, seule à pouvoir accueillir, au bout du compte, les personnages et les récits qui habitent le poète.

  • «Le Fait d'écrire» présente le «Journal» de Jean-Pierre Guay (1946-2011), puis analyse en détail comment est composé chacun de ses vingt tomes dans le but d'en faire un volume autonome en soi.

    Poète, essayiste et romancier, Jean-Pierre Guay a commencé son journal en janvier 1985 et l'a publié au fur et à mesure qu'il le rédigeait, d'abord chez Pierre Tisseyre, puis aux Herbes rouges. Grâce à l'attention de ces éditeurs, tous les tomes du «Journal» sont disponibles en librairie.

    Très vite, dès la parution du premier volume en 1986, les écrivains ayant une réputation de capacité se sont entendus pour déclarer que cet auteur, libre et drôle, avait trouvé le genre littéraire dans lequel il allait exceller, ce qui s'est confirmé tome après tome, jusqu'à la publication posthume de «L'Errance amoureuse», où journal et poésie trouvent leur point d'incandescence.

  • Après s'être penché sur les figures du Christ, de Mandelstam et de la Nuit (qui incarnait le Mal dans «La Nuit et les Enfants de la nuit»), De Facendis pose à nouveau la question éthique dans ses Fragments post-socratiques. Sous forme d'aphorismes poétiques, ces derniers offrent un regard dur sur les images et leurres que s'offre l'homme tout en pointant la nature comme source potentielle de vérité.

  • Quand Je veut la peau de l'autre, quand celui qui est du bon côté du miroir s'en prend à son reflet, le traque, un duel s'annonce, une inversion se prépare: on ne sait plus qui est qui, ni dans quel sens le sang coule. Peaux, cadavres, visages, suicides de saison : dans le recueil Par la peau des couleuvres, tout est en place pour une fermentation à venir. Un être se dépouille, largue derrière lui ses carcasses, ses regrets, ses espoirs.

  • Cet ouvrage relate les treize journées d'une aventure poétique effectuée en 2017 le long de la rivière des Outaouais, entre Montréal et Rapides-des-Joachims. Le périple vise ultimement une falaise en bordure du Pontiac où furent érigées, dix ans auparavant, les «êtres de pierres» de l'auteur.
    Les croisements entre l'imaginaire, l'écriture et les réalités historiques génèrent des apparitions, des ébranlements. La trame des déplacements va de pair avec l'intensité des expériences vécues. Bien sûr, ce n'est point un guide de voyage qui décline les attraits incontournables d'une région, mais les textes invitent le lecteur à accompagner pleinement chacune des étapes de l'itinéraire, jusqu'au dénouement final.

  • Paul Chanel Malenfant poursuit, avec son dernier recueil intitulé «Il n'y a plus d'après», une oeuvre poétique ponctuée de «tombeaux» faisant écho à la mort des êtres aimés : d'une amoureuse amie, puis de la mère, enfin ici, de l'amant. En ces livres de deuil, la déploration de la mort est assortie d'une intense célébration de la vie qui incline à un retour mémoriel sur les existences des amours disparues, captées à la faveur des sensations matérielles qui les ont irriguées. La cérémonie des adieux est assortie au discours amoureux ; la permanence du désir et la pulsion vitale s'émerveillant de la beauté du monde infléchissent alors, de quelque apaisement lumineux, les offices de ténèbres.

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