Littérature générale

  • Le camp des autres

    Thomas Vinau

    Un roman éblouissant sur la liberté de l'enfance, la nature et l'insoumission. Ou comment Gaspard, l'enfant de la forêt rencontre les personnages légendaires de la Caravane à Pépère qui défraya la chronique au début du XX e siècle.
    Gaspard fuit dans la forêt. Il est accompagné d'un chien. Il a peur, il a froid, il a faim, il court, trébuche, se cache, il est blessé. Un homme le recueille. L'enfant s'en méfie : ce Jean-le-blanc est-ce un sorcier, un contrebandier, un timbré ? Une bande de saltimbanques surgit un beau matin. Ils apportent douze vipères pour que Jean-le-blanc en fasse des potions. L'enfant décidera, plus tard, de s'enfuir avec eux.
    Cette aventure s'inspire d'un fait historique. En 1907, Georges Clémenceau crée les Brigades du Tigre pour en finir avec " ces hordes de pillards, de voleurs et même d'assassins, qui sont la terreur de nos campagnes ". Au mois de juin, la toute nouvelle police arrête une soixantaine de voleurs, bohémiens, trimardeurs et déserteurs réunis sous la bannière d'un certain Capello qui terrorisait et pillait la population en se faisant appeler la Caravane à Pépère. La démonstration de force de Clémenceau aboutira au final deux mois plus tard à de petites condamnations pour les menus larcins de cette confrérie errante de bras cassés.
    " Je l'ai gardée au chaud cette histoire qui poussait, qui grimpait en noeuds de ronces dans mon ventre en reliant, sans que j'y pense, mes rêves les plus sauvages venus de l'enfance et le muscle de mon indignation. Alors j'ai voulu écrire la ruade, le refus, le recours aux forêts ", explique Thomas Vinau à propos ce quatrième roman puissant, urgent, minéral, mûri trois ans durant.

  • Disaster falls

    Stéphane Gerson

    " Disaster Falls est une méditation sur une tragédie familiale qui se confronte à l'événement-même et à ses conséquences, dans un langage dont la retenue engendre paradoxalement de profondes émotions. Un livre d'une force immense. " Salman Rushdie (2017)
    Disaster Falls porte le nom d'un lieu perdu - des rapides dans le Colorado - et d'un événement tragique. À l'été 2008, lors d'un voyage organisé, le kayak dans lequel Stéphane Gerson naviguait avec son fils Owen chavira dans ces eaux froides. Après trois heures de recherches, les guides repêchèrent le corps d'Owen. Il avait huit ans.
    " J'incarnais désormais une figure qui hante notre époque, dit Stéphane Gerson : celle du parent qui n'a pu ou su protéger son enfant. Pour comprendre l'univers dans lequel nous avions basculé, ma femme et moi, je me mis dès mon retour à New York à consigner ce que j'observais en moi et autour de moi. Tenu au quotidien, ce journal devint le matériau brut à partir duquel, des années plus tard, j'ai rédigé un ouvrage sur cet événement intime et ses répercussions. "
    OEuvre de non-fiction au croisement du récit, de la chronique et de l'enquête, Disaster Falls marie les émotions du père, l'analyse de l'historien et la quête de sens. L'histoire hante le livre, que ce soit celle de ces rapides depuis leur découverte en 1869, de l'expérience du deuil parental (Shakespeare, Mallarmé, etc.) ou de catastrophes collectives qui, de la Shoah au 11 septembre 2001, donnent sens à ce désastre familial.
    Dans ses derniers chapitres, Disaster Falls s'ouvre à une autre vision de la mort. Atteint d'un cancer inopérable deux ans après cet accident, le père de Stéphane Gerson opta pour l'euthanasie en Belgique. Après avoir perdu un fils, l'auteur accompagne son père durant ses derniers jours. Autre filiation, autre mort - une mort acceptée, apaisée, faite sienne. " J'étais un vivant entre deux disparus. "

  • Les métamorphoses

    Camille Brunel

    Camille Brunel revient avec un deuxième roman détonnant. Une étrange et effrayante épidémie transforme les humains en animaux, menaçant ainsi notre monde d'un retour définitif à l'état sauvage.
    Isis est une jeune femme vegan ultra connectée, animaliste, portant autant (sinon plus) d'affection à Dinah, sa chatte, qu'à ses semblables. Voici qu'apparaît dans son jardin une grue antigone, bel oiseau étranger à l'Europe. Isis poste son étonnement sur les réseaux.
    Très vite se multiplient d'autres apparitions inédites d'animaux, allant de pair avec d'inexplicables disparitions d'êtres humains. Le monde se peuple d'un improbable bestiaire où les uns dévorent ceux qui sont devenus leur proie, les autres fuyant comme ils peuvent un lieu à présent hostile. Les autorités n'osent prononcer le mot de pandémie, mais les scientifiques identifient un mal nouveau: la tératomorphose foudroyante. Une pulsion affective ou sexuelle prononcée en serait un des premiers symptômes, touchant davantage les adultes de sexe masculin, bien que les femmes et les enfants ne soient pas totalement épargnés.
    Isis voit ainsi chacun des membres de sa famille tout comme ses proches se métamorphoser : sa grand-mère devenue araignée écrasée par son oncle, son père hippocampe qu'elle remet à la mer, son beau-frère changé en serpent enfermé dans la chambre de sa soeur... Avec Shravanthi, danseuse indienne de Pondichéry qui l'a rejointe et dont elle est éprise, elle s'efforce de se sauver et surtout de sauver ses deux petites nièces, quittant un monde apocalyptique pour rejoindre un des gynécées nouvellement créé qui protègerait les dernières femmes épargnées par la pandémie. Y arriveront-elles avant que la pulsion amoureuse fasse son oeuvre ?
    Malgré la construction d'un univers fictif saisissant, le roman ne verse jamais dans le fantastique. Rythme effréné, style vif et réaliste entraînent naturellement le lecteur sans qu'il se soucie d'espérer improbable cette fin du monde. Toute l'habileté de l'auteur est d'avoir choisi un personnage principal (Isis) qui porte un regard, non pas résigné mais plein de lucidité sur la situation.
    Tirant les ficelles jusqu'au-boutistes des travers de notre société, Camille Brunel approfondit les thèmes déjà présents dans La guérilla des animaux (Alma, 2018) : l'animalisme, l'anthropocène, l'hyperconnection aux réseaux sociaux mais aussi le rapport à la mort et à la vie.

  • Mêlant la science et la fantaisie, le roman d'éducation et d'aventures, Pierre Raufast démontre avec brio sa capacité inépuisable d'imagination et son talent jubilatoire. Fraîchement diplômé, Richeville, jeune homme timide et idéaliste embarque au nord de l'Alaska, sur un bateau. Objectif : retrouver la fameuse " baleine 52 ", qui chante à une fréquence unique au monde. Mais l'équipage affrété par le sinistre Samaritano Institute a d'autres desseins. Au menu : le sinistre Dr Alvarez, un hacker moscovite, une start-up californienne, une jolie libraire et des cétacés solitaires, mutants ou électroniques qui entrainent Richeville dans un tourbillon d'aventures extraordinaires.

  • Il était une fois une épouse bien décidée à empoisonner son mari volage avec des raviolis. Mais, alors que s'approche l'instant fatal, un souvenir interrompt le cours de l'action. Une nouvelle intrigue commence aussitôt et il en sera ainsi tout au long de ces récits gigognes. Tout ébaubi de voir tant de pays, on découvre les aventures extraordinaires d'un jeune garçon solitaire qui, parce qu'il voyait les infrarouges, fut recruté par le gouvernement ; les inventions stratégiques d'un gardien de moutons capable de gagner la guerre d'Irak ; les canailleries d'un détrousseur pendant l'épidémie de peste à Marseille en 1720 ou encore la méthode mise au point par un adolescent sociopathe pour exterminer le fléau des rats-taupes.
    Véritable pochette surprise, ce premier roman ajoute à la géométrie rigoureusement scientifique, la collision jubilatoire du probable et de l'improbable.

  • La part des nuages

    Thomas Vinau

    Tout va vient, la mer est calme, Joseph, 37 ans, mène sa barque comme il peut. Comme tout le monde. Atteindre le soir, le lendemain. La fin du mois. Les prochains congés. Finalement rien n'a changé depuis l'enfance. Si ce n'est qu'il n'est plus un enfant, qu'il en a un, Noé, et que le bateau prend l'eau. La mère de l'enfant s'en va puis l'enfant à son tour - le temps des vacances.
    Joseph déboussolé prend le maquis. Le baron perché se serait réfugié dans son arbre, Alexandre le Bienheureux dans son lit, Robinson dans la boue de ses sangliers. Joseph, lui, commence par grimper dans la cabane qu'il a construite dans un arbre du jardin. Object : ranimer ses rêves. Puis il découvre un second refuge : les autres, leurs histoires, leur présence ; celles d'une jeune fille et d'un clochard notamment. Avec l'obstination placide d'une tortue qui cherche sa première fleur de pissenlit, Joseph traverse la nuit, essuie l'orage. Victorieux, décrotté, prêt à tout.

  • Ici ça va

    Thomas Vinau

    Un jeune couple s'installe dans une maison apparemment abandonnée. L'idée ? Se reconstruire en la rénovant. Tandis qu'elle chantonne et jardine, lui - à pas prudents - essaie de retrouver ses souvenirs dans ce lieu qu'il habita enfant. Ses parents y vécurent heureux, avant que la mort soudaine du père coupe le temps en deux. Dans ce paysage d'herbes folles et d'eau qui ruisselle, ce sont les gestes les plus simples, les évènements les plus ordinaires qui vont réenchanter la vie : la canne à pêche, la petite voisine, les ragondins, la tarte aux fruits, l'harmonica. Petit à petit, il reprend des forces et se souvient tandis qu'elle lui fait le plus beau des cadeaux en ne lui demandant rien : " Elle n'a pas besoin d'être confortée sur ma virilité. Ma capacité à être un bonhomme. À construire. À la protéger. Elle n'aime pas ma perfection. Ça tombe bien. J'apprends à ne plus écouter la chanson lancinante de mes plaintes. J'apprends à rire plus fort. J'apprends à recommencer. "

  • Il était une fois un homme qui rangeait ses souvenirs dans des bocaux. Chaque caillou qu'il y dépose correspond à un évènement de sa vie. " Florin les faisait rouler lentement entre son pouce et son index comme l'on tourne et retourne le prénom d'une femme dans sa tête avant de s'endormir. " Margaux et Pascal, un prof et son élève, le rencontrent à l'improviste.
    Des liens d'amitié se tissent au fur et à mesure que Florin extrait des bocaux ses petits cailloux. À Margaux, l'adolescente éprise de poésie et à Pascal le philosophe perplexe, l'homme aux cailloux raconte. L'histoire du village noyé de pluie pendant des années. Celle du potier qui voulait retrouver la voix de Clovis dans un vase. Celle de la piscine transformée en potager. Celle de la cueillette aux noix par hélicoptère. Celle des fossoyeurs truands...
    Auteur de La fractale des raviolis (Alma, 2014), Pierre Raufast invente à nouveau des récits plus incroyables et crédibles les uns que les autres. À cet exercice jubilatoire, ce deuxième roman ajoute une douce réflexion sur les jeux du souvenir et du hasard.
    Il était une fois un homme qui rangeait ses souvenirs dans des bocaux. Chaque caillou qu'il y dépose correspond à un évènement de sa vie. " Florin les faisait rouler lentement entre son pouce et son index comme l'on tourne et retourne le prénom d'une femme dans sa tête avant de s'endormir. " Margaux et Pascal, un prof et son élève, le rencontrent à l'improviste.
    Des liens d'amitié se tissent au fur et à mesure que Florin extrait des bocaux ses petits cailloux. À Margaux, l'adolescente éprise de poésie et à Pascal le philosophe perplexe, l'homme aux cailloux raconte. L'histoire du village noyé de pluie pendant des années. Celle du potier qui voulait retrouver la voix de Clovis dans un vase. Celle de la piscine transformée en potager. Celle de la cueillette aux noix par hélicoptère. Celle des fossoyeurs truands...

  • Dans un style ample et tendre et des dialogues presque naïfs, Lenka HORNÁKOVÁ-CIVADE relate dans ce premier roman l'histoire d'une lignée de femmes bâtardes en tchécoslovaquie de 1930 à 1980. Elles s'appellent Magdalena, Libuse et Eva et partagent le même destin : de mère en fille elles grandissent sans père. Mais de cette malédiction, elles vont faire une distinction. Chacune a sa façon, selon sa personnalité, ses rêves, ses lubies, son parler et l'époque qu'elle traverse. Malgré elles, leur vie est une saga : Magdalena connaîtra l'annexion nazie, Libuse les années camarades et Eva la fin de l'hégémonie soviétique. Sans cesse des imprévus surgissent, des décisions s'imposent, des inconnus s'invitent. À chaque fois, Magdalena, Libuse et Eva défient tête haute l'opinion, s'adaptent et font corps. Au fond, nous disent-elles, rien n'est irrémédiablement tragique, même les plus sombres moments. Ces héroïnes magnifiques, Lenka HORNÁKOVÁ-CIVADE les magnifie encore par son écriture solide et douce, brodée, ourlée, chantante. Moqueuse aussi lorsque la kyrielle de personnages secondaires - paysans, apparatchiks, commères... le requiert.

  • Ossip Ossipovitch

    Marie Baudry

    Dans une Odessa fictive, la jeunesse se soulève entrainant la population à braver le pouvoir. Mais la quête de démocratie directe n'est pas si facile. Premier roman impressionnant de maîtrise, cette fable politique où la fantaisie, le burlesque et la poésie se jouent de la fin du monde laisse toute sa place à l'imaginaire.
    Odessa. On ne sait pas trop quand, mais cela pourrait être aujourd'hui. Odessa, certes, mais qui n'est pas tout à fait l'Odessa réelle : cette ville pourrait être n'importe quelle grande ville, enflée de l'orgueil d'être le seul lieu au monde où se passe quelque chose, déniant l'ennui qui la ronge.
    L'un des orgueils de cette ville, c'est Ossip Ossipovitch, le grand écrivain. Au début du roman, il revient, faisant circuler de mystérieuse façon (une sorte de télépathie ?) ses textes que les Odessites commentent fiévreusement. Ce ne sont plus les récits drolatiques d'autrefois, mais d'étranges textes de fin du monde, qui sont discutés par tous, et donnent notamment naissance à un mystérieux groupe, " les Purs ", dont le but est de renverser l'ordre ancien pour mettre fin à une vie qu'ils jugent vide de sens.
    Pourtant les Purs se perdent en vaines discussions, et quand bien même ils parviennent à organiser un prodigieux et apparemment salvateur Carnaval qui embrase toute la ville, ils n'en excluent pas moins deux de leurs membres Reinhardt et Macha. Cette exclusion provoque la dissolution du groupe, et l'on pourrait se croire revenus à la torpeur initiale.
    Ce serait sans compter sur l'irruption d'une jeunesse - garçons et filles - qui, sans discours, passe à l'action, occupe les places de la ville, provoquant une répression sans précédent. Le soulèvement odessite prend alors des couleurs burlesques, tandis que survient une nouvelle catastrophe menaçant bien davantage que l'armée, la survie de la ville.
    Fable d'aujourd'hui et pour aujourd'hui, Ossip Ossipovitch évoque - sous couvert d'Odessa - un monde où l'on peut reconnaître, par anamorphose, certains événements plus familiers : la peur des attentats, la quête de démocratie directe (Nuit Debout, Gilets jaunes), l'impossible insurrection qui redonnerait sens et beauté à la vie... Cette fable politique veut braver la violence et le cynisme des pouvoirs en rendant désirable et possible la révolte.

  • Retourner dans le village pour vendre la maison.
    Ça devrait être facile, elle ne l'a jamais aimée cette maison plantée au bord d'une voie ferrée.
    C'est la dernière chose à faire, les parents sont morts. L'un après l'autre. Se sont suivis de peu, mais dans le désordre. C'est parti de là. Ou de la télé qui hurlait dans le salon.
    Elle n'y est jamais retournée depuis l'accident du père. L'accident qu'on avait classé sans suite, elle ne savait pas qu'on classait les accidents. Elle ne savait pas non plus qu'à dix ans, on ne redessine pas le monde avec du café sur une toile cirée.
    Ça devrait être facile, elle a une vie maintenant.
    Revenir, vendre, accueillir tout ce qui pourra la faire tenir debout.
    Et garder près d'elle le grand chien gris.

  • Marlon

    Thomas Grillot

    Thomas Grillot construit un monde saisissant, où les êtres sont déchirés par la guerre et où seules la parole et la recherche d'une vérité peuvent encore sauver les existences. Un premier roman hors du commun.
    Pas très loin d'ici, c'est un très beau pays qui reste à connaître. Difficile à trouver sur les cartes, mais visible si on cherche suffisamment. Ce pays veut qu'on parle de lui - même si ceux qui y habitent ne sont pas très fiers de la manière dont il est né. Dans ce pays, une ville. Ptère, la grande et belle ville. Les Ptèrotes auraient bien aimé ne pas faire partie de ce monde. Mais ce monde les a rattrapés. Ils auraient bien aimé, que leur pays puisse croître à son rythme et se développer. Mais ils n'en ont pas eu le temps. Le monde ne les a pas épargnés. Car il y a l'autre ville, Vièbe, celle qui ouvre sur la mer. De conflits en conflits de territoires, la guerre éclate. Il faut alors faire des prisonniers. Et Ptère a acquis une mauvaise réputation, tout à fait injustifiée : on a accusé cette ville de se moquer du droit international et d'enlever les enfants.
    Marlon sait tout ça. Lui, c'est un jeune de Ptère auquel sa famille ne fait pas beaucoup confiance. Il sait son devoir. Il prend l'uniforme, il sert sa patrie. Mais voilà qu'à son tour il se fait prendre, car l'ennemi, lui aussi, fait des prisonniers. Bien sûr que Marlon va s'en sortir ! Mais il y a tant de personnes qui veulent sa mort. Et tant d'autres qui veulent le sauver. Encore maintenant, alors qu'il est blessé, dans une chambre d'hôpital.
    Alors Marlon écoute ceux qui, autour de son lit, lui disent sa propre histoire. Tour à tour, le prêcheur Samson Bornifle, sa soeur Marjane, son ami Guigui vont donner leur version des faits. Tout en s'adressant à Marlon, ils nous racontent leurs itinéraires, leurs combats, les origines de cette guerre destructrice, ceux qui y ont pris part et les derniers mois menant à la fin du conflit. Peut-être qu'à la fin, Marlon comprendra autrement ce qui lui est arrivé. Peut-être que sa vie reprendra.
    Texte audacieux, d'une grande richesse, le roman n'hésite pas à mêler différentes formes de narration, du discours au témoignage, ou encore du journal intime au compte rendu de jugement. Mais au-delà de cet enchaînement de voix, c'est avant tout la force de la parole des personnages et de la langue qui nous emportent. Derrière cet univers purement fictif et parfois surréaliste, se cache un laboratoire d'exploration des âmes insaisissables.

  • Pour certains fuir se résume à entrer dans un beau rêve. Pour d'autres les choses ont besoin d'être plus concrètes. Joe est de cette trempe. Il veut se sentir bien. Vivant. Pour de vrai. Voilà pourquoi, émergeant d'un demi-sommeil existentiel, il passe à l'action. Un beau jour, Joe, un jeune homme, employé aux abattoirs, entend à la télévision un couple retraité expliquer qu'ils ont vendu la maison pour acheter un camping-car et qu'ils vont partir sur les routes histoire de ne pas mourir idiot. Illico, Joe décide lui aussi de mettre les voiles. Sur son lieu de travail, il fauche une bétaillère (bestiaux compris), passe prendre son plus proche ami, Sam un enfant placé, et file au volant de l'engin sur les routes montueuses de la région. Evidemment, la gendarmerie est alertée mais la chasse à l'homme commence plutôt mollement. L'insurgé, l'enfant et les six vaches auront le temps de rencontrer d'épatantes personnes. Dont l'une hors-champs et dont on ne peut rien dire sinon qu'elle porte une blouse blanche. Auront-ils le temps de sauver le rêve de la réalité ?

  • Follement espéré, désespérément attendu, sublime, tragique... Voici l'histoire, la poétique et la métaphysique du baiser à travers la littérature, de Kleist à Marguerite Duras. Une leçon de finesse, de sagesse et d'amour de la littérature.
    " Le baiser isolé est rarement un problème pour les amoureux, c'en est sans doute un pour la littérature. Car autant elle aborde le thème du plus grand nombre de baisers possible, autant elle s'intéresse au baiser singulier. Celui-ci est un événement qui doit éclipser toute pluralité.
    Scène chargée symboliquement, le baiser singulier est un phénomène de l'art qui doit être questionné à la lumière de sa place et de sa fonction dans chaque oeuvre. La phrase maintes fois citée et attribuée à Jean Paul, " Dix baisers sont plus facilement oubliés qu'un seul ", montre clairement que le baiser unique et sans pareil appartient bel et bien à la réalité humaine de la vie et de l'amour. Pour le savoir, il n'y a nul besoin de citer des poètes, certes, mais une valeur particulière lui revient pourtant dans la littérature, dans la structure délicate d'un roman, d'une pièce, d'un film : c'est un événement spectaculaire de la création. "
    Ainsi Peter von Matt fixe-t-il les règles du jeu - les règles de lectures - qui lui font visiter les baisers littéraires, sur lesquels il fonde, avec sa malice habituelle, la science de l'osculologie (science du baiser) fondé sur la poétique, l'imaginaire, voire la métaphysique. De Kleist à Marguerite Duras, un beau voyage au pays du bonheur qui fait parfois le malheur de l'écrivain, et du malheur qui fait son bonheur...

  • Cette poupée des années noires naît d'un peuple détruit. Elle vit dans un pays qui existe à peine et n'existera plus. Voici le roman d'une mère tourmentée, d'une fille improbable, d'une Europe fantôme. D'un père par défaut. Et d'une poupée tonique !
    1938. À Marseille, Vladimír, tout juste nommé consul de la nouvelle Tchécoslovaquie, s'installe dans ses murs, ébloui par la vitalité du grand port. Pendant ce temps à Strasbourg, Bojena - jeune Praguoise en route pour l'Amérique - vole le bébé d'une autre émigrante, une Juive morte en couche. Ou le sauve ? En tout cas, elle poursuit son chemin avec l'enfant et sa poupée de chiffon. Mais à Munich, ce même an 1938, le sort de la Tchécoslovaquie est scellé. Celui de l'Europe aussi. Ce sera la guerre. Et plus que jamais la quête d'un Nouveau Monde.
    La tourmente européenne réunit tous ces destins en Provence. Séparations, retrouvailles, résistance, clandestinité... Jusqu'au retour à Prague et aux espérances trahies.
    La poupée a tout vu de ses yeux de nacre émerveillés. Elle a tout entendu. Dans ce tumulte terrible et merveilleux elle fait entendre sa petite voix où l'on retrouve l'humour, la poésie, la tendresse et la gravité de Lenka Hornakova-Civade.

  • Habemus piratam

    Pierre Raufast

    L'abbé Francis n'en revient pas : un cyber-pénitent s'installe un beau matin dans son confessionnal. Le hacker, sorti de nulle part, a décidé d'avouer ses forfaits. La vallée de Chantebrie en est toute chamboulée...
    L'abbé Francis ne confesse en général que de petites querelles de paroissiennes. Un jour, il reçoit les confidences d'un mystérieux pirate informatique qui s'accuse d'avoir enfreint les Dix Commandements. Avec délice, le prêtre plonge dans des histoires incroyables, comme celles du faux vol de la Joconde, de la romancière à succès piégée par un drone ou de Toulouse privé d'électricité au nom des étoiles. Il met alors le doigt dans un engrenage numérique qui va l'entraîner beaucoup plus loin que prévu... Et, pendant ce temps, c'est également une jolie pagaille dans le paisible petit bourg où tous les secrets semblent impatients de reparaître, fussent-ils enfouis dans les profondeurs du temps ou le coin du pré.
    Dans ce quatrième roman, Pierre Raufast allie son talent de conteur à ses connaissances professionnelles en sécurité informatique. Il en résulte un délicieux cocktail d'anecdotes réalistes, d'humour, de suspens et d'espiègleries.

  • Juste après la pluie

    Thomas Vinau

    Tandis que d'autres s'étirent et ouvrent les volets Thomas Vinau, depuis longtemps, écrit de la poésie. Chaque matin.
    Après Nos cheveux blanchiront avec nos yeux (2011), Ici ça va et Le Bric à brac hopperien, (2012) voici donc, écrit dans la même veine

  • La cantina

    Frank Le Gall

    1967. Une cantina oubliée dans le désert de Sonora, Mexique.
    Louis-Marie, l'amnésique, y partage sa solitude avec le dévoué, brave et stupide Felipe. Mais son véritable confident est un cactus cierge qu'il a nommé Ferdinand, et dont les grands bras levés vers le ciel seraient des antennes permettant de communiquer avec Dieu. Une solitude à deux bientôt troublée par
    l'arrivée surprise de la trop belle et provocante Rita, flanquée de son vieil amant, Juan...
    Oui, tout peut arriver à la Cantina. Et tout arrive : des chassés croisés amoureux, une horde de flower children, des coups de feu dans le désert, la recette du véritable tequila sunrise, les extraterrestres, l'amour sous peyotl... De ce désordre insensé pourrait bien jaillir la vérité qui échappe à Louis-Marie. Une vérité dépassant de loin tout ce qu'il avait oublié, tout ce qu'il
    aurait pu imaginer.

  • Stupeur à l'institut universitaire : un professeur a disparu. Le doyen désigne un de ses confrères et la secrétaire administrative pour mener l'enquête. Erudits farfelus et personnages gigognes mènent la ronde sur fond de kabbale. Un éloge de la folie sous forme de polar.
    Professeur brillant, fantasque et séducteur, Ben Halfman a disparu. Le doyen de l'Institut où il enseigne donne une semaine à Jacques, chercheur sans talent et stérile, pour le retrouver. Et demande à sa secrétaire, Mauricette, fausse blonde au physique très changeant, de faire équipe avec lui. Errant d'abord dans les rues d'un Paris très en désordre, au gré d'inspirations improbables, ce duo gagne bientôt d'étranges lointains, maritimes ou désertiques, et croise sur sa route une foule de personnages insaisissables : universitaires loufoques, rabbins atypiques, espions, anges et fantômes, garçons de café, hôteliers, serveuses... Sans compter une sénatrice. Et peut-être Dieu lui-même.
    Point de Ben, pourtant, à l'horizon. Jusqu'au jour où...

  • " Dans les contes de mon pays, il y a souvent trois fées qui se penchent sur le berceau du bébé pour lui souhaiter une vie de telle ou telle couleur, sous de bons auspices ou au contraire pleine d'embûches. À quoi cela tient-il ? À leur bonne humeur ? "
    Il était une fois, en 1988, une jeune fille envoyée en colonie de vacances en France par le parti communiste tchécoslovaque. Au dernier moment, sur le quai de la gare de l'Est, Ana refuse de rentrer. Elle vient d'avoir 18 ans et décide de changer le cours de son destin.
    Écrit avec la même splendide énergie que Giboulées de soleil (Prix Renaudot des lycéens 2016), Une verrière sous le ciel nous place dans le Paris de la fin des années 1980, auprès d'un personnage qui se demande comment grandir, être libre, connaître le monde au-delà des apparences. Elle le découvrira à travers les mots et les gestes des autres.

  • Bouleversé par le drame des migrants et les images sans cesse reprises de tragédies sans cesse répétées, Alain Giorgetti en exprime le caractère universel. Ecrit au rythme des vagues, avec la beauté d'un poème, ce premier roman rappelle nous sommes tous sous le signe de l'exode.
    Adèm est allongé sur la plage, incapable de bouger.
    Pour quitter son pays, il a payé très cher sa traversée.
    Malheureusement, l'embarcation a fait naufrage. Où sont les autres ? Qu'est devenue sa soeur avec qui il se trouvait ? Attendant que le jour se lève et la venue peut-être des secours, il se souvient de toute son histoire.
    Enfance insouciante dans la montagne, ombres de la dictature, disparition de son père enlevé par la milice, de sa mère partie le rejoindre. Puis la fuite avec sa soeur, les camps, l'espoir têtu d'arriver de l'autre côté de la mer, là où il est permis d'espérer un futur.
    Les souvenirs et les pensées d'Adèm se mêlent au rythme des vagues. Il s'accroche à sa mémoire afin de conjurer la nuit qui menace de l'engloutir. On ne sait pas d'où il vient, ni quelle langue il parle, ni comment s'appelle son pays, mais ses paroles nous emportent en
    un long poème faisant écho à tous les exils. Au nôtre ?

  • Harmonie

    Anne-France Dautheville

    Voyageuse, aventurière, amoureuse des plantes, voici longtemps qu'Anne-France Dautheville explore les mythes, légendes et récits de le Grèce ancienne. Elle donne maintenant la parole à l'immortelle Harmonie, fille du dieu de la guerre et de la déesse de l'amour.
    Ce jour-là, les douze dieux de l'Olympe ont quitté leur séjour pour assister à des noces mémorables. Harmonie, fille d'Aphrodite (l'Amour) et d'Arès (la Guerre) épouse un mortel : Cadmos, prince de Phénicie. Dans ce roman - fruit d'une très ancienne passion pour la Grèce - Anne-France Dautheville donne la parole à la bienfaisante déesse.
    Harmonie raconte l'amour de Cadmos et le destin prodigieux de leur couple. Entre légende et réalité, nous voyons naître la Béotie, dont Harmonie et Cadmos sont les fondateurs. Ils façonnent la première véritable nation dans une Grèce émiettée en petits royaumes où l'on ne voit pas plus loin que le bout de son champ. Quand la terre tremble, il suffit de demander à Poséidon de calmer le jeu, quand on veut relier les humains les uns aux autres, il suffit d'inventer un alphabet pour leur offrir l'écriture, de construire des routes, d'ouvrir des écoles... Mais tout cela non sans rebondissements et merveilles. Le monde des dieux, des géants et des hommes n'est pas de tout repos...
    Anne-France Dautheville retrouve la grandeur et la saveur des mythes qu'elle a longuement fréquentés et qui sont à la fois sagesse, enseignements et bonheur de vivre. Elle en invente même quelques-uns. Car, dans ce livre, tout est vrai d'une autre façon, Autrement. Ailleurs. C'est un concentré d'Histoire, de savoir, qui peut se lire comme un conte, en toute légèreté ou en toute profondeur, au choix.

  • Danse d'atomes d'or

    Olivier Liron

    Danse d'atomes d'or est un roman où tourbillonne la passion ; une déclaration d'amour à la poésie qui permet de survivre à tout, ou presque ; un roman sur les grands mystères de la vie : le désir, le Coca-Cola, le périphérique de Caen. Un soir chez des amis, O. rencontre Loren, une acrobate fougueuse et libre aux cheveux couleur de seigle. Ils s'éprennent follement, s'étreignent et s'aiment le jour et la nuit dans la ville qui leur ouvre les bras. Mais Loren disparait sans un mot. Inconsolable, têtu O. la cherche jusqu'à Tombelaine en Normandie. Là, il apprendra pourquoi la jeune fille si solaire et fragile, est partie sans pouvoir laisser d'adresse. Librement inspiré d'Orphée et Eurydice, le ballet de Pina Bausch, Danse d'atomes d'or propose une nouvelle version du mythe. Ici, Eurydice n'a pas besoin d'Orphée... D'une beauté à couper le souffle, écrit avec la rage de vivre, le premier roman d'Olivier Liron s'inscrit dans le droit fil de L'écume des jours de Boris Vian.

  • Tant bien que mal

    Arnaud Dudek

    Un petit garçon rentre de l'école. Il a la clé de la maison attachée à son cou par un cordon. Un homme portant une boucle d'oreille lui demande s'il peut l'aider à retrouver son chat. Il conduit une Ford Mondeo.
    " Je monte à l'intérieur. Il roule pendant cinq minutes environ. On atteint la forêt toute proche.
    - Et votre chat ? je demande. Cela n'a manifestement plus d'importance. "
    Le petit garçon de sept ans est mort en partie ce soir-là. Il n'en dira rien à personne.
    Ce que nous raconte Tant bien que mal, avec une pudeur bouleversante, c'est la façon dont ce petit garçon figé, va poursuivre son chemin, enterré vivant, noyé dans la vase. Vingt-trois plus tard, alors qu'il a trente ans et se rend à la boulangerie, il reconnaît l'homme, sa voix. L'homme à la Ford Mondeo tient un pressing à l'ancienne.

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